Les demandes de Greenpeace pour un accord sur le climat

Page - 21 décembre, 2009

 

                       

 

D'ici la fin du siècle, la température moyenne mondiale pourrait avoir augmenté de 4 à 7°C par rapport au début de l'ère industrielle si nous restons sur notre trajectoire actuelle. La civilisation humaine ne pourra pas supporter une telle hausse. Les dérèglements climatiques seraient en effet dramatiques pour les populations et les sociétés : sécheresses, famines, guerres, exodes…

Le seuil de 2°C

Il faut impérativement que l'augmentation des températures reste inférieure à 2°C voire 1,5°C . Pour atteindre cet objectif crucial, il faut que les émissions mondiales de gaz à effet de serre diminuent de 40% à 70% d’ici à 2050 par rapport aux niveaux de 2010, et atteignent des niveaux proches de zéro avant la fin du siècle.

A partir du 30 novembre 2015, et pour deux semaines environ, la France accueille à Paris la 21e conférence des Nations unies sur le changement climatique, la COP 21. Lancé à Rio en 1992, ce processus a pour objectif d’organiser une réponse géopolitique coordonnée au dérèglement climatique qui menace l’écosystème humain. Son mandat : donner suite au protocole de Kyoto né en 1997 et parvenu à expiration en 2012 sans effets significatifs (la Chine et les Etats-Unis ne l’ayant d’ailleurs jamais ratifié).

L’enjeu des COP

En 2009 à Copenhague, rien n’était finalement sorti des négociations, sinon qu’il fallait limiter les gaz à effet de serre (GES). Constat minimal, mais sans engagement fort, mise à part la création d’un fonds vert censé financer l’adaptation des pays du sud - mais qui pour l’instant n’a hélas recueilli que 10 des 1 000 milliards prévus à l’horizon 2020. Nous savons donc combien ces négociations internationales, dominées par des intérêts géopolitiques ou politiciens, portent en elles le risque de l’inconséquence.

 

C’est pourtant le seul cadre international où la question climatique est discutée et débattue dans l’optique de trouver un accord commun. Si nous ne sommes pas dupes de ce genre d’opération, il est néanmoins important de s’y investir et, autant que faire se peut, d’inverser les rapports de force qui les dominent, afin de défendre les revendications de la société civile. Et d’empêcher les décideurs de s’entendre sur un coin de table sans se préoccuper des citoyens.

La réduction des émissions et un cap commun

D'ici à 2020, les pays industrialisés doivent réduire d'au moins 40% leurs émissions de GES par rapport aux niveaux de 1990. En outre,  il faut souligner que certains pays en développement sont aujourd’hui de grands émetteurs de GES, comme la Chine, l’Inde ou le Brésil : eux aussi doivent contribuer à l’effort mondial de lutte contre les changements climatiques.

 

Il est cependant bien évident que leur responsabilité dans les dérèglements actuels est difficilement comparable à celle des pays industrialisés qui sont, en raison de leur mode de développement, à l’origine de 3/4 des émissions de CO2  depuis 1850. Car si les pays développés représentent seulement un cinquième de la population mondiale, ils continuent d’émettre la moitié des émissions mondiales de GES. Les Etats-Unis émettent par exemple 17 tonnes de carbone par habitant et par an, quand un pays comme le Bangladesh n’en émet que 0,4.

 

Les pays industrialisés doivent s'engager à réaliser cet effort sur leur territoire national et cesser de se dérober systématiquement à leurs obligations en contrebalançant leur excès chez eux par des programmes de compensation dans les pays en développement.

Quel accord pour la COP21 de Paris ?

Pour cela, il faut que l’accord obtenu à Paris soit juridiquement contraignant, qu’il prévoie des mécanismes de suivi et d’évaluation transparents et efficaces, ainsi qu’un dispositif de révision à la hausse des contributions des pays tous les cinq ans.

 

De même, l’accord doit enfin prévoir un objectif de long terme qui envoie un signal clair aux entités politiques et économiques sur la nécessité de changements structurels pour s’adapter à ces nouvelles normes écologiques. Pour faire sens, un tel accord devrait clairement identifier les énergies fossiles comme coupables du dérèglement climatique et proposer un plan de transition énergétique qui ne repose pas sur de fausses solutions, comme l’énergie nucléaire. Il devrait aussi marquer un engagement clair en faveur d’un objectif 100% d’énergie renouvelable d’ici à 2050.

100% d’énergie renouvelable en 2050

On ne sauvera pas le climat sans changer de modèle énergétique. Une seule solution : passer aux 100% renouvelables d’ici à 2050. Les progrès technologiques le permettent désormais. Les énergies renouvelables sont mêmes devenues ces dernières années plus compétitives que l’énergie nucléaire, et leur coût ne cesse de baisser.

 

Sans compter qu’elles représentent un réel gisement d’emploi ainsi que des ressources financières nouvelles pour les territoires. Aujourd’hui, le marché des énergies renouvelables est plus dynamique que jamais. Malheureusement, en France, nous sommes encore largement à la traîne, coincés par le verrou culturel et idéologique que représente encore l’atome, en dépit de toute rationalité économique. Un investissement public massif est pourtant nécessaire. Il y a urgence.

 

Plusieurs scénarios d’experts indépendants affirment aujourd’hui que cette transition est largement réalisable, notamment la très récente étude de l’ADEME. Il ne manque plus qu’un peu de volonté politique. A la société civile mobilisée de la faire naître.

Soutenir les pays en développement

Deux objectifs :

 

  • Aider ces pays à faire face aux conséquences des dérèglements climatiques

Nous sommes dans une situation d'«  injustice climatique ». En effet : ce sont les pays du Nord qui sont historiquement responsables des dérèglements climatiques actuels. Mais ce sont les pays du Sud qui sont les plus touchés par ces dérèglements. Il est donc indispensable que les pays industrialisés s’engagent à soutenir les pays vulnérables, notamment en mobilisant des financements publics pour l’adaptation.

 

  • Accompagner ces pays vers un autre modèle de société

Si les nations industrialisées réduisent leurs émissions de GES, ce n'est pas pour que les pays du Sud augmentent les leurs. Il ne faudrait pas que ces pays en développement répètent les erreurs commises depuis la révolution industrielle par les pays riches. Ils doivent développer des solutions énergétiques propres. Pour cela, il faut les aider à mettre en place des programmes d'efficacité énergétique et de recours aux énergies renouvelables (sans que le nucléaire soit une option).

100 milliards d'euros par an pour les pays du Sud

L’accord de Paris devrait contenir deux décisions majeures :

 

  • L’adoption d’une feuille de route détaillée, précisant comment sera atteint le seuil des 100 milliards d’USD/an d’ici à 2020, et clarifiant notamment le financement réel du Fonds vert.

  • Un engagement fort pour le financement de la lutte contre les changements climatiques dans les pays du Sud après 2020, tenant compte de l’importance de mobiliser des financements publics pour soutenir  les politiques d’adaptation. Il s’agit en somme de construire les rouages d’un mécanisme financier qui, après 2020, garantit aux pays les plus pauvres que les financements vont non seulement continuer à croître, mais aussi répondre spécifiquement à leurs besoins.



Lutter contre la déforestation

L’accord trouvé à Paris doit reconnaître le rôle clé des forêts aussi bien dans l’atténuation du changement climatique que dans l’adaptation à ses conséquences, et intégrer la nécessité de porter un coup d’arrêt définitif à la déforestation. Il doit a minima confirmer l’engagement pris par les Etats en septembre 2015, dans le cadre des Objectifs de développement durable, de mettre un terme à la déforestation et de restaurer les forêts dégradées d’ici à 2020, et souligner l’enjeu de protection des droits des populations indigènes et des communautés locales.

 

Cela suppose un signal fort pour que les mécanismes financiers “climatiques”, dont le Fonds vert, orientent les financements vers cet objectif, notamment en permettant l’adaptation des économies locales organisées à partir de l’exploitation de la ressource forestière.

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