
Les schistes bitumineux, ou Shale oil en anglais ne doivent pas
être confondus avec les Oil shale alias le kérogène contenu dans la
roche même. Les méthodes d'extraction ne sont pas les mêmes.
Les schistes bitumineux (ou Shale Oil)
Les schistes bitumineux sont contenus dans des couches épaisses
d'argile dans lesquelles des intercalations fines contiennent du
sable qui enferme du pétrole dans ses pores. Les conditions
d'écoulement sont très difficiles car la perméabilité est très
faible.
Aujourd'hui, c'est cette substance sur laquelle les
énergéticiens parient : cette substance, il faut aller la chercher
souvent à plus de 2000 m de profondeur en fissurant la roche dans
laquelle elle est emprisonnée, ceci en injectant de l'eau à très
haute pression et des produits chimiques : c'est la fracturation
hydraulique.
L'extraction et la production d'un tel pétrole nécessite des
quantités faramineuses d'énergie, d'immenses infrastructures et
génère énormément d'émissions de gaz à effet de serre, le tout à
l'image de la désastreuse exploitation des sables bitumineux par
exemple au Canada. Sans parler des risques de pollutions des nappes
phréatiques…
Les schistes bitumineux : véritable usine à gaz du pétrole
Aberration énergétique, climatique et environnementale, les
schistes bitumineux, avec les sables bitumineux, sont les pétroles
le plus chers, les plus sales, les plus polluants qui soient.
Un puits standard nécessite environ 10 à 15 millions de litres
(10 000 à 15 000 m3), même si les quantités peuvent varier en
fonction de la géologie et de la nature du puits. Ce besoin en eau
peut entrer en conflit avec d'autres usages tels que
l'agriculture.
La composition potentielle du liquide de fracturation (utlisée
par Questerre au Québec notament) est la suivante : eau, sable de
silice flexible, et une série de produits chimiques,
polyacrimalide, isopropanol, triméthyloctadécylammonium, xylène
sulfonate de sodium, hypochlorite de sodium, gomme de guar, huile
de base à faible toxicité, amine quaternaire, monohydrate de
nitrilotriacétate de trisodium, isopropanol, méthanol, phosphate de
tibutyl, hydrochloric acid.
Près de 50% des résidus de fluides (eau + sable + produits
chimiques) restent sous terre et les 50 % restants remontent à la
surface. Le recyclage de ces eaux polluées est long, très coûteux
et fait de nouveau appel à des produits chimiques afin de traiter
l'eau.
Au-delà des produits chimiques, l'eau usée remontant à la
surface peut contenir des métaux lourds, tels que l'aluminium,
l'antimoine, l'arsenic, cobalt, chrome, fer, plomb, nickel,
molybdène, étain, vanadium, zinc, etc.
En cas de fuite, notamment via une fissure dans la cimentation
des forages, ces produits chimiques peuvent s'infiltrer dans les
nappes phréatiques souterraines.
L'extraction des schistes bitumineux émet entre 4 à 5 fois plus
de CO2 que l'extraction du pétrole conventionnel.
En France
Des schistes bitumineux sont notamment présents en Ile de
France, en Picardie et en Champagne-Ardenne. En décembre 2010, les
réserves étaient évaluées, par le ministère de l'énergie, à près de
65 milliards de barils.
Parmi les acteurs on trouve Vermilion, une entreprise
canadienne déjà présente pour l'extraction de pétrole conventionnel
dans le Bassin parisien, premier producteur de pétrole en France.
On trouve également Toreador Resources Corporation et Hess Oil
France. Le vice-président de Toréador n'est autre que Julien
Balkany, le demi-frère de Patrick Balkany, député maire de
Levallois-Perret. Toréador extrait déjà du pétrole conventionnel
dans le bassin parisien. Toréador devrait procéder début 2011 à six
forages d'exploration dans le bassin parisien près de
Château-Thierry.
En plus des permis « conventionnels » déjà en cours et qui
pourraient être convertis en « non conventionnel », trois autres
permis ont déjà été attribués dans le bassin de Paris pour les
« Shale Oil ». Huit autres sont sur le point d'être délivrés et une
trentaine sont à l'étude.
Le kérogène (ou Oil Shale)
Il s'agit de roches sédimentaires qui contiennent des substances
organiques, qu'on appelle les kérogènes (du pétrole non fini qu'il
faut chauffer). Il est contenu dans la roche même. Il existe deux
méthodes d'extractions :
- Dans le cas des mines à ciel ouvert, il s'agit de retirer les
couches supérieures afin d'exposer la kérogène à l'air libre et de
le traiter par la suite. On creuse depuis la surface, on récupère
la roche, on la cuit par le procédé appelé « Retorting » à une
température très élevée (450, 500 °C) et ensuite on récupère et on
raffine le tout.
- Dans le cas des projets In situ : Shell est entrain de
développer un procédé de «Retorting in situ» visant à chauffer de
gros volumes de roche par le moyen de résistances électriques
placées dans des puits verticaux (plusieurs centaines de °C).
On trouve par exemple des Oil shale sur le site de Greenriver
aux Etats-Unis.
Les kérogènes : l'autre usine à gaz du pétrole
Energie : forte demande en énergie (gaz, électricité,
pétrole) pour produire du pétrole : produire 200 000 baril / jour =
production énergétique de 4 centrales à charbon.
Eau : 5 unités d'eau sont nécessaires pour la production
d'une seule unité de pétrole issue des kérogènes.
CO2 : 20 unités de C02 émises pour chaque unité de
pétrole produite à partir des schistes (contre quatre unités pour
le pétrole conventionnel.)
Polluants atmosphériques : l'extraction des kérogènes a
pour conséquence l'émission de plusieurs polluants comme les oxydes
de souffre, oxydes d'azote, des particules, ou encore du monoxyde
de carbone.
Coût : le coût d'extraction des kérogènes peut varier
entre 52 et 113 dollars le baril contre 6 et 39 pour le pétrole
conventionnel. Cela nécessite le maintien d'un prix du baril
élevé.
Sortir de notre addiction à l'or noir
Les pétroles conventionnels -facilement exploitables- se
raréfient et les compagnies pétrolières se positionnent sur les
projets les plus fous pour s'assurer de garder leur part du gâteau.
Ils maintiennent la planète sous haute dépendance en prolongeant
notre addiction avec un pétrole plus cher, plus polluant, plus
risqué : sables bitumineux, offshore profond, schistes bitumineux :
des projets de prospection, voire d'exploitation sont en cours un
peu partout dans le monde.
Selon le Potsdam Institute for Climate Impact Research,
si l'on veut garder la hausse des températures en dessous des deux
degrés et ainsi éviter les pires conséquences des changements
climatiques, moins d'un quart des réserves prouvées en fossiles
(pétrole, gaz et charbon) peuvent être consommés d'ici à 2050. Nous
ne pouvons donc pas pomper jusqu'à la dernière goutte de
pétrole.
Les gouvernements du monde entier sont aujourd'hui à la croisée
des chemins : ils doivent choisir entre la recherche de pétrole à
tout prix, symbole d'une véritable fuite en avant, et le
développement massif des économies d'énergie et des filières
renouvelables.
Les meilleurs investissements en termes de sécurité énergétique
sont ceux qui réduisent la demande et la dépendance au pétrole.