Pétroles non-conventionnels

Page - 4 octobre, 2010

La crise climatique et la diminution des réserves de pétrole dit conventionnel devraient nous pousser à sortir du pétrole. Or, aujourd'hui, les compagnies vont au contraire chercher l'or noir de plus en plus loin, dans des conditions de plus en plus difficiles et dans des zones de plus en plus reculées. C'est ce qu'on appelle le pétrole «non-conventionnel». Ce pétrole est plus difficile à extraire, plus cher, plus sale et plus risqué.

Les grandes familles

Offshore profond et très profond (pour Greenpeace, cela concerne tout forage au-delà de 200 mètres, zone au-delà de laquelle les plongeurs ne peuvent intervenir pour réparer les dommages et contenir une fuite éventuelle). Les principales zones : Golfe du Mexique, Arctique, Golfe de Guinée, Côtes brésiliennes...

Sables bitumineux : Les sables bitumineux sont un mélange de pétrole mêlé à du sable, de l'eau et de l'argile. Les principales zones : Canada (Alberta), Madagascar, Congo Brazzaville…

Schistes bitumineux : Les schistes bitumineux des roches sédimentaires, contenant des substances organiques, les kérogènes, en quantité suffisante pour fournir du pétrole et du gaz combustible. Les principales zones sont : Etats-Unis (Utah, Colorado et Wyoming notamment), Russie, Brésil, République démocratique du Congo, Italie, Maroc, France, Estonie, Australie, Jordanie, Allemagne...

Huiles lourdes et extra-lourdes : Le pétrole lourd est un pétrole non récupérable à l'état naturel au moyen d'un puits et des méthodes de production traditionnelles. Il s'agit d'un pétrole très dense qui ne s'écoule pas naturellement et doit être chauffé pour être transporté dans des pipelines. Les principales zones : Venezuela (ceinture de l'Orénoque)...

Quel est le problème ?

L'offshore profond : Les 779 millions de litres de pétrole déversés font de la fuite dans le Golfe du Mexique d'avril 2010 la pire fuite de pétrole accidentelle de toute l'histoire. Cette catastrophe a démontré que nous ne savons pas gérer, contenir une fuite à une telle profondeur (1500 mètres). L'expérience montre que l'on retire rarement plus de 15 % du pétrole déversé en cas de marée noire, et que les écosystèmes touchés le sont pour plusieurs décennies. Le risque zéro en la matière n'existe pas et n'existera jamais. Et pourtant des licences sont aujourd'hui octroyées aux compagnies pétrolières pour explorer l'océan Arctique, une zone jusque là préservée. Les méthodes traditionnelles d'intervention en cas de marée noire ne sont pas applicables en Arctique (conditions extrêmes, pétrole bloqué sous la glace plusieurs années, capacités logistiques distantes).

Les sables et schistes bitumineux : Exploiter les sables bitumineux est la façon la plus sale, la plus chère et la plus énergivore de produire du pétrole. Extraire 1 baril de pétrole bitumineux nécessite 5 barils d'eau et émet jusqu'à 5 fois plus de gaz à effet de serre que le pétrole conventionnel. L'extraction des sables bitumineux est également synonyme de déforestation et de pollution des eaux. En effet, afin de séparer le pétrole du sable, les compagnies injectent des solvants qui polluent massivement les sols et les rivières provoquant des taux de cancers supérieurs à la moyenne chez les populations alentours.

La fuite en avant

Les compagnies pétrolières cherchent notamment à anticiper le pic pétrolier (qui, selon les sources, est attendu entre aujourd'hui et 2030) et à s'assurer de garder leur part du gâteau… le plus longtemps possible. Pariant sur un prix du baril élevé, ils maintiennent ainsi la planète sous dépendance. Mais pour combien de temps ? Et à quel prix ?

En plus des dommages environnementaux et sociaux causés par l'extraction du pétrole non-conventionnel, cette énergie est, de l'extraction à la consommation, une des premières sources d'émission de CO2 dans le monde. Et, selon le Potsdam Institute for Climate Impact Research, si l'on veut garder la hausse des températures en dessous des deux degrés, moins d'un quart des réserves prouvées en fossiles (pétrole, gaz et charbon) peuvent être utilisées d'ici à 2050. Nous ne pouvons donc pas brûler toutes les réserves : nous devons sortir rapidement du charbon, ne pas extraire les sables bitumineux, ne pas développer de nouveaux projets off-shore, ne pas chercher à pomper jusqu'à la dernière goutte de pétrole.

Les gouvernements du monde entier sont aujourd'hui à la croisée des chemins : ils doivent choisir entre la recherche de pétrole à tout prix, symbole d'une véritable fuite en avant, et le développement massif des économies d'énergie et des filières renouvelables, permettant un avenir sûr aux générations futures.

Les demandes de Greenpeace

Le dernier scénario énergétique de Greenpeace (juin 2010) prévoit une baisse de la demande en pétrole mondiale de 70 %, une baisse des émissions de gaz à effet de serre de 80 % et un approvisionnement énergétique issu des renouvelables de 80 % d'ici à 2050.

  • Sortir rapidement des projets à hauts risques : off-shore profond, sables bitumineux, huiles lourde...
  • Sortir progressivement des fossiles d'ici à 2050
  • Supprimer les subventions aux fossiles et développer celles aux énergies renouvelables
  • Développer massivement les énergies renouvelables et les économies d'énergies
  • Réduire la demande en pétrole, notamment dans le secteur des transports