
Les sables bitumineux : c'est quoi ?
Il s'agit de bitume très visqueux aggloméré à du schiste et du
sable, à partir duquel on produit du pétrole. Ces sables bitumineux
sont exploités dans des mines à ciel ouvert ou dans des gisements
souterrains. Dans le premier cas ils sont extraits à l'aide de
pelles mécaniques et de camions géants. Pour l'extraction «in
situ», il faut forer, chauffer le bitume en injectant de la vapeur
et des solvants en profondeur, puis mélanger le sable extrait avec
de l'eau chaude pour le rendre moins visqueux. Enfin, il faut le
faire décanter pour en extraire le pétrole. C'est donc un processus
complexe, coûteux et extrêmement polluant. Actuellement, les plus
vastes réserves de sables bitumineux exploitables se trouvent en
Alberta - Canada, au Venezuela (huiles extra-lourdes) et à
Madagascar.
Aberration énergétique, climatique et environnementale, les
sables bitumineux, avec les schistes bitumineux, sont les pétroles
le plus chers, les plus sales, les plus polluants qui soient.
Le cas de l'Alberta
Une catastrophe écologique
Chaque année, c'est jusqu'à 349 millions de mètres cubes d'eau
de la rivière Athabasca qui sont détournés par les compagnies
pétrolières. Cette quantité pourrait alimenter une ville de trois
millions d'habitants. 90 % de l'eau utilisée termine dans
d'immenses mares toxiques (solvants, produits chimiques: arsenic,
mercure, xylène, benzène...) qui ne peuvent être recyclées,
souillant rivières, les sols et probablement les océans à très
court terme. 1,8 milliard de litres de ce liquide toxique sont
produits chaque jour et on estime que 11 millions de litres fuient
chaque jour dans la rivière d'Athabasca.
Selon, David Schindler, écologistes de l'eau spécialisé dans
l'étude des sables bitumineux, les émissions industrielles déposent
du bitume, des métaux lourds et d'autres substances toxiques dans
le paysage et ces substances se déversent ensuite dans la rivière.
Cette pollution est équivalente à 5000 barils de pétrole par an.
Une étude publiée dans le Wilson Journal of Ornithology a démontré
en septembre 2010, que le nombre d'oiseaux mourant en Alberta
chaque année à cause des bassins de décantation est 30 fois
supérieur aux chiffres de l'industrie : 2000 oiseaux morts /an
contre 65.
Une catastrophe sanitaire
Des données du gouvernement canadien ont montré que les niveaux
de produits cancérigènes (arsenic, cadmium, nickel, benzène) dans
les bassins de décantation ont augmenté de 30% en 4 ans. Au total,
l'industrie pétrolière du pays a produit environ 50 000 tonnes de
produits potentiellement dangereux entre 2006 et 2009, d'après les
chiffres du National Pollutant Release Inventory. On trouve 30% de
cancers de plus que la moyenne provinciale à Fort Chipewyan, petite
communauté autochtone en aval des mines et des bassins de
décantation de l'industrie pétrolière. Une catastrophe
énergétique Produire 1 baril de pétrole bitumineux nécessite 5
barils d'eau, 2 tonnes de sables et ½ baril de gaz (l'équivalent en
gaz naturel de la consommation d'un foyer pendant une journée et
demi). Il faut 1 baril d'énergie pour produire 5 barils issus des
sables bitumineux quand il en faut 1 pour 20 pour le pétrole
conventionnel Une catastrophe climatique L'extraction d'un
baril issu des sables bitumineux émet jusqu'à 5 fois plus de gaz à
effet de serre qu'un baril de pétrole conventionnel. Selon le
Potsdam Institute for Climate Impact Research, si l'on veut garder
la hausse des températures en dessous des deux degrés, moins d'un
quart des réserves prouvées en fossiles (pétrole, gaz et charbon)
peuvent être utilisées d'ici à 2050. Nous ne pouvons donc pas
brûler toutes les réserves : nous devons sortir rapidement du
charbon, ne pas extraire les sables bitumineux et ne pas chercher à
pomper jusqu'à la dernière goutte de pétrole. Aujourd'hui, 3000 km²
de forêt ont disparus. Si toutes les aires potentiellement
exploitables sont prêtées à l'extraction de pétrole, c'est 25 % de
l'Alberta qui sera touché, soit 149 000 km², une superficie plus
grande que l'Angleterre !
Acteurs peu scrupuleux et gros sous
On les retrouve tous...Exxon, Shell, Chevron, BP, Suncor,
Syncrude, Statoil ... et bien évidemment Total. Le Canadian Energy
Research Institute a estimé à 379 milliards de dollars
l'investissement d'ici à 2025 pour produire 4 millions b/j. Cet
institut estime que dans le même temps les les revenus
gouvernementaux annuels issus de cette production pourraient
atteindre 68 milliards $ au cours des 25 prochaines années. De son
côté, Total prévoit d'investir 20 mds de dollars dans les sables
bitumineux d'ici 20 ans. Selon Novethic, le coût d'extraction des
sables bitumineux est extrêmement élevé : de 20 à 50 dollars le
baril soit environ 20 fois plus que le pétrole conventionnel. De
plus pour que le projet d'extraction des sables bitumineux soit
viable, le prix du baril doit se situer entre 70 et 100$.
Sortir de notre addiction à l'or noir
Les pétroles conventionnels -facilement exploitables- se
raréfient et les compagnies pétrolières se positionnent sur les
projets les plus fous pour s'assurer de garder leur part du gâteau.
Ils maintiennent la planète sous haute dépendance en prolongeant
notre addiction avec un pétrole plus cher, plus polluant, plus
risqué : sables bitumineux, offshore profond, schistes bitumineux :
des projets de prospection, voire d'exploitation sont en cours un
peu partout dans le monde.
Selon le Potsdam Institute for Climate Impact Research, si l'on
veut garder la hausse des températures en dessous des deux degrés
et ainsi éviter les pires conséquences des changements climatiques,
moins d'un quart des réserves prouvées en fossiles (pétrole, gaz et
charbon) peuvent être consommés d'ici à 2050. Nous ne pouvons donc
pas pomper jusqu'à la dernière goutte de pétrole. Les gouvernements
du monde entier sont aujourd'hui à la croisée des chemins : ils
doivent choisir entre la recherche de pétrole à tout prix, symbole
d'une véritable fuite en avant, et le développement massif des
économies d'énergie et des filières renouvelables.
Les meilleurs investissements en termes de sécurité énergétique
sont ceux qui réduisent la demande et la dépendance au pétrole.