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Page - 29 septembre, 2010

Le dérèglement du climat est un problème mondial, qui nécessite une solution globale

 

Jusqu’à maintenant, le protocole de Kyoto a été un échec. Il faut trouver autre chose, et rapidement. Sur le plan international, il faut que les négociations organisées par l’ONU aboutissent à des textes enfin contraignants sur le plan juridique, qui engagent chaque Etat à adopter des politiques de transition énergétique cohérentes avec l’exigence scientifique de contenir la hausse des températures en-deçà de 2 °C.

Sortir des énergies fossiles

En plus d'être responsable de catastrophes écologiques majeures, le pétrole, de l'extraction à la consommation, est une des premières sources d'émission de CO2 dans le monde. Si l'on veut freiner les changements climatiques et contenir la hausse des températures, nous ne pouvons pas pomper et consommer jusqu'à la dernière goutte de pétrole.

 

Les gouvernements du monde entier doivent choisir entre la recherche de pétrole à tout prix et le développement massif des économies d'énergie et des filières renouvelables.

 

Pour assurer un avenir décent aux générations futures, il faut notamment :

  • Sortir rapidement des projets à hauts risques : forages en eaux profondes, sables bitumineux, huiles lourdes…

  • Sortir progressivement des fossiles d'ici à 2050.

  • Réduire la demande en pétrole, notamment dans le secteur des transports.

  • Supprimer les subventions allouées aux énergies fossiles et développer celles aux renouvelables.

  • Désinsvestir massivement des énergies fossiles.



Sortir du nucléaire

Greenpeace est née au début des années 70 pour protester contre les essais nucléaires américains. Quarante ans plus tard, nos convictions sont toujours les mêmes. Le nucléaire met en péril notre planète. Il est dangereux, inutile et coûteux. Il faut impérativement y renoncer.

 

Qui plus est, et malgré le greenwashing intensif mené par l’industrie nucléaire notamment en France, l’atome est une fausse solution face au dérèglement climatique.

 

D’abord, le nucléaire n’a d’effet que sur les émissions du secteur électrique. Or l’électricité ne représente qu’une partie du dioxyde de carbone (CO2) émise par la combustion des énergies fossiles (environ 30 %). Et le CO2 lui-même représente moins des deux tiers de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre (GES). D’ailleurs, le nucléaire n’empêche pas la France de se tenir dans une trajectoire non soutenable en matière d’émissions de GES, puisqu’elle est tenue de les diviser par quatre d’ici à 2050 pour rester conforme aux recommandations du GIEC.

 

Ensuite, l’extraction de l’uranium et son transport émettent du CO2 aussi : le nucléaire n’est en rien le vecteur d’une autonomie fantasmée du pays. Et se pose encore la question, irrésolue, de la gestion des déchets radioactifs.

 

Enfin, l’hégémonie du nucléaire (80 % du mix électrique) et l’aveuglement idéologique dont il fait l’objet en France constitue un verrou culturel qui empêche les énergies renouvelables de se développer. La France, en effet, est nettement en retard sur ses voisins européens dans ce domaine-là.

 

Au passage, il faut signaler que l’Allemagne a décidé de sortir progressivement du nucléaire tout en réduisant sensiblement des émissions de GES, invalidant l’idée d’une corrélation nécessaire entre les deux.

Protéger nos forêts

Greenpeace continue de défendre l'objectif  #ZéroDéforestation et propose la création d'un fonds «Forêts pour le climat». Ce fonds financerait la réduction des émissions de GES liées à la déforestation et à la dégradation des forêts dans les pays en développement. Il serait alimenté par les pays industrialisés et rémunèrerait les pays en développement qui mettraient

en place des programmes de protection de leurs zones forestières, tout en veillant à ce que des objectifs de préservation de la biodiversité et de respect des populations autochtones soient pris en compte.

 

L'une des originalités de notre proposition est que le financement du fonds par les pays industrialisés viendrait en plus de leurs efforts en matière de réduction des émissions de GES. Non seulement ces pays devraient réduire sur leur territoire leurs émissions de GES, mais ils devraient en outre aider les pays en développement à réduire leurs émissions de GES dues à la déforestation.

 

C'est tout l'intérêt de ce dispositif par rapport à d'autres mécanismes de compensation. Ceux-ci offrent aux pays industrialisés la possibilité de se dérober à leurs obligations en matière de réduction d'émissions de GES sur leur territoire en leur permettant de financer à la place des réductions dans les pays en développement. Ce qu'ils ne font pas chez eux, ils le font ailleurs. Greenpeace demande à ce qu'ils fassent les deux.

 

La raison est simple : les pays industrialisés ont une responsabilité historique dans la crise climatique que nous traversons. En application du principe «pollueur-payeur», ils doivent participer plus que les pays en développement à la lutte contre les dérèglements climatiques.

 

Une politique vers le Sud

Tous les pays n’ont pas la même responsabilité dans le dérègelement climatique. Les pays développés se sont industrialisés en consommant beaucoup d’énergies fossiles. De même, ils disposent aujourd’hui de davantage de ressources financières que les pays du Sud - d’une part parce qu’ils ont pris une avance historique, d’autre part parce que la prospérité du Nord repose en partie sur un coût du travail nettement inférieur dans les pays du Sud.

 

Or les pays du Sud, qui cherchent également à se développer, doivent pouvoir suivre un processus de développement différent, respectueux du climat. Ils doivent investir dans les renouvelables et renoncer à certaines ressources fossiles. Il est donc tout à fait normal qu’ils demandent aux pays du Nord de financer une partie de leur développement.

 

Au cœur du problème climatique se trouvent donc les inégalités entres pays du Nord et pays du Sud, pays riches et pays pauvres. Des mécanismes de compensation doivent être prévus et l’aide au développement augmentée. C’est notamment l’objectif du Fonds vert pour le climat qui a vu le jour en 2009 à Copenhague. Las : sur la contribution prévue de 100 milliards de dollars annuels,  seuls 10 milliards ont pour l’instant été pourvus.

 

Changer de modèle

Lutter contre le dérèglement climatique implique également, dans une certaine mesure, d’adapter notre modèle de société. Il faut d’abord investir massivement dans toutes sortes d’infrastructures : dans les transports, dans l’isolation du bâti pour généraliser la norme HQE, dans les projets d’énergies renouvelables…

 

Il faut également évoluer vers des formes de sobriété énergétique et relocaliser au maximum l’économie, en favorisant des circuits courts, économes en GES. Et réduire aussi, dans les pays développés, autant que faire se peut, notre consommation, notre alimentation etc.

 

Il faudra aussi réformer notre fiscalité, par exemple en taxant les industries nocives en investissant les sommes récoltées vers le développement des énergies renouvelables. A ce titre, Greenpeace est engagée dans une grande campagne de désinvestissement (“divestment”) des énergies fossiles, poussant les particuliers comme les fonds de pension, privés ou souverains, à retirer leur argent de ces secteurs climaticides.

Vers 100% de renouvelables en 2050

Le secteur énergétique évolue rapidement. Les technologies renouvelables se sont intégrées au paysage énergétique de la plupart des pays en raison de la chute considérable de leurs coûts. Un approvisionnement mondial en énergies renouvelables ne relève plus de la science-fiction, mais bien de la réalité, comme le prouvent nos recherches et le scénario de transition énergétique de l’ADEME.

 

Les énergies renouvelables représentaient 60% des nouvelles capacités de production d’énergie en 2014 à travers le monde, voire davantage dans certains pays.

 

Les trois principales technologies renouvelables (solaire photovoltaïque, éolienne et hydraulique) ont ajouté, collectivement, une capacité de production électrique de 127 GW à l’échelle mondiale en 2014. Cette augmentation de leur part de marché a entraîné une réduction considérable des coûts de production, notamment pour les énergies solaire et éolienne, forçant ainsi d’autres technologies renouvelables à suivre le pas. Il convient de souligner que cet essor intervient dans un contexte où les subventions favorisent largement les combustibles fossiles, avec 550 milliards de dollars chaque année dans le monde – soit plus du double des aides accordées aux technologies vertes.

 

La production électrique demeure le secteur le plus dynamique. En 2012, 21 % de l’électricité produite était d’origine renouvelable, principalement hydraulique. Les secteurs du chauffage et du transport sont à la traîne. Le nombre de véhicules électriques dans le monde double chaque année mais reste insignifiant (665 000 unités). Toutefois, la mobilité électrique, les récents progrès en matière de stockage des batteries et les importantes réductions des coûts pourraient faire évoluer le rôle que les énergies renouvelables jouent dans le secteur du transport.

 

Bref, passer à 100% d’énergie renouvelable est aujourd’hui parfaitement faisable, sans surcoût économique. Au contraire, grâce aux avancées technologiques, les renouvelables sont aujourd’hui plus compétitives que les énergies fissiles et dans certains cas, que les énergies fossiles. Non seulement elle coûtent aujourd’hui moins cher à produire, mais elles représentent également des gisements d’emplois gigantesques.

 

Il suffirait simplement d’un peu de volontarisme politique.

Encourager les mouvements globaux

L’urgence est aujourd’hui à la construction et la solidification d’un mouvement mondial pour le climat, qui défend la justice climatique et le 100% renouvelables, et qui soit capable de bloquer tous les futurs projets climaticides. C’est aussi à la société civile de s’emparer largement de ces enjeux.

 

C’est pourquoi Greenpeace fait partie du Climate action network (CAN), un réseau d’ONG internationales, et se tourne de plus en plus vers les citoyens pour un être un allié, un catalyseur de mobilisations.

 

Agir sur toutes les sources d’émission

Pour ne pas dépasser les 2°C, il ne faut pas émettre plus de 700 gigatonnes de CO2. Or, aujourd’hui les réserves exploitables des entreprises sont cinq fois plus élevées que ce seuil. Il y a donc trop de pétrole au regard des exigences climatiques. Par conséquent, 80 % des réserves doivent rester sous la terre… Ce qui signifie qu’il faut s’opposer à l’exploitation des nouveaux pétroles, comme les sables bitumineux, mais également empêcher tout nouveau forage, comme nous le faisons en Arctique. Et pousser les acteurs économiques à désinvestir massivement des énergies fossiles.

 

Il faut également agir dans d’autres domaines pour réduire nos émissions de GES : stopper la déforestation, réguler l’élevage et sortir du charbon, une énergie sale encore bien trop largement répandue.