En République Démocratique du Congo

Page - 15 octobre, 2009

Les forêts du bassin du Congo constituent la deuxième plus vaste forêt tropicale de la planète après l'Amazonie. Elles sont d'une exceptionnelle valeur écologique. 415 espèces de mammifères, 11 000 espèces de plantes, 1 117 d'oiseaux et près de 1 000 de poissons d'eau ont été recensés pour la seule République Démocratique du Congo (RDC). Eléphants de forêt, gorilles, bonobos et okapis sont parmi les espèces les plus emblématiques de cette extraordinaire biodiversité.

Dans ces régions, des cultures entières sont basées sur leur relation avec la forêt. Des dizaines de millions de personnes en dépendent pour leur alimentation, leurs plantes médicinales ou leur approvisionnement en énergie.

L'industrie du bois met gravement en péril ces équilibres. En RDC, entre 2002 et 2008, 15 millions d'hectares (soit l'équivalent d'un quart de la France) ont été affectés à l'exploitation forestière en toute illégalité. Les conséquences environnementales et sociales sont dramatiques : forêts pillées, faune décimée, communautés locales déstructurées. Les bénéfices de cette exploitation ne vont pas aux collectivités, pas plus aux salariés de l'industrie du bois qui travaillent dans des conditions déplorables.

L'argent va à quelques individus corrompus et à des industriels qui n'hésitent pas à recourir à l'intimidation, aux manipulations comptables et à l'évasion fiscale pour faire grossir leurs chiffres d'affaires. En 2008, Greenpeace a ainsi dénoncé l'entreprise germano-suisse Danzer. Elle avait omis de payer près de 8 millions d'euros de taxes. De quoi payer la vaccination de 700 000 enfants !

Le gouvernement de RDC a fait preuve de volontarisme ces dernières années pour encadrer le secteur : nouveau Code forestier en 2002, moratoire sur l'attribution de nouveaux titres forestiers (proclamé en 2002, confirmé en 2005) et révision de la légalité des titres attribués. Cette révision s'est achevée en janvier 2009 par l'invalidation de 12 millions d'hectares ! Même si tout n'a pas été parfait au cours du processus (manque de transparence, faible implication des communautés locales, lobbying des grandes compagnies forestières), cette révision constitue un premier pas fragile. Les résultats de cette invalidation sont déjà menacés.

Beaucoup reste à faire et la création en novembre 2008 d'un bureau Greenpeace à Kinshasa traduit notre volonté de maintenir la pression pour que cesse le pillage de la forêt congolaise. En RDC, le moratoire ne devra être levé que lorsqu'un plan de zonage définissant les types d'usage du sol à l'échelle nationale aura été établi, qu'une gouvernance forestière efficace aura été garantie, que le cadre légal aura été complété et que de nouvelles forêts intactes seront protégées.

Il faut également que les bailleurs de fonds (la Banque Mondiale, l'Agence Française du Développement) conditionnent leur aide à une protection du patrimoine forestier plutôt que d'être les complices de son pillage en fermant les yeux sur ce qui se passe en RDC. Ils ont cru que l'exploitation forestière pouvait être un facteur de développement. C'est le contraire qui s'est produit. L'argent du contribuable français a financé l'appauvrissement des écosystèmes et des populations en RDC.

Enfin, il faut que les premiers clients du bois africain, l'Union Européenne et la Chine, interdisent l'importation du bois « illégal » et du bois « pillé ». C'est à ces conditions que la forêt du bassin du Congo pourra enfin être protégée et cessée d'être détruite par des forestiers dont l'intérêt n'est guidé que par des considérations économiques à court terme.

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