L'EPR

Page - 5 novembre, 2009

L'EPR est un nouveau type de réacteur nucléaire (dit de troisième génération). Il s'agit d'un réacteur à eau pressurisée (European Pressurized Reactor en anglais, d'où le sigle EPR). Il a une puissance électrique de 1600 mégawatts (quand ses prédécesseurs avoisinaient les 1000 mégawatts) et il est conçu pour utiliser jusqu'à 100% de Mox (Mixed Oxydes), un mélange d'oxydes de plutonium et d'uranium. C'est le réacteur plus puissant au monde, mais aussi le plus dangereux.

Actuellement, deux EPR sont en construction : à Flamanville (près de Cherbourg) et en Finlande (à Olkiluoto). Un troisième est en projet à Penly, près de Dieppe. Deux ont été vendus à la Chine. Le gouvernement français, EDF et Areva sont les principaux promoteurs de l'EPR et voient en lui le réacteur de l'avenir. De son côté, Greenpeace demande son abandon pur et simple. Pour plusieurs raisons.

Un intérêt énergétique nul

La France n'a pas besoin de nouvelles centrales nucléaires. Nos capacités de production d'électricité sont tout à fait suffisantes. On en produit même trop, à tel point qu'une partie est exportée à perte, faute de débouchés intérieurs.

Par contre, en développant toujours plus le nucléaire alors qu'il n'y a a pas assez d'uranium en France, nous renforçons notre dépendance vis-à-vis de l'extérieur. Nous devons acheter de l'uranium au Canada, au Niger ou à l'Australie. En aucun cas, le nucléaire ne favorise notre indépendance énergétique. Cette idée est un mythe.

Croire que le nucléaire est la solution face aux dérèglements climatiques est tout aussi illusoire. La seule solution, c'est le recours aux énergies renouvelables et à l'efficacité énergétique. Le Grenelle de l'environnement avait d'ailleurs appelé à une modération de nos consommations électriques. La construction de réacteurs EPR ne va absolument pas dans ce sens.

Un danger permanent

Non seulement l'EPR est inutile, mais en plus il est dangereux. Un problème technique, une erreur humaine, un acte terroriste : le risque zéro n'existe pas. Aucune centrale nucléaire n'est à l'abri d'une catastrophe. En 2003, la révélation d'un document classé « secret défense » a permis de découvrir qu'un EPR ne résisterait pas au crash d'un avion de ligne (qu'il s'agisse d'un accident ou d'un acte terroriste). Quatre ans plus tard, Greenpeace a publié un rapport réalisé par John Large, expert international en sécurité nucléaire. Sa conclusion est dramatique.

L'EPR est le réacteur nucléaire le plus dangereux au monde en raison de sa puissance et du combustible utilisé. En cas d'accident nucléaire sur un des EPR, toute la Normandie devrait être évacuée et au bout de 48 heures, l'ensemble du territoire français serait sous un nuage toxique. Les morts se compteraient par centaines dans les premiers jours et par dizaines de milliers les années suivantes. En outre, les plans d'intervention en cas de catastrophe à Flamanville sont insuffisants. Ils ne concernent que la zone de 10 km entourant la centrale !

Ces risques de catastrophe mis à part, le fonctionnement quotidien de l'EPR est de toute façon dangereux. Ses promoteurs répètent qu'il produira un peu moins de déchets que ses prédécesseurs. Certes. Mais ils seront sept fois plus nocifs ! Le Mox utilisé par l'EPR est en effet plus radiotoxique que le combustible à l'uranium habituellement employé. Et on ne sait toujours pas quoi faire de ces déchets !

Un gouffre financier

Les défenseurs de l'EPR assurent également qu'il va être créateur d'emplois. Pourtant, il n'y a pas de quoi se vanter. Au plus fort du chantier, 1800 postes seront à pourvoir. Ensuite, la centrale emploiera 200 permanents. En comparaison, la promotion des énergies renouvelables pourrait entraîner la création de dizaines de milliers d'emplois par an. Mais il faudrait y consacrer des moyens financiers. Par exemple, ceux prévus pour l'EPR.

Officiellement, le nouveau réacteur devait coûter un peu plus de trois milliards d'euros. L'EPR en construction en Finlande en coûtera au moins deux de plus. A quoi il faudra ajouter, une fois le chantier fini, les frais de fonctionnement, la gestion des déchets nucléaires et, dans un avenir plus lointain, le coût du démantèlement. On est bien au-delà de cinq milliards d'euros. Au final, c'est le consommateur et le contribuable qui paieront la note. EDF a d'ailleurs reconnu que le coût du kilowattheure nucléaire d'un deuxième EPR serait de 0,60 €. C'est deux fois plus cher que ce qu'il promettait il y a cinq ans !

Une gestion catastrophique

Ces surcoûts sont dus à une gestion lamentable des deux chantiers, en Finlande comme en France. A Flamanville, le chantier de l'EPR a débuté fin 2007 et a rapidement accumulé les déboires. A la mi-2008, il a été arrêté à la demande de l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), ce qui est exceptionnel dans l'histoire du nucléaire français. Des malfaçons dans la qualité du béton avait été constatées. Quelques mois plus tard, l'ASN pointait du doigt un nouveau danger dans la fabrication de pièces destinées au pressuriseur du réacteur. Depuis, l'ASN n'a toujours pas obtenu satisfaction.

Le chantier d'Olkiluoto est tout aussi mal géré, à tel point que le gouvernement finlandais pourrait exiger deux milliards d'euros de dédommagements à Areva.

Et dire que l'EPR devait être une des vitrines du savoir-faire français. Il n'est en réalité que le miroir d'une politique énergétique irresponsable. Greenpeace demande son abandon pur et simple.

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