L'EPR est un nouveau type de réacteur nucléaire (dit de
troisième génération). Il s'agit d'un réacteur à eau pressurisée
(European Pressurized Reactor en anglais, d'où le sigle
EPR). Il a une puissance électrique de 1600 mégawatts (quand ses
prédécesseurs avoisinaient les 1000 mégawatts) et il est conçu pour
utiliser jusqu'à 100% de Mox (Mixed Oxydes), un mélange
d'oxydes de plutonium et d'uranium. C'est le réacteur plus puissant
au monde, mais aussi le plus dangereux.
Actuellement, deux EPR sont en construction : à Flamanville
(près de Cherbourg) et en Finlande (à Olkiluoto). Un troisième est
en projet à Penly, près de Dieppe. Deux ont été vendus à la Chine.
Le gouvernement français, EDF et Areva sont les principaux
promoteurs de l'EPR et voient en lui le réacteur de l'avenir. De
son côté, Greenpeace demande son abandon pur et simple. Pour
plusieurs raisons.
Un intérêt énergétique nul
La France n'a pas besoin de nouvelles centrales nucléaires. Nos
capacités de production d'électricité sont tout à fait suffisantes.
On en produit même trop, à tel point qu'une partie est exportée à
perte, faute de débouchés intérieurs.
Par contre, en développant toujours plus le nucléaire alors
qu'il n'y a a pas assez d'uranium en France, nous renforçons notre
dépendance vis-à-vis de l'extérieur. Nous devons acheter de
l'uranium au Canada, au Niger ou à l'Australie. En aucun cas, le
nucléaire ne favorise notre indépendance énergétique. Cette idée
est un mythe.
Croire que le nucléaire est la solution face aux dérèglements
climatiques est tout aussi illusoire. La seule solution, c'est le
recours aux énergies renouvelables et à l'efficacité énergétique.
Le Grenelle de l'environnement avait d'ailleurs appelé à une
modération de nos consommations électriques. La construction de
réacteurs EPR ne va absolument pas dans ce sens.
Un danger permanent
Non seulement l'EPR est inutile, mais en plus il est dangereux.
Un problème technique, une erreur humaine, un acte terroriste : le
risque zéro n'existe pas. Aucune centrale nucléaire n'est à l'abri
d'une catastrophe. En 2003, la révélation d'un document classé «
secret défense » a permis de découvrir qu'un EPR ne résisterait pas
au crash d'un avion de ligne (qu'il s'agisse d'un accident ou d'un
acte terroriste). Quatre ans plus tard, Greenpeace a publié un
rapport réalisé par John Large, expert international en sécurité
nucléaire. Sa conclusion est dramatique.
L'EPR est le réacteur nucléaire le plus dangereux au monde en
raison de sa puissance et du combustible utilisé. En cas d'accident
nucléaire sur un des EPR, toute la Normandie devrait être évacuée
et au bout de 48 heures, l'ensemble du territoire français serait
sous un nuage toxique. Les morts se compteraient par centaines dans
les premiers jours et par dizaines de milliers les années
suivantes. En outre, les plans d'intervention en cas de catastrophe
à Flamanville sont insuffisants. Ils ne concernent que la zone de
10 km entourant la centrale !
Ces risques de catastrophe mis à part, le fonctionnement
quotidien de l'EPR est de toute façon dangereux. Ses promoteurs
répètent qu'il produira un peu moins de déchets que ses prédécesseurs. Certes. Mais
ils seront sept fois plus nocifs ! Le Mox utilisé par l'EPR est en
effet plus radiotoxique que le combustible à l'uranium
habituellement employé. Et on ne sait toujours pas quoi faire de
ces déchets !
Un gouffre financier
Les défenseurs de l'EPR assurent également qu'il va être
créateur d'emplois. Pourtant, il n'y a pas de quoi se vanter. Au
plus fort du chantier, 1800 postes seront à pourvoir. Ensuite, la
centrale emploiera 200 permanents. En comparaison, la promotion des
énergies renouvelables pourrait entraîner la création de dizaines
de milliers d'emplois par an. Mais il faudrait y consacrer des
moyens financiers. Par exemple, ceux prévus pour l'EPR.
Officiellement, le nouveau réacteur devait coûter un peu plus de
trois milliards d'euros. L'EPR en construction en Finlande en
coûtera au moins deux de plus. A quoi il faudra ajouter, une fois
le chantier fini, les frais de fonctionnement, la gestion des
déchets nucléaires et, dans un avenir plus lointain, le coût du
démantèlement. On est bien au-delà de cinq milliards d'euros. Au
final, c'est le consommateur et le contribuable qui paieront la
note. EDF a d'ailleurs reconnu que le coût du kilowattheure
nucléaire d'un deuxième EPR serait de 0,60 €. C'est deux fois plus
cher que ce qu'il promettait il y a cinq ans !
Une gestion catastrophique
Ces surcoûts sont dus à une gestion lamentable des deux
chantiers, en Finlande comme en France. A Flamanville, le chantier
de l'EPR a débuté fin 2007 et a rapidement accumulé les déboires. A
la mi-2008, il a été arrêté à la demande de l'Autorité de Sûreté
Nucléaire (ASN), ce qui est exceptionnel dans l'histoire du
nucléaire français. Des malfaçons dans la qualité du béton avait
été constatées. Quelques mois plus tard, l'ASN pointait du doigt un
nouveau danger dans la fabrication de pièces destinées au
pressuriseur du réacteur. Depuis, l'ASN n'a toujours pas obtenu
satisfaction.
Le chantier d'Olkiluoto est tout aussi mal géré, à tel point que
le gouvernement finlandais pourrait exiger deux milliards d'euros
de dédommagements à Areva.
Et dire que l'EPR devait être une des vitrines du savoir-faire
français. Il n'est en réalité que le miroir d'une politique
énergétique irresponsable. Greenpeace demande son abandon pur et
simple.