L'histoire du nucléaire en France montre à quel point des
décisions qui engagent notre pays ont été prises dans le secret de
réunions élyséennes, pour satisfaire le lobby nucléaire, sans
consultation du Parlement, ni des populations. Les électeurs n'ont
jamais été appelés à se prononcer pour ou contre le nucléaire en
France. L'avis des populations locales n'a jamais été pris en
compte dans le choix des sites.
Dès les débuts du nucléaire en France, après la Seconde guerre
mondiale, cette culture du secret a été la règle. Elle vaut pour la
conception de l'arme nucléaire, mais également pour la construction
de centrales nucléaires. En 1974, le « plan Messmer » généralise le
recours à l'énergie nucléaire en France et programme l'installation
de plusieurs dizaines de réacteurs sur le territoire. La décision
est prise dans la plus grande opacité, au niveau gouvernemental.
L'Assemblée nationale n'est même pas consultée. Aucun débat n'est
organisé.
La relance du nucléaire dans les années 2000 s'est faite dans
les mêmes conditions. En 2004, la construction d'un
EPR à Flamanville est annoncée. Elle apparaît dans la loi sur
l'énergie de juillet 2005. Ce n'est qu'après, que le débat public
obligatoire est organisé ! Quant à l'enquête publique, elle est
réalisée en plein été 2006. Les mouvements de protestation ont beau
se multiplier (notamment au printemps 2007), le décret autorisant
EDF à construire l'EPR est publié juste avant la présidentielle de
2007.
Quelques mois plus tard, Nicolas Sarkozy lance le Grenelle de
l'Environnement et exclut d'office des débats la question du
nucléaire. En janvier 2009, il annonce la création d'un deuxième
EPR (à Penly, près de Dieppe) sans aucune concertation non plus. La
décision a été prise à l'Elysée par le chef de l'Etat lui-même,
après discussion avec les représentants du lobby nucléaire.
Cette absence de transparence a régulièrement conduit les
autorités jusqu'à l'irresponsabilité. Au printemps 1986, quelques
jours après la catastrophe de Tchernobyl, le gouvernement assurait que le
nuage radioactif s'était arrêté à nos frontières. En France, les
incidents et accidents nucléaires sont toujours l'occasion de
communiqués aussi évasifs que trompeurs. Quant aux conséquences
sanitaires des essais nucléaires sur les personnels civils et
militaires, elles ont été systématiquement niées jusqu'en 2009.
La France a même été jusqu'à l'illégalité en coulant un navire
de Greenpeace, le Rainbow Warrior, en 1985. Le drame fit une
victime, le photographe Fernando Pereira, et conduisit le
gouvernement de l'époque à mentir sans vergogne pour décrédibiliser
Greenpeace.
L'affaire d'espionnage qui oppose Greenpeace à EDF depuis le
mois de mars 2009 témoigne de nouveau de la volonté du lobby
nucléaire français de travailler dans l'ombre. Les politiques et
les industriels en charge du dossier ne veulent pas entendre parler
de démocratie. En réclamant au contraire un débat sur le nucléaire
en France, Greenpeace dérange.