Nucléaire et démocratie

Page - 16 octobre, 2009

L'histoire du nucléaire en France montre à quel point des décisions qui engagent notre pays ont été prises dans le secret de réunions élyséennes, pour satisfaire le lobby nucléaire, sans consultation du Parlement, ni des populations. Les électeurs n'ont jamais été appelés à se prononcer pour ou contre le nucléaire en France. L'avis des populations locales n'a jamais été pris en compte dans le choix des sites.

Dès les débuts du nucléaire en France, après la Seconde guerre mondiale, cette culture du secret a été la règle. Elle vaut pour la conception de l'arme nucléaire, mais également pour la construction de centrales nucléaires. En 1974, le « plan Messmer » généralise le recours à l'énergie nucléaire en France et programme l'installation de plusieurs dizaines de réacteurs sur le territoire. La décision est prise dans la plus grande opacité, au niveau gouvernemental. L'Assemblée nationale n'est même pas consultée. Aucun débat n'est organisé.

La relance du nucléaire dans les années 2000 s'est faite dans les mêmes conditions. En 2004, la construction d'un EPR à Flamanville est annoncée. Elle apparaît dans la loi sur l'énergie de juillet 2005. Ce n'est qu'après, que le débat public obligatoire est organisé ! Quant à l'enquête publique, elle est réalisée en plein été 2006. Les mouvements de protestation ont beau se multiplier (notamment au printemps 2007), le décret autorisant EDF à construire l'EPR est publié juste avant la présidentielle de 2007.

Quelques mois plus tard, Nicolas Sarkozy lance le Grenelle de l'Environnement et exclut d'office des débats la question du nucléaire. En janvier 2009, il annonce la création d'un deuxième EPR (à Penly, près de Dieppe) sans aucune concertation non plus. La décision a été prise à l'Elysée par le chef de l'Etat lui-même, après discussion avec les représentants du lobby nucléaire.

Cette absence de transparence a régulièrement conduit les autorités jusqu'à l'irresponsabilité. Au printemps 1986, quelques jours après la catastrophe de Tchernobyl, le gouvernement assurait que le nuage radioactif s'était arrêté à nos frontières. En France, les incidents et accidents nucléaires sont toujours l'occasion de communiqués aussi évasifs que trompeurs. Quant aux conséquences sanitaires des essais nucléaires sur les personnels civils et militaires, elles ont été systématiquement niées jusqu'en 2009.

La France a même été jusqu'à l'illégalité en coulant un navire de Greenpeace, le Rainbow Warrior, en 1985. Le drame fit une victime, le photographe Fernando Pereira, et conduisit le gouvernement de l'époque à mentir sans vergogne pour décrédibiliser Greenpeace.

L'affaire d'espionnage qui oppose Greenpeace à EDF depuis le mois de mars 2009 témoigne de nouveau de la volonté du lobby nucléaire français de travailler dans l'ombre. Les politiques et les industriels en charge du dossier ne veulent pas entendre parler de démocratie. En réclamant au contraire un débat sur le nucléaire en France, Greenpeace dérange.

Nos documents sur le sujet