Tchernobyl 25 ans après : non, la catastrophe n'est pas terminée

Page - 16 octobre, 2009

Tchernobyl, Ukraine, samedi 26 avril 1986 à 1h24. Lors de la vérification d'un système de sécurité de l'Unité 4 de la centrale de Tchernobyl, une série d'erreurs commises par les opérateurs du réacteur entraîne la fusion du cœur. La pression de la vapeur fait sauter le couvercle du réacteur, laissant échapper un nuage radioactif. L'évacuation des habitants de la ville de Pripyat, située à 3 km de la centrale, ne débute que le dimanche 27 à 14h. La ville de Tchernobyl, distante de 25 km, n'est alertée que le lundi matin... et évacuée le dimanche suivant !  

Les séquelles sont encore nombreuses

Ces conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl sont aujourd’hui encore sujettes à débats. Et pour cause : ni les industriels nucléaires, ni les gouvernements qui les soutiennent n’ont fait leur travail pour établir un bilan sérieux de l'accident. L’URSS avait tout fait pour le minimiser. Aucun registre n’a été tenu.
De son côté, l'Agence Internationale de l'Energie Atomique a avancé le chiffre fantaisiste de 4 000 morts ! En 2006, Greenpeace a publié un rapport inédit et réalisé par soixante scientifiques. Il conclut que 200 000 décès dus à la catastrophe ont déjà été constatés ces quinze dernières années en Russie, Biélorussie et Ukraine.
L’Académie des sciences de l’Etat de New-York a publié, fin 2009, des études de chercheurs russes, biélorusses et ukrainiens. Selon ces recherches, qui n’avaient jamais été traduites en anglais, le nombre de décès causés par les retombées de l’accident de Tchernobyl se situerait entre 600 000 et 900 000. (lire l'intégralité en anglais)

Les liquidateurs, héros et victimes 

Dans la nuit du 26 avril 1986 et dans les semaines, les mois qui suivirent, près d'un million d’hommes, surnommés 'les liquidateurs', ont été envoyés au pied du réacteur de Tchernobyl pour éteindre l’incendie du graphite en combustion dans le réacteur et bâtir le sarcophage conçu pour ensevelir les restes des installations.
C'est à  mains nues, sans autre forme d'équipement que des pelles et des jets d’eau qu'ils ont fait ce travail titanesque. Des dizaines de milliers d'entre eux sont morts aujourd'hui, et continuent de mourir. Le film documentaire "La bataille de Chernobyl" ( Thomas Johnson 2006) révèle que sur les 500 000 liquidateurs, 20.000 sont morts et 20.000 sont invalides.

 

Une région qui reste fortement contaminée

Des équipes de Greenpeace se sont rendues sur place, au mois de mars 2011. L'étude a été menée sur 114 échantillons de produits à la base du régime alimentaire des habitants,  prélevés dans les régions de Jitomir et de Rivne et dans une troisième non-contaminée à titre de comparaison.  Ces échantillons ont été récupérés soit sur les marchés locaux, soit directement auprès d’agriculteurs.
Des niveaux supérieurs à la norme de césium 137, élément radioactif à longue durée de vie, ont été détectés sur plusieurs échantillons de lait, de champignons et de baies. Le Cesium se déposant sur et dans les couches supérieures de la terre, les analyses ont porté sur les principales denrées alimentaires "à risque"

Un taux de radioactivité plus élevé a été constaté dans la région de Rivne, car son sol tourbeux et marécageux rend l'absorption des particules radioactives par les plantes plus facile. 

Dans le lait : un échantillon prélevé dans la localité de Rudnya Zherevetska (région de Jitomir) affichait une radioactivité de 60 becquerels par litre (Bq/l), soit une concentration en césium 137 supérieure de 50 % à la norme acceptable de 40 Bq/l définie pour les enfants.

Sur les sept échantillons de champignons prélevés dans le village de Drozdyn (oblast de Rivne), six dépassaient de 1,3 à 7 fois les niveaux acceptables de césium 137.

Les baies de la région de Jitomir présentaient aussi une teneur en césium 137 supérieure aux normes : 1,5 fois supérieure pour les myrtilles congelées, 4,4 fois pour la confiture de myrtilles et jusqu’à 4,8 fois pour les myrtilles séchées.

Des teneurs en césium 137 entre 1,2 et 1,7 fois supérieures aux normes ont été détectées sur quatre des 15 échantillons de pommes de terre cultivées dans le village de Drozdyn.

Carte des lieux de prélèvements - mars 2011


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Consulter l'intégralité des résultats des prélèvements (en anglais) 

A lire ailleurs : sur le site de la Documentation française, le dossier La catastrophe nucléaire de Tchernobyl, 20 ans après