Thon rouge

Page - 17 mai, 2010

Depuis dix ans, Greenpeace tire la sonnette d'alarme. Le thon rouge de Méditerranée est menacé d'extinction. Dans notre premier rapport sur le sujet, en 1999, nous annoncions que le nombre de thons rouges adultes avait diminué de 80% au cours des vingt années précédentes.

 

Cette espèce est emblématique de la Méditerranée, elle est pêchée depuis plus de 7 000 ans, mais c’est depuis 30 ans que les choses se sont emballées.
Jusqu’aux années 1970, la pêche au thon rouge était avant tout artisanale, pour approvisionner un marché local. Puis on a commencé à pêcher à la senne, un long filet circulaire qui permet d’encercler des bancs entiers, et de prendre jusqu’à 100 tonnes  d’un seul coup.
La pêche s’est alors intensifiée et concentrée sur les zones de reproduction du thon rouge. On estime que le nombre de thons rouges a diminué de plus de 80% en quelques décennies.



Les thoniers senneurs se sont donc multipliés et ont déployé des trésors de technologie et toute une chaîne logistique : radars, sonars pour repérer les bancs, cartes satellites, avions de repérage, cargos surgélateurs, remorqueurs de cages à thon, fermes d’engraissement. Il n’y avait plus aucune chance pour le poisson.

En quelques années, les captures ont atteint les 60 000T par an et au début des années 2000, tous les signaux étaient au rouge, il fallait réagir.


L’échec de tous les organes de régulation

L’Iccat est la commission des Nation Unies qui gère la pêche au thon rouge en Méditerranée. Sa faillite a été dénoncée depuis des années. Les quotas ont toujours été fixés très au dessus des recommandations scientifiques et n’ont de plus jamais été respectés. Les membres de l’Iccat ont toujours privilégié les intérêts à court terme de leur industrie.
Face à la pression des ONG, dont Greenpeace, aux inquiétudes des scientifiques et à une prise de conscience de la population, les choses ont commencé à changer :  réduction des quotas, plan de contrôle, réduction de capacité.
Mais cela n’était pas à la hauteur des enjeux, le risque était celui d’un effondrement imminent de la population de thon rouge.

En 2010, c’est vers la Cites, organe des Nations unies qui gère le commerce des espèces menacées, que les espoirs se sont tournés, pour mettre fin au pillage de l’espèce.  Mais sous la pression du Japon, la Cites n’a pas interdit le commerce international du thon rouge. Pendant la saison de pêche, Greenpeace s’est mobilisée pour tenter de libérer les thons rouges capturés en Méditerranée avec le Rainbow Warrior et l’Arctic Sunrise.Enfin, en novembre 2010, la conférence de l’Iccat s’est tenue à Paris. Les militants de Greenpeace ont rappelé au Ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire, qu’il ne restait plus que quelques jours pour sauver le thon rouge…  Une nouvelle fois, l’Iccat a été incapable de prendre les mesures à la hauteur de la situation.

Quel avenir pour les thons rouges… et les pêcheurs ?

Cependant, en quelques années la réalité des pêcheurs a grandement changé :

Le quota mondial a été divisé par 3, atteignant 12 5000T en 2011. La France se retrouve aujourd’hui avec un quota d’autant plus réduit qu’elle doit aussi rembourser ses dépassements de quotas : les thoniers français avaient droit  en 2007 à 5 000 tonnes  de prises, et en avaient réellement pêché  le double ! En 2011, ils n’ont donc plus que 600 tonnes à se partager pour 9 bateaux.
De même, des centaines de navires pourchassaient le thon rouge, et ce nombre a radicalement diminué : 36 thoniers français il y a 5 ans, 9 en 2011.

Le thon rouge incarne  tout ce qu’il ne faut pas faire en matière de gestion des pêches : les institutions et les pêcheurs industriels ont pillé l’espèce, mais c’est aujourd’hui l’industrie qui en paye le prix.

La situation internationale cette année pourrait donner le coup de grâce à la pêche industrielle au thon rouge : 80% des prises, après avoir été engraissées plusieurs mois dans des cages essentiellement situées autour de Malte, partaient au Japon pour le marché de luxe. Après la catastrophe de Fukushima, il est plus que probable qfue la demande, et donc les prix s’écroulent…


De même, pour échapper aux limitations des quotas, certains pêcheurs français ont repavillonné une partie de leur flotte en Libye. Mais compte tenu de la situation du pays, la pêche ne sera vraisemblablement pas autorisée non plus dans les eaux libyennes.  Les thoniers français doivent déjà rembourser leurs pêches illégales des années précédentes,en 2011 et la situation pourrait bien devenir intenable pour eux.

De nombreux efforts restent à faire pour enrayer l’extermination de l’espèce : mettre en place des réserves marines sur les zones de reproduction, continuer à réduire les quotas et le nombre de bateaux, afin de privilégier une pêche artisanale et côtière..

 

Nos documents sur le sujet