Pascal Husting, Directeur Général de Greenpeace France
En tant que directeur de Greenpeace France, le directeur
international est-il votre patron ?
Sur le plan légal, pas du tout ! Greenpeace France est une
entité légale française, régie par la loi 1901. Mon travail est par
conséquent supervisé par le Conseil d'administration de Greenpeace
France. D'un autre côté, en tant que branche française d'une
organisation internationale, Greenpeace France s'engage à mettre en
œuvre en France les campagnes globales décidées par consensus entre
les bureaux nationaux et l'entité de coordination qui est Greenpeace
International.
Dans ce cadre là, le directeur de Greenpeace International,
Gerd Leipold, étant responsable de la mise en œuvre des
campagnes globales de Greenpeace, est, en quelque sorte, le «
patron » de tous les collaborateurs de Greenpeace dans le
monde.
Quelles sont les relations entre les bureaux nationaux et
Greenpeace international ?
Tous les bureaux nationaux ou régionaux adhèrent à un set de
valeurs dont Greenpeace International est le « gardien » :
indépendance politique et financière, principe de non-violence. Par
ailleurs, Greenpeace international organise la mise en commun des
ressources globales de Greenpeace, comme par exemple les bateaux,
pour mener des campagnes à l'échelle globale. Les collaborateurs de
Greenpeace se réunissent à tous les niveaux de responsabilité pour
décider ensemble des actions globales de l'organisation.
Chaque bureau national est également représenté dans l'Assemblée
constituante de Greenpeace international et participe ainsi aux
décisions à long terme tels que l'ouverture ou la fermeture d'un
bureau et le lancement ou l'abandon d'une campagne.
Quelle est la marge de manœuvre pour développer des campagnes
franco françaises à Greenpeace France ?
Greenpeace se définit comme une organisation qui travaille avec
des stratégies globales sur des menaces globales. Au niveau
national, nous déclinons donc ces stratégies globales en fonction
de la position géopolitique de notre pays, de notre rang de
puissance économique mondiale et du rôle moteur de la France dans
la construction européenne.
Cela laisse très peu de temps pour mener des campagnes purement
nationales.
Quels sont les campagnes de Greenpeace qui vous ont le plus
marquées ?
Il y en a deux : la campagne du début des années 2000 contre
Exxon Mobil, la multinationale pétrolière qui continue, jusqu'à
aujourd'hui, de nier les changements climatiques tout en étant un
des principal responsable. En prenant le risque de s'attaquer à la
plus puissante et plus riche entreprise au monde, Greenpeace a
montré très tôt qu'en terme de lutte contre les changements
climatiques l'heure était venue de passer à la vitesse
supérieure.
Ensuite, la campagne victorieuse pour le désamiantage du
Clemenceau en France. Ce fut un exemple parfait d'une campagne
instiguée par Greenpeace et menée par une coalition d'ONG de pays
et de sensibilités différentes pour un même objectif : la justice
environnementale et sociale mondiale.
Parfois, Greenpeace est perçu comme trop alarmiste, trop
catastrophiste. Qu'en pensez vous ?
Si être catastrophiste signifie affirmer que TOUS les
indicateurs sont au rouge vif - vitesse des changements
climatiques, extinction des espèces, appauvrissement des sols
cultivables, manque d'eau potable, prolifération de la menace
nucléaire - alors oui, Greenpeace est catastrophiste ! C'est la
seule attitude intellectuelle et philosophique qu'on puisse adopter
face à l'ampleur des menaces qui pèsent sur la planète et ses
habitants. Mais c'est aussi la seule attitude qui nous permettra de
sortir du fatalisme et d'aller vers les changements radicaux qui
éviteront que la catastrophe n'ait lieu. Si nous refusons
d'envisager la catastrophe, il est sûr qu'elle surviendra.
La prise de conscience écologiste du grand public mais aussi
des décideurs politiques et économiques va-t-elle amener Greenpeace
à revoir son mode d'action ?
Gandhi a dit : « D'abord, ils vous ignorent, puis ils vous
ridiculisent avant de vous combattre et, enfin, vous remportez la
victoire ». Les temps où Greenpeace a été ignorée et
ridiculisée sont révolus et nos idées sont de moins en moins
combattues publiquement. Pour autant, nous sommes loin d'avoir
gagné. Pour y arriver, nous devons convaincre le public et les
décideurs que la prise de conscience est une chose et que l'action
concrète en est une autre. Greenpeace continuera à dénoncer les
crimes environnementaux et à proposer les solutions qui s'imposent.
Nous continuerons d'être un interlocuteur compétent et sérieux des
pouvoirs publics tout en jouant notre rôle de lanceur d'alerte et
de contre-pouvoir.
Pascal Husting est directeur de Greenpeace France depuis mars
2005. Son premier contact avec le militantisme remonte à 1980 où à
19 ans il s'engage dans le Mouvement de la paix pour s'opposer au
déploiement des euromissiles.
Etudiant d'éducation physique à l'Université de Cologne
(Allemagne), il enseignera au Luxembourg pendant deux ans (87-89)
dans un centre fermé pour délinquants juvéniles.
En 1990, il se reconvertit dans le monde de la finance et
travaille pendant cinq ans pour Grant Thornton Luxembourg, un
cabinet d'audit et d'experts comptables.
1995, terminé, selon ses propos, « la finance aliénante
», il saisit l'opportunité d'entrer à Greenpeace Luxembourg comme
directeur financier et de la collecte de fonds.
Deux ans après, il est nommé directeur exécutif de Greenpeace
Luxembourg qui deviendra la 1ère ONG luxembourgeoise en terme de
nombre d'adhérents.
En 2002, sa mission s'internationalise. Pour Greenpeace
International, il organise le blocus des 30 stations essence Esso
au Luxembourg pour forcer la multinationale pétrolière à assumer
ses responsabilités environnementales et mettre en lumière les
ramifications financières d'Exxon Mobil au Luxembourg.
En 2004, il est nommé directeur exécutif de Greenpeace
Méditerranée.
Et un an plus tard, le voilà à la tête de Greenpeace France.