Ça marche comment Greenpeace ?

Page - 21 octobre, 2009
Greenpeace est une organisation internationale. Qui décide des campagnes à mener ? Qui dirige qui ? Qui vote les budgets ? Pascal Husting, ancien directeur de Greenpeace France, aujourd'hui directeur des programmes de Greenpeace Internatrional nous éclaire sur ces questions récurrentes.

Pascal Husting, Ancien directeur Général de Greenpeace France

 

Le directeur international est-il patron du directeur de Greenpeace France?

Sur le plan légal, pas du tout ! Greenpeace France est une entité légale française, régie par la loi 1901. Le travail du directeur est par conséquent supervisé par le Conseil d'administration de Greenpeace France. D'un autre côté, en tant que branche française d'une organisation internationale, Greenpeace France s'engage à mettre en œuvre en France les campagnes globales décidées par consensus entre les bureaux nationaux et l'entité de coordination qui est Greenpeace International.

Dans ce cadre là, le directeur de Greenpeace International, Kumi Naidoo étant responsable de la mise en œuvre des campagnes globales de Greenpeace, est, en quelque sorte, le « patron » de tous les collaborateurs de Greenpeace dans le monde.

Quelles sont les relations entre les bureaux nationaux et Greenpeace international ?

Tous les bureaux nationaux ou régionaux adhèrent à un set de valeurs dont Greenpeace International est le « gardien » : indépendance politique et financière, principe de non-violence. Par ailleurs, Greenpeace international organise la mise en commun des ressources globales de Greenpeace, comme par exemple les bateaux, pour mener des campagnes à l'échelle globale. Les collaborateurs de Greenpeace se réunissent à tous les niveaux de responsabilité pour décider ensemble des actions globales de l'organisation.

Chaque bureau national est également représenté dans l'Assemblée constituante de Greenpeace international et participe ainsi aux décisions à long terme tels que l'ouverture ou la fermeture d'un bureau et le lancement ou l'abandon d'une campagne.

Quelle est la marge de manœuvre pour développer des campagnes franco françaises à Greenpeace France ?

Greenpeace se définit comme une organisation qui travaille avec des stratégies globales sur des menaces globales. Au niveau national, nous déclinons donc ces stratégies globales en fonction de la position géopolitique de notre pays, de notre rang de puissance économique mondiale et du rôle moteur de la France dans la construction européenne.

Cela laisse très peu de temps pour mener des campagnes purement nationales.

Quelles sont les campagnes de Greenpeace qui vous ont le plus marquées ?

Il y en a deux : la campagne du début des années 2000 contre Exxon Mobil, la multinationale pétrolière qui continue, jusqu'à aujourd'hui, de nier les changements climatiques tout en étant un des principal responsable. En prenant le risque de s'attaquer à la plus puissante et plus riche entreprise au monde, Greenpeace a montré très tôt qu'en terme de lutte contre les changements climatiques l'heure était venue de passer à la vitesse supérieure.

Ensuite, la campagne victorieuse pour le désamiantage du Clemenceau en France. Ce fut un exemple parfait d'une campagne instiguée par Greenpeace et menée par une coalition d'ONG de pays et de sensibilités différentes pour un même objectif : la justice environnementale et sociale mondiale.

Parfois, Greenpeace est perçu comme trop alarmiste, trop catastrophiste. Qu'en pensez vous ?

Si être catastrophiste signifie affirmer que TOUS les indicateurs sont au rouge vif - vitesse des changements climatiques, extinction des espèces, appauvrissement des sols cultivables, manque d'eau potable, prolifération de la menace nucléaire - alors oui, Greenpeace est catastrophiste ! C'est la seule attitude intellectuelle et philosophique qu'on puisse adopter face à l'ampleur des menaces qui pèsent sur la planète et ses habitants. Mais c'est aussi la seule attitude qui nous permettra de sortir du fatalisme et d'aller vers les changements radicaux qui éviteront que la catastrophe n'ait lieu. Si nous refusons d'envisager la catastrophe, il est sûr qu'elle surviendra.

La prise de conscience écologiste du grand public mais aussi des décideurs politiques et économiques va-t-elle amener Greenpeace à revoir son mode d'action ?

Gandhi a dit : « D'abord, ils vous ignorent, puis ils vous ridiculisent avant de vous combattre et, enfin, vous remportez la victoire ». Les temps où Greenpeace a été ignorée et ridiculisée sont révolus et nos idées sont de moins en moins combattues publiquement. Pour autant, nous sommes loin d'avoir gagné. Pour y arriver, nous devons convaincre le public et les décideurs que la prise de conscience est une chose et que l'action concrète en est une autre. Greenpeace continuera à dénoncer les crimes environnementaux et à proposer les solutions qui s'imposent. Nous continuerons d'être un interlocuteur compétent et sérieux des pouvoirs publics tout en jouant notre rôle de lanceur d'alerte et de contre-pouvoir.

Pascal Husting a était directeur de Greenpeace France de mars 2005 à décembre 2011, pour devenir directeur des programmes de Greenpeace International. Son premier contact avec le militantisme remonte à 1980 où à 19 ans il s'engage dans le Mouvement de la paix pour s'opposer au déploiement des euromissiles.

Etudiant d'éducation physique à l'Université de Cologne (Allemagne), il enseignera au Luxembourg pendant deux ans (87-89) dans un centre fermé pour délinquants juvéniles.

En 1990, il se reconvertit dans le monde de la finance et travaille pendant cinq ans pour Grant Thornton Luxembourg, un cabinet d'audit et d'experts comptables.

1995, terminé, selon ses propos, « la finance aliénante », il saisit l'opportunité d'entrer à Greenpeace Luxembourg comme directeur financier et de la collecte de fonds.

Deux ans après, il est nommé directeur exécutif de Greenpeace Luxembourg qui deviendra la 1ère ONG luxembourgeoise en terme de nombre d'adhérents.

En 2002, sa mission s'internationalise. Pour Greenpeace International, il organise le blocus des 30 stations essence Esso au Luxembourg pour forcer la multinationale pétrolière à assumer ses responsabilités environnementales et mettre en lumière les ramifications financières d'Exxon Mobil au Luxembourg.

En 2004, il est nommé directeur exécutif de Greenpeace Méditerranée.