Yannick Jadot nous explique la méthode Greenpeace

Page - 22 juin, 2009

Yannick Jadot fut directeur des programmes de Greenpeace en France.

Economiste de formation, il a travaillé pendant plus de dix ans dans le champ de la solidarité internationale. Après avoir passé plusieurs années au Burkina Faso et au Bangladesh, il a rejoint Solagral, une ONG spécialisée dans le suivi des négociations internationales et l'appui aux pays en développement où il a exercé les fonctions de délégué général jusqu'en 2001. De 2002 à 2008, il dirige les campagnes que Greenpeace mène en France et participe activement à l'élaboration des campagnes internationales de Greenpeace, tout en veillant à la prise en compte du contexte environnemental, politique, social, économique et culturel français. Sa mission consistait également à représenter Greenpeace au niveau politique et à en être le principal porte-parole.

On voit dans les médias essentiellement les actions "coup de poing" de Greenpeace. Quelles sont les phases en amont et les phases en aval d'une action de confrontation ?

Une campagne se construit d'abord autour d'une solide expertise et d'un argumentaire complet. C'est la première raison pour laquelle Greenpeace est reconnue comme un interlocuteur crédible et incontournable sur les sujets qu'elle traite, au niveau national, européen ou dans les négociations internationales. Après cette première phase intervient une phase de documentation et d'information des décideurs et du public autour de l'atteinte à l'environnement que nous voulons stopper. Nous organisons des concertations et des discussions avec les responsables de l'atteinte à l'environnement et ceux en charge de la solution (entreprises et Etat le plus souvent) pour les convaincre de mettre fin à cette situation inacceptable.

Si nous n'obtenons pas satisfaction, nous pouvons organiser des pétitions (écrites ou électroniques) et des manifestations (devant les supermarchés par exemple) pour faire pression. Si cela ne suffit toujours pas, alors nous organisons des actions de confrontation non violente, pour alerter l'opinion publique et forcer les décideurs à changer de politiques, à prendre les bonnes décisions en faveur de l'environnement. Ces actions n'auraient aucune chance de réussite si les phases précédentes ne donnaient pas crédibilité et légitimité à notre interpellation directe. Les actions de confrontation, même si elles représentent la partie la plus visible de notre travail, si elles sont une grande spécificité de Greenpeace, ne représentent donc qu'une partie mineure de notre travail quotidien.

Comment décidez-vous quelle campagne mener ?

Nos campagnes doivent d'abord s'attaquer aux défis environnementaux les plus cruciaux au niveau global. C'est pourquoi les changements climatiques sont aujourd'hui notre priorité. Elles doivent ensuite se fixer des objectifs très clairs qui, même s'ils sont très ambitieux, doivent avoir une chance d'être atteints. Avant de démarrer une campagne,  nous vérifions que nous avons l'expertise indispensable, les moyens humains et financiers suffisants et une stratégie clairement établie qui identifie les acteurs et les étapes clés.

Quelle est pour vous la campagne "idéale" de Greenpeace ?

La campagne contre l'exportation du Clemenceau en Inde alors qu'il n'avait pas été préalablement dépollué. Cette campagne reposait sur 10 ans d'expertise, une convention internationale sur l'interdiction de l'exportation des déchets dans les pays du Sud à la construction de laquelle Greenpeace a largement contribué, des actions menées dans plus de 20 pays dans le monde pendant des années.

Sur le Clemenceau spécifiquement, nous avons travaillé avec des associations de lutte contre l'amiante, de défense des droits de l'homme et des syndicats, en France et en Inde. Enfin, nous avons réussi à articuler un travail d'expertise, d'information et de lobby avec des actions de visibilité forte qui ont permis de mobiliser largement le public ce qui nous a mené à remporter une belle victoire collective.

Convaincre, avec tous nos moyens, que nos solutions pour le climat, les forêts et les océans, l'agriculture... ne sont pas seulement indispensables pour l'environnement et donc pour nous, mais qu'elles sont aujourd'hui accessibles, mises en oeuvre dans certains régions du globe, qu'elles sont aussi bonnes pour l'emploi, le développement des pays du Sud, l'économie et, ce qui n'est pas le moins important, bonnes pour la démocratie. Bref, la mobilisation qui a permis que l'environnement soit au coeur du débat public doit se poursuivre et se renforcer pour que les solutions soient mises en oeuvre.