Un
élu n'a légalement pas pouvoir à s'opposer à un essai sur sa commune.
Pourtant le rôle d'un élu n'est-il pas d'assurer la cohabitation de ses
administrés - est-ce possible lorsqu'une exploitation biologique se
trouve à proximité d'un essai ? - et leur sécurité, notamment sanitaire
- comment faire sans études scientifiques viables et sans un recul
suffisant ? -.
Fort de ce constat , le collectif s'est associé au
Cédis pour organiser une journée de formation destinée aux élus des
collectivités locales. Pour cette deuxième édition du 19 Juin au sein
de la Maison de l'Economie Solidaire, nous avons accueilli une
vingtaine de participants, représentant 13 collectivités.
Lorsque les techniques dépassent les sciences…
Après un café d'accueil " bio et commerce équitable ", la journée de travail a pu commencer par une intervention de Jean-Pierre Berlan, directeur de recherche de l'Institut National de Recherche Agronomique.
Au cours d'un exposé d'une heure sur l'état des sciences et des
techniques suivi d'un questions-réponses, l'accent a été mis sur cette
mystification techno-scientifique de la biologie marchande (2) qui tend
à une réduction du vivant. A ce jour, les techniques sont largement en
avance sur les sciences. Si nous sommes à même de créer toutes sortes
d'organismes génétiquement modifiés, qu'il est plus juste d'appeler "
Chimère (3) ", aucune étude scientifique sérieuse n'est capable d'en
connaître les conséquences. C'est donc dans un flou total que des
transnationales se lancent avidement dans la diffusion d'organismes
nouveaux, mais inutiles, sous couvert de progrès et à grands coups de
slogans marchands, " de roublardises sémantiques ". Au cours de son
intervention, Jean-Pierre Berlan a pu dénoncer une agriculture
chimérique en train de se livrer à un véritable Hold-up sur le vivant,
de faire la main basse sur les ressources génétiques, d'achever la mise
sous tutelle des agriculteurs et la confiscation de notre alimentation
et de notre santé (2).
OGM : derrière les slogans la réalité économique…
Epaulées
par leurs experts en communication, les firmes semencières exposent au
grand public leur altruisme au travers de recherches sur de nouveaux
alicaments, médicaments, sur des solutions possibles contre la faim
dans le monde. Une remise à plat des véritables enjeux économiques liés
aux OGM devait être faite. Pour Arnaud Apoteker, biologiste et responsable de la Campagne OGM au sein de Greenpeace France,
" les OGM s'inscrivent dans la logique de l'évolution d'une agriculture
intensive. Après avoir épuisé les sols, combattu les ravageurs à grand
renfort de pesticides, l'objectif pour les pétrochimistes-semenciers
est à présent de rendre l'agriculture indépendante du sol, du climat
afin d'inonder le marché mondial de LA variété - Monsanto, Bayer,
Pioneer ou autre - ". 99% des plantes génétiquement modifiées cultivées
sont des plantes insecticides ou tolérantes à un herbicide de même
marque - double profit -. On est ici bien loin de la vitrine
bienfaitrice.
Après un repas, occasion pour les participants
de partager leurs expériences, l'après midi était orientée sur
l'action. Que peut faire un élu pour faire appliquer le principe de
précaution dans son espace d'administration ? Comment privilégier une
agriculture soutenable, une alimentation saine dans les cantines
collectives ? En plus de la richesse des interventions, l'accent a été
mis sur l'échange d'expérience des différents participants.
OGM : les aspect juridiques…
Sylvie Roquain, avocate et spécialiste de la question des OGM,
est revenue sur les textes de loi encadrant les OGM et sur les points
essentiels à mettre en avant lors de la rédaction d'un arrêté. Comme
pour celui pris par le Maire de Mouchan, son sixième, un arrêté doit
être limité dans le temps et dans l'espace - par exemple autour d'une
exploitation biologique -. Juridiquement, un arrêté peut toujours être
annulé par le tribunal administratif mais le temps ainsi gagné est
précieux car, derrière, certains scientifiques et associatifs
travaillent à faire respecter le principe de précaution.
Eduquer à l'alimentation…
Le
combat des OGM c'est aussi faire prendre conscience aux gens de
l'importance d'une alimentation saine et respectueuse de notre
environnement. Stéphane Durant, technicien-animateur de l'association " Un Plus Bio ",
a souhaité insister sur la " démarche éducative qui permet de proposer
régulièrement des repas à base de produits biologiques " dans les
cantines collectives. L'accompagnement proposé par Un Plus Bio repose
sur l'éducation des convives, enfants ou adultes, mais aussi du
personnel encadrant et des cuisines avec comme support pour ce projet
éducatif , la ferme. Manger bio représente indéniablement un surcoût,
mais de valeur !
Non, il n'est pas trop tard…
Cette
journée aura permis aux élus d'acquérir un certain nombre de notions
sur la problématique des OGM mais aussi des outils pour faire valoir
leur pouvoir de représentant des citoyens d'aujourd'hui et de garant du
bien vivre des citoyens de demain. Les OGM sont une illustration des
dérives de notre société mais, même si la pression est forte, la
résistance (4) a permis de maintenir un espoir face au tout chimérique.
Merci aux élus présents pour leur engagement.
Notes :
(1) Avec plus de 40 expérimentations annoncées en 2004, Midi-Pyrénées comptabilise les 2/3 des essais français.
(2) Extrait de " La guerre au vivant ", Jean-Pierre Berlan, Ed. Agone
(3)
" Chimère fonctionnelle " était le terme utilisé pour la première
manipulation génétique dont le brevet fût accordé à Boyer et Cohen.
(4)
Toutes les études de consommation effectuées depuis 1999 dans les 15
Etats membres de l'Union européenne (avant son élargissement) indiquent
un rejet franc et massif des aliments transgéniques. Les résultats
indiquent de façon régulière que 70 à 80% des citoyens européens
réclament l'étiquetage des aliments transgéniques et que 60 à 70%
d'entre eux ne veulent pas acheter d'aliments transgéniques
Bibliographie :
" La guerre au vivant ", Jean-Pierre Berlan, Ed. Agone "
Du Poisson dans les Fraises ", Arnaud Apoteker, Ed. Decouverte
Contacts :
Collectif " Danger OGM 31 " : 
Organisme de formation " Cédis " :
Association " Un Plus Bio " :
Greenpeace Toulouse :