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Le thon rouge en Méditerranée : un filon et un scandale écosystémique

Actualité - 24 mai, 2006
24/05/2006 - Exploité depuis l'Antiquité en Méditerranée, le thon rouge est devenu une « matière première" sur laquelle s'exerce une véritable spéculation. Bien que figurant sur la liste des espèces menacées, près de 30 000 tonnes de thon sauvage sont extraites officiellement tous les ans en Méditerranée et 12 000 tonnes (37% du tonnage autorisé) … clandestinement. Plus grave, les pêcheurs peuvent poursuivre leurs activités pendant la période de repos biologique des animaux et menacent ainsi directement la sauvegarde de l'espèce.

Thons à la découpe

Destinataire principal, le marché japonais absorbe chaque année 80% de ce thon rouge et tire le marché mondial vers le haut. Pour répondre à cette demande, des investisseurs espagnols, italiens et maltais ont créé au large de leurs côtes des fermes d'engraissage alimentées par des thons sauvages capturés vivants et remorqués depuis leur zone de pêche (Baléares, côtes libyennes...). La capacité cumulée des fermes d'engraissage méditerranéennes représente aujourd'hui 50.000 tonnes (160% du tonnage de capture autorisé sur cette zone par l'ICCAT).

Plusieurs dérives importantes accompagnent cette activité.

I - Les sous déclarations de captures et les dépassements de quotas sont légions au niveau des pêcheries et permettent d'accroître les quantités commercialisées sans respecter les rythmes biologiques,

II - les impacts écologiques considérables comme le volume de déjections ou les risques de contamination des stocks sauvages en cas d'évasion pèsent directement sur les écosystèmes. "Les fermes à thons  accentuent donc la pression de pêche sur le thon rouge mais également sur les espèces de poisson fourrage comme les céphalopodes, les maquereaux ou les anchois pêchés au large des côtes africaines et destinés à l'alimentation des thons en cage, déclare Stephan Beaucher, chargé de mission Océans à Greenpeace France. Malgré ces carences et ces dangers, cette activité a bénéficié d'importantes subventions de la part de l'Union Européenne avec un total de 35 millions d'Euros sur les 10 dernières années".

Le WWF, qui dénonce depuis 5 ans l'expansion anarchique de cette activité, est sur le point de rendre public un rapport qui fera date. Le document contient une évaluation des prises effectivement réalisées et de leur progression, mettant ainsi en lumière l'importance de la pêche non déclarée. Les chiffres annoncés corroborent, en les affinant, les premières estimations déjà annoncées par Greenpeace en 1999 et confirment que la pêche illégale constitue la principale menace pour la survie du thon rouge. La concentration de l'ensemble de la filière entre les mains d'une douzaine d'investisseurs à l'échelle de l'ensemble du bassin méditerranéen est dénoncée par les deux ONG comme une « spoliation portant sur une ressource qui de tous temps a fait partie du patrimoine halieutique, social, économique et culturel méditerranéen".

Emission "Fréquence Terre" sur RFI : Le thon rouge en Méditerranée

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