Anne, matelot bénévole sur le Rainbow Warrior
Apres 37 jours de transit entre Singapour et Gènes, nous voila
donc en Italie où nous avons débuté il y a 5 jours la campagne
contre l'utilisation illégale de filets dérivants par les pêcheurs
Italiens, filets qui atteignent plusieurs km de long (8 à 12 en
moyenne, certains le double) et plusieurs mètres de fond, et qui
ont été interdits en 1998 par les Nations Unies et en 2002 par
l'Union Européenne, après reconnaissance de leur impact destructeur
sur la faune marine, leur taux de prises accessoires, et notamment
de cétaces et de tortues, étant très élevé.
A cause de leur forme de rideau géant flottant et leur capacité
à attraper tous ce qui passe à leurs côté, les filets dérivants ont
été surnommés "rideaux de la mort", et sont aujourd'hui bannis au
niveau international.
Nous avons à bord 14 membres d'équipage pour faire "tourner" la
bateau (mecaniciens, skipper, officiers de navigation, matelots..),
plus 14 personnes pour menner la campagne (charges de campagne,
activistes, coordinateurs actions, cameraman, photographe,
webmaster).
L'objectif de cette partie de la campagne est double
:
- d'une part nous avons des plongeurs a bord qui plongent
régulièrement afin de documenter la beauté et la richesse de la mer
Mediterrannée, dont les travaux serviront à appuyer l'idée de la
création d'un reseau de reserves marines, qui est la principale
demande de Greenpeace afin de sauvegarder nos mers et océans. Cette
proposition consiste à mettre en zone protégée 40 % de la surface
marine planétaire, proposition s'appuyant sur des études et avis
scientifiques reconnus au niveau international, notamment lors du
Congrès des Parcs Mondiaux (World Park Congress. 2003. Building a
Global System of Marine and Coastal Protected Area Networks.
Recommandation 5.22 (approved) of the World Parks Congress, Durban,
South Africa) à Durban en 2003, qui recommandait que " le reseau
(de réserves marines) devrait être extensif et inclure des zones
strictement protégées dont la surface devrait représenter au
minimum 20 a 30 % de chaque habitat".
- d'autre part nous patrouillons dans la zone à la recherche des
filets dérivants illégaux, et lorsque nous en trouvons, nous
essayons de les remonter a bord du Rainbow Warrior afin de les
mettre hors d'état de nuire.
Mon role à bord du bateau est tout d'abord de travailler comme
matelot, ce qui consiste basiquement à faire le travail
d'entretien, nettoyage, et réparation sur le pont. Rien de bien
compliqué, un travail manuel mais instructif surtout quand on ne
connait pas grand chose à la mer comme moi.
Et puis aussi lorsqu'il y a une campagne, je participe aux
actions, et c'est pour moi la meilleure partie du voyage.
Cette nuit nous avons trouvé notre premier filet
dérivant.
Après que l'officier en quart ait repéré les bouées au radar, je
fus réveiller à 3 h du matin par le matelot en quart, m'apprenant
qu'ils avaient repéré une "cible", et qu'il fallait bientot que je
grimpe dans un zodiac. Ma première réaction fut de grommeler
quelque chose car j'étais vraiment endormie bien comme il faut, et
je n'étais couchée que depuis deux heures car à minuit et demi
j'étais encore dans un zodiac pour aller vérifier des bouées
précédentes, qui s'étaient avèrées être des bouées pour une ligne
de pêche et non pas un filet dérivant.
Bref j'avais pas beaucoup dormi.
Nous remettons le zodiac à l'eau à 3h30, et je monte à bord avec
Emma, qui sera la conductrice, et Dave, un vieux d'la vieille de
Greenpeace, pour aller vérifier de quoi il s'agit. Nous nous
approchons d'une bouée, et là, effectivement, nous découvrons le
filet avec tous ses flotteurs à la surface. La maille mesure 10 cm.
Nous tirons a bord le fond du filet en évitant de mettre la main
sur les nombreuses méduses coincés dedans, et mesurons 12 m de
profondeur. La décision est prise, il faut le remonter à bord.
Mais pendant que nous mesurions la taille du filet, notre
moteur, qui a beau être un jet et donc ne pas posséder d'hélice
pour éviter de se retrouver coincer dans le cordage, s'est tout de
même emmeler dans ce maudit engin de pêche en aspirant quelques
mailles par la pompe à eau.
Après quelques bons jurons et grace à deux couteaux, nous
arrivons à nous décoincer après une bonne demi-heure d'effort.
Phil, le mécanicien pour les zodiacs, nous a rejoint avec
l'Avon, le plus gros des zodiacs, et nous aide à finir de nettoyer
tout ce chenis et à redémarer le moteur.
Nous suivons ensuite le filet pour repérer la fin de celui-ci,
et lorsque enfin nous y attachons une corde, les premières lueurs
du jour arrivent. Nous pouvons voir au loin à l'autre bout du filet
le bateau de pêche qui a déjà commencer à le remonter.
Pas de temps à perdre. Grace aux radios, le capitaine communique
avec les 3 zodiacs à l'eau pour guider le Rainbow Warrior dans la
bonne direction, afin que celui-ci s'approche assez près tout en
gardant l'hélice hors de portée du filet. L'Avon sert de "bateau
pousseur", tantôt à la poupe tantôt à la proue du Warrior, afin de
faciliter la maneouvre.
Nous nous occupons avec l'autre novis (nom pour les petits
zodiacs), d'attacher une ligne assez longue pour la passer à bord
du Rainbow.
Car impossible d'essayer de tirer ce filet : il fait
environ 8 km de long, beaucoup trop lourd.
Nous devons donc passer notre ligne attachée au bout du filet,
sur le pont du bateau où se trouve un "winch" spécial (gros
rouleau) pour le remonter, et ensuite le Rainbow doit avancer vers
le filet pour donner du mou et permettre aux personnes sur le pont
de le hisser. Manoeuvre assez compliquée quand on est pas un bâteau
de pêche. Et pas super agréable pour ceux qui attrapent à pleins
bras le filet rempli de méduses !
Mais quand même, on est arrivé à remonter 200 m, pour une
première, c'est pas si mal !
Et puis, ce qui nous a redonné courage, c'est quand nous avons
libérer une tortue, saine et sauve, toute contente de retrouver
l'eau libre. Ça, ça fait plaisir !
Le bâteau de pêche se rapprochant de plus en plus de nous, et le
filet s'étant un peu embirlificoter sous la coque du Rainbow, nous
avons décider de le couper. Notre cameraman a filmé le bateau de
pêche remontant son dernier bout de filet un peu raccourci, et
celui-ci n'a ensuite pas trainé sur place.
Puis deux plongeurs sont allés verifier l'hélice du bateau afin
d'être sur qu'elle soit libre de tous cordage, et ca n'a pas été
inutile car au lieu d'y trouver un bout de filet de ce matin, ils
ont retiré un vieux bout de filet qui devait être accroché là
depuis l'océan indien !
Voilà, à 9 h du matin, tous les zodiacs étaient de retours sur
le pont, un rincage à l'eau fraiche de tout l'équipement fut le
bien venu, et un petit nettoyage du pont pour éliminer les derniers
résidus de méduses bien apprécié.
Après une bonne douche, quelques heures de sommeil et l'estomac
plein, nous sommes maintenant de nouveau prêts pour le prochain
filet, peut-etre cette nuit.. ?....Qui sait... ??
En attendant, chacun peut agir chaque jour pour protéger la
méditerrannée et les océans, en commencant par être responsable de
ses propres déchets, en produire le moins possible et ne pas
prendre la nature pour une poubelle car tous se retrouve dans la
mer un jour ou l'autre, puis dans le ventre des tortues et des
dauphins pour ne citer que cela…
Responsable aussi de ses achats en produits de la mer, ce n'est
pas une ressource infinie.Certains poissons sont définitivement à
éviter (voir guide eco conso poissons)
Et vous aussi pouvez devenir un "Ocean Defender, visiter le
Greenpeace.org website, et aidons nous à defender notre
Meditéranée
Anne