La surpêche en Méditerranée augmente la pression sur des spécimens de plus en plus petits
· 700 000 tonnes par an dans les
années 50 ;
· 2 000 000 tonnes par an durant la
décennie 1980-90 ;
· 1 500 000 tonnes par an depuis
2000.
On le voit, sur le plan quantitatif,
le « rendement » de la pêche Méditerranéenne a baissé de 25% en 10
ans et le fait qu'il stagne est un signe inquiétant : il signifie
que l'on continue à extraire les mêmes tonnages sur des stocks
globalement endommagés.
Sur le plan qualitatif, le bilan est
également préoccupant : en dehors des espèces à cycle de vie court
(sardines, anchois...) qui constituent des tonnages importants,
certaines espèces sont plus que « mal en point ». On peut citer le
thon rouge et le merlu comme emblématiques de ces stocks sur
lesquels on puise depuis des décennies sans se poser trop de
questions...
Les poissons pêchés sont également
de plus en plus petits et sur plusieurs zones, des espèces qui
étaient jusque-là présentes en quantité importante sont désormais
devenus rares .
Selon les estimations récentes de
agence des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), quelques-unes des
pêcheries les plus importantes de la région, (thon rouge, colin,
espadon, rouget et daurade) seraient menacées. D'après l'Agence Européenne de
l'Environnement, plus de 65 % de l'ensemble des stocks
méditerranéens se situent en dehors des limites biologiquement
sûres, c'est à dire que l'exploitation a dépassé le seuil du
renouvellement confortable de l'espèce (le « Taux de Rendement
Maximal » ou encore « maximal sustainable yield » des
halieutes).
En outre, l'absence de systèmes
efficaces de gestion des stocks ainsi que l'augmentation de la
pression commerciale sur des ressources déjà déclinantes
contribuent au développement la pêche illégale.
Les grands prédateurs de haute mer
comme le thon et l'espadon font l'objet de pêcheries partagées
depuis des milliers d'années. En 1999, Greenpeace a publié un
rapport qui révèlait que la quantité de thon rouge de la
Méditerranée avait diminué de plus de 80 % au cours des 20 années
précédentes.
Depuis lors, la situation ne s'est
pas améliorée avec notamment :
· La pêche pirate et la pêche non
déclarée; plusieurs dizaines de navires pêchent par exemple le thon
rouge sans licence et les navires « officiels » se livrent à une
sous-déclaration systématique de leurs captures;
· Les prises de juvéniles (poissons
trop jeunes pour s'être reproduits);
· Le phénomène récent des fermes
d'élevage de thon qui, au-delà des risques sanitaires qu'elles
représentent (contamination par le poisson-fourrage), contribuent à
l'épuisement des stocks :
· à la fois celui de thon rouge car
elles servent une demande insatiable (le marché japonais du
sashimi)
· et celui des petits poissons
pélagiques qui servent de pitence aux thons encagés (40 tonnes/jour
environ pour une ferme moyenne).
Les tailles minimales de capture
Si les poissons sont prélevés trop
tôt dans leur cycle de vie et avant qu'ils n'aient eu le temps de
se reproduire, c'est toute la survie d'une espèce qui est remise en
cause. La pêche intensive d'individus sous-taille entraîne donc une
perte considérable de ressources halieutiques.
La surpêche a conduit à la prise de
poissons de taille de plus en plus réduite, souvent en dépit de la
réglementation en vigueur. La protection des juvéniles est
indispensable pour une gestion durable des pêcheries. Pourtant ces
restrictions sont ouvertement bafouées, comme l'a montré l'enquête
menée par Greenpeace sur le marché du poisson en Grèce.
À l'été 2005, Greenpeace Grèce a
lancé le projet « Size Matters ». Ces investigations ont permis de
dénoncer la vente, dans les principaux sites de débarquement
d'Athènes et de Thessalonique, de très grosses quantités de
poissons sous-taille allant du maquereau à l'espadon et cela sans
restrictions ni contrôles. Suite aux investigations de Greenpeace,
le Ministère Grec du Développement de l'Agriculture s'est engagé à
résoudre le problème de la surveillance des marchés grecs.
Pourtant, en février 2006, Greenpeace Grèce a réalisé des
compléments d'enquête dans les principaux marchés de poissons
d'Athènes et du Pirée qui prouvent une nouvelle fois la présence et
la vente en grandes quantités de poissons n'ayant pas atteint la
taille minimale. À cause du manque de surveillance, les autorités
n'ont absolument aucun moyen de connaître la quantité de juvéniles
pêchés et n'ont donc pas les informations nécessaires permettant de
développer un plan de gestion efficace pour protéger les ressources
marines.
D'autres pays européens ont été
épinglés. Le 12 juillet 2005, la Cour de Justice Européenne a
dénoncé l'inertie de la France qui continue à commercialiser des
poissons sous-taille et ne met en œuvre aucune mesure efficace pour
conserver et gérer les ressources marines. Pour la première fois,
la Cour Européenne a condamné un pays membre à payer une amende
d'un montant de 20 millions d'euros (assortie d'une astreinte
semestrielle de 58 millions d'euros) en raison de l'absence de
mesures adéquates pour la protection des poissons juvéniles. Au
même titre que les amendes infligées aux armateurs responsables de
dégazages augmentent de manière spectaculaire, cette condamnation
indique que les parties prenantes dans les questions halieutiques
prennent peu à peu conscience du fait que plusieurs ressources ont
atteint un point de non retour.
Fixer des tailles minimales de
débarquement pour les espèces de poissons est loin d'être suffisant
pour protéger les populations de juvéniles des espèces
méditerranéennes. Sans un arsenal efficace pour réaliser des
inspections et faire appliquer la loi, les poissons sous-taille
vont continuer à être pêchés et vendus à travers le bassin
Méditerranéen.
Dans tous les cas, la Méditerranée a impérativement besoin d'un
plan de gestion audacieux qui ferait suite aux mesures de
précaution et garantirait la protection de la biodiversité marine.
Ce plan consisterait entre autres en la création d'un réseau de
réserves marines dont le but serait de protéger les zones de fraie
et les nurseries des espèces de poissons. La création d'un
environnement sûr pour les poissons, pendant cette période de leur
cycle de vie durant laquelle ils sont le plus vulnérables,
permettrait d'assurer le renouvellement des populations en
Méditerranée. Il s'agit d'une mesure absolument nécessaire pour
revitaliser l'environnement marin.
Voir également notre page "
Size matters - Question de taille"
Prises accessoires
On estime que le « taux de rebut » (quantité de poisson rejetée
directement à la mer) des pêcheries méditerranéennes varie entre 20
et 70 % des prises en fonction de la profondeur des eaux et de la
saison. Ces poissons juvéniles ou ces espèces non ciblées, plus
communément appelées prises accessoires, sont donc tués ou blessés
inutilement, ce qui a un impact direct sur le maintien des fragiles
écosystèmes du bassin méditerranéen.
Filets dérivants
Les filets dérivants, souvent longs
de 10 à 12 kilomètres, commettent de véritables ravages dont les
principales victimes, bien au-delà des poissons sont les tortues de
mer, les dauphins et les oiseaux. L'évolution de certains de ces
stocks (tortues en particulier) suscite des inquiétudes plus que
justifiées.
Depuis 2003, de nombreuses réglementations ont été mises en
place pour interdire l'usage des filets dérivants en Méditerranée
comme ailleurs (à l'exception des pêcheurs de saumon de la Baltique
qui bénéficient d'une dérogation jusqu'en 2008). Tandis que
certaines flottilles de bateaux de pêche au filet dérivant ont été
restructurées, d'autres se sont rapidement étendues comme celle de
l'Italie (entre 90 et 100 navires), de la Turquie (entre 45 et 100
navires). En France, c'est la technique dite de la thonaille
autrement appelée « courantille volante » qui pose problème : Pour
contourner l'interdiction, les pêcheurs ont ajouté à leurs
maillants dérivants une ancre, ce qui ne change rien à l'affaire...
Leurs filets sont et restent au regard de la Loi des maillants
dérivants.