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Pêcheries

Page - 20 juin, 2006
À l’échelle de la Méditerranée, les données officielles de captures toutes espèces confondues ne peuvent être interprétées que comme des signaux d’alarme.

La surpêche en Méditerranée augmente la pression sur des spécimens de plus en plus petits

· 700 000 tonnes par an dans les années 50 ;

· 2 000 000 tonnes par an durant la décennie 1980-90 ;

· 1 500 000 tonnes par an depuis 2000.

On le voit, sur le plan quantitatif, le « rendement » de la pêche Méditerranéenne a baissé de 25% en 10 ans et le fait qu'il stagne est un signe inquiétant : il signifie que l'on continue à extraire les mêmes tonnages sur des stocks globalement endommagés.

Sur le plan qualitatif, le bilan est également préoccupant : en dehors des espèces à cycle de vie court (sardines, anchois...) qui constituent des tonnages importants, certaines espèces sont plus que « mal en point ». On peut citer le thon rouge et le merlu comme emblématiques de ces stocks sur lesquels on puise depuis des décennies sans se poser trop de questions...

Les poissons pêchés sont également de plus en plus petits et sur plusieurs zones, des espèces qui étaient jusque-là présentes en quantité importante sont désormais devenus rares .

Selon les estimations récentes de agence des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), quelques-unes des pêcheries les plus importantes de la région, (thon rouge, colin, espadon, rouget et daurade) seraient menacées. D'après l'Agence Européenne de l'Environnement, plus de 65 % de l'ensemble des stocks méditerranéens se situent en dehors des limites biologiquement sûres, c'est à dire que l'exploitation a dépassé le seuil du renouvellement confortable de l'espèce (le « Taux de Rendement Maximal » ou encore « maximal sustainable yield » des halieutes).

En outre, l'absence de systèmes efficaces de gestion des stocks ainsi que l'augmentation de la pression commerciale sur des ressources déjà déclinantes contribuent au développement la pêche illégale.

Les grands prédateurs de haute mer comme le thon et l'espadon font l'objet de pêcheries partagées depuis des milliers d'années. En 1999, Greenpeace a publié un rapport qui révèlait que la quantité de thon rouge de la Méditerranée avait diminué de plus de 80 % au cours des 20 années précédentes.

Depuis lors, la situation ne s'est pas améliorée avec notamment :

· La pêche pirate et la pêche non déclarée; plusieurs dizaines de navires pêchent par exemple le thon rouge sans licence et les navires « officiels » se livrent à une sous-déclaration systématique de leurs captures;

· Les prises de juvéniles (poissons trop jeunes pour s'être reproduits);

· Le phénomène récent des fermes d'élevage de thon qui, au-delà des risques sanitaires qu'elles représentent (contamination par le poisson-fourrage), contribuent à l'épuisement des stocks :

· à la fois celui de thon rouge car elles servent une demande insatiable (le marché japonais du sashimi)

· et celui des petits poissons pélagiques qui servent de pitence aux thons encagés (40 tonnes/jour environ pour une ferme moyenne).

Les tailles minimales de capture

Si les poissons sont prélevés trop tôt dans leur cycle de vie et avant qu'ils n'aient eu le temps de se reproduire, c'est toute la survie d'une espèce qui est remise en cause. La pêche intensive d'individus sous-taille entraîne donc une perte considérable de ressources halieutiques.

La surpêche a conduit à la prise de poissons de taille de plus en plus réduite, souvent en dépit de la réglementation en vigueur. La protection des juvéniles est indispensable pour une gestion durable des pêcheries. Pourtant ces restrictions sont ouvertement bafouées, comme l'a montré l'enquête menée par Greenpeace sur le marché du poisson en Grèce.

À l'été 2005, Greenpeace Grèce a lancé le projet « Size Matters ». Ces investigations ont permis de dénoncer la vente, dans les principaux sites de débarquement d'Athènes et de Thessalonique, de très grosses quantités de poissons sous-taille allant du maquereau à l'espadon et cela sans restrictions ni contrôles. Suite aux investigations de Greenpeace, le Ministère Grec du Développement de l'Agriculture s'est engagé à résoudre le problème de la surveillance des marchés grecs. Pourtant, en février 2006, Greenpeace Grèce a réalisé des compléments d'enquête dans les principaux marchés de poissons d'Athènes et du Pirée qui prouvent une nouvelle fois la présence et la vente en grandes quantités de poissons n'ayant pas atteint la taille minimale. À cause du manque de surveillance, les autorités n'ont absolument aucun moyen de connaître la quantité de juvéniles pêchés et n'ont donc pas les informations nécessaires permettant de développer un plan de gestion efficace pour protéger les ressources marines.

D'autres pays européens ont été épinglés. Le 12 juillet 2005, la Cour de Justice Européenne a dénoncé l'inertie de la France qui continue à commercialiser des poissons sous-taille et ne met en œuvre aucune mesure efficace pour conserver et gérer les ressources marines. Pour la première fois, la Cour Européenne a condamné un pays membre à payer une amende d'un montant de 20 millions d'euros (assortie d'une astreinte semestrielle de 58 millions d'euros) en raison de l'absence de mesures adéquates pour la protection des poissons juvéniles. Au même titre que les amendes infligées aux armateurs responsables de dégazages augmentent de manière spectaculaire, cette condamnation indique que les parties prenantes dans les questions halieutiques prennent peu à peu conscience du fait que plusieurs ressources ont atteint un point de non retour.

Fixer des tailles minimales de débarquement pour les espèces de poissons est loin d'être suffisant pour protéger les populations de juvéniles des espèces méditerranéennes. Sans un arsenal efficace pour réaliser des inspections et faire appliquer la loi, les poissons sous-taille vont continuer à être pêchés et vendus à travers le bassin Méditerranéen.

Dans tous les cas, la Méditerranée a impérativement besoin d'un plan de gestion audacieux qui ferait suite aux mesures de précaution et garantirait la protection de la biodiversité marine. Ce plan consisterait entre autres en la création d'un réseau de réserves marines dont le but serait de protéger les zones de fraie et les nurseries des espèces de poissons. La création d'un environnement sûr pour les poissons, pendant cette période de leur cycle de vie durant laquelle ils sont le plus vulnérables, permettrait d'assurer le renouvellement des populations en Méditerranée. Il s'agit d'une mesure absolument nécessaire pour revitaliser l'environnement marin.

Voir également notre page " Size matters - Question de taille"

Prises accessoires

On estime que le « taux de rebut » (quantité de poisson rejetée directement à la mer) des pêcheries méditerranéennes varie entre 20 et 70 % des prises en fonction de la profondeur des eaux et de la saison. Ces poissons juvéniles ou ces espèces non ciblées, plus communément appelées prises accessoires, sont donc tués ou blessés inutilement, ce qui a un impact direct sur le maintien des fragiles écosystèmes du bassin méditerranéen.

Filets dérivants

Les filets dérivants, souvent longs de 10 à 12 kilomètres, commettent de véritables ravages dont les principales victimes, bien au-delà des poissons sont les tortues de mer, les dauphins et les oiseaux. L'évolution de certains de ces stocks (tortues en particulier) suscite des inquiétudes plus que justifiées.

Depuis 2003, de nombreuses réglementations ont été mises en place pour interdire l'usage des filets dérivants en Méditerranée comme ailleurs (à l'exception des pêcheurs de saumon de la Baltique qui bénéficient d'une dérogation jusqu'en 2008). Tandis que certaines flottilles de bateaux de pêche au filet dérivant ont été restructurées, d'autres se sont rapidement étendues comme celle de l'Italie (entre 90 et 100 navires), de la Turquie (entre 45 et 100 navires). En France, c'est la technique dite de la thonaille autrement appelée « courantille volante » qui pose problème : Pour contourner l'interdiction, les pêcheurs ont ajouté à leurs maillants dérivants une ancre, ce qui ne change rien à l'affaire... Leurs filets sont et restent au regard de la Loi des maillants dérivants.

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