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L'Arctic Sunrise

L'Arctic Sunrise

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Aarhus, Danemark — Après son périple en Méditerranée sur le Rainbow Warrior II durant l'été 2006, Anne, activiste du groupe local, vient d'embarquer sur l'Arctic Sunrise en Mer du Nord pour de nouvelles aventures.

15 avril 2007

Aarhus, Danemark - 15 avril 2007

L’Arctic Sunrise commence aujourd’hui une campagne de 5 semaines sur la pêche au cabillaud en Mer du Nord.
Je suis à bord comme bénévole activiste. Arrivée dimanche soir après un long trajet depuis la Suède d’où nous avons acheminé le matériel nécessaire à la campagne (banderoles et autres outils innovants), j’ai eu le temps de m’habituer aujourd’hui à ce nouveau bateau.
Faire le tour de toutes les pièces, se repérer, découvrir les différents ponts, les rangements, les recoins du navire. On s’habitue assez vite à retrouver son chemin dans les dédales d’escaliers et de portes, car l’Arctic Sunrise n’est finalement pas si grand que ça.
C’est un brise-glace de 52m, anciennement utilisé pour la chasse au phoque dans le grand nord. Son destin changea assez radicalement lorsqu’il fut racheté par Greenpeace en 1995.
Il dispose d’un espace pour vivre assez restreint (cabines, sanitaires, salle de vie et salle à manger très petites), mais d’un formidable espace de travail avec sa cale d’environ 20 par 10 m avec toit ouvrant où l’on peut ranger soit un hélicoptère soit un zodiac pour réparation au sec par exemple.
Comme d’habitude l’équipage est international, et cette fois-ci tous les continents sont représentés : Amérique du Nord et du Sud (Canada Panama Brésil Trinidad), Europe, Asie (Philippines), Afrique (Ghana Tunisie) et Océanie.
Nous partons demain en mer, après avoir résolu quelques ennuis mécaniques sur la grue hydraulique du bateau.

Le contexte de la campagne est le suivant : le stock de cabillaud (ou morue, ou « cod » en anglais) de la Mer du Nord est surexploité depuis plusieurs années. Les prises de cabillaud ont chuté depuis le milieu des années 80. De 300 000 tonnes par an à la fin des années 70, elles sont passées à environ 30 000 tonnes ces dernières années, et cela alors que l’effort de pêche n’a fait qu’augmenter. L’année 2005 a d’ailleurs été l’année avec le plus faible taux de prises de cabillaud pour cette région, avec seulement 28 000 tonnes.
Cette chute du stock rappelle sans aucune hésitation une des extinctions les plus connues de stock de poisson qui fut celle de la morue du Nord-Ouest Atlantique, qui a laissé depuis 1992 plus de 40 000 pêcheurs canadiens sans emploi. Bien qu'avertis, les autorités et les pouvoirs politiques de l’époque n’ont rien fait pour empêcher ce désastre et les conséquences environnementales, sociales et économiques qu’il a entraînées.
Aujourd’hui, il semble que le même masque soit collé sur les visages des décideurs du Conseil Européen. Mis en garde par ses conseillers scientifiques, l’ICES (= Conseil International pour l’Exploration de la
Mer) a recommandé à l’Union Européenne un quota zéro depuis 2003 sur les prises de cabillaud en Mer du Nord, du à « une surexploitation du stock et à des prélèvements non soutenables ».

Seulement, les quotas pour le cabillaud en Mer du Nord sont toujours fixés au dessus de 20 000 tonnes.
L’une des raisons pour lesquelles l’Union Européenne a choisi d’ignorer la recommandation de quota zéro est que le cabillaud aujourd’hui est en grande partie pêché par des pêcheries mixtes, qui sont des chalutiers de fond qui ciblent toutes les espèces bonnes pour la consommation humaine (soles, carrelets et autres poissons à chair blanche), ainsi que les chalutiers ciblant le homard norvégien. Un quota zéro pour le cabillaud voudrait dire un abandon de toutes ces pêcheries.
Le management actuel, basé par espèces, échoue totalement car il ne prend pas en compte les interactions entre espèces et le fait qu’un écosystème doit être traité comme un ensemble à part entier.
C’est pourquoi l’objectif de cette campagne est de faire pression sur l’Union Européenne afin qu’elle œuvre pour que la prochaine loi marine à venir assure le développement d’un réseau de réserves marines, seule solution pour sauvegarder non seulement le stock de cabillauds mais de toutes les espèces aujourd’hui menacées par la surexploitation de nos mers.

Au cours de cette campagne nous irons à la rencontre de ces chalutiers. Leur impact sur l’écosystème marin ainsi que sur les stocks de poissons est destructeur.

A suivre dans les prochains épisodes…


Note : le CIEM = Conseil International pour l’Exploration de la Mer (ICES en anglais) : réunit des scientifiques de 20 pays membres, coordonne et développe la recherche marine en Atlantique-Nord. Chaque année les scientifiques de l’ICES rendent une étude des stocks de poissons à la Commission Européenne, avec des propositions chiffrées de quotas et de gestion des pêcheries. Mais ensuite les technocrates-politiques de l’UE ne suivent pas ces recommandations par manque de courage et de lucidité.



Pour en savoir plus :
chalutage de fond
réserves marines