Quelle a été la stratégie de Greenpeace en amont du conseil des ministres de l'environnement de l'Union Européenne ?
Arnaud Apoteker : Dans un premier temps, nous avons envoyé par courrier, au ministère de l'Ecologie, nos demandes sur ce maïs MON 863 et un rapport scientifique commandité par Greenpeace qui démontre que lors des tests, les rats nourris avec cet OGM ont été intoxiqués. Dans les jours précédents le Conseil des ministres de l'Environnement de l'Union européenne où les questions du maïs MON863 et de l'évaluation des risques des OGM devaient être discuté ainsi que le jour même, Greenpeace a organisé plusieurs actions dans différents pays européens pour attirer l'attention des ministres de l'UE sur les incertitudes scientifiques autour du maïs MON863 et les faiblesses des dossiers d'évaluation réalisés par l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (AESA). A Paris, par exemple des activistes déguisés en rats de laboratoire ont manifesté devant le Ministère de l'Ecologie, de l'Aménagement et du Développement durables. Cette action nous a permis, une nouvelle fois, de remettre à un membre du cabinet du ministre Jean-Louis Borloo une lettre lui demandant de se prononcer pour une interdiction du MON863. Le lendemain,
d'autres activistes étaient présents à Luxembourg devant le bâtiment du Conseil pour réitérer cette demande et tenter de se faire entendre.
Et les ministres vous ont entendus ?
A.A. : Oui ! A Luxembourg, la délégation française est même allée discuter avec les militants de Greenpeace présents sur l'action, pendant une bonne vingtaine de minutes, ce qui est un signe de volonté de dialogue sur ces questions. D'autres délégations ont fait de même, notamment la délégation irlandaise (l'Irlande vient de se déclarer zone sans OGM) qui s'est fait filmer devant notre action. Tout cela a été positif car au final, douze Etats membres dont la France ont soutenu l'Autriche pour maintenir la discussion sur le MON863 malgré un agenda très chargé. L'Autriche a demandé à la Commission européenne d'envisager de retirer l'autorisation de mise sur le marché de ce maïs transgénique. Et donc au final, treize pays européens ont demandé à la Commission d'envisager l'interdiction de ce maïs. C'est déjà une première très belle avancée !
Quelles sont les prochaines étapes ?
A.A. : Les prochaines étapes sont à deux niveaux. Il faut maintenant faire pression sur la Commission européenne, qui peut décider ou non de suivre les demandes des ministres. Nous voulons qu'elle reconnaisse les problèmes posés par le maïs OGM MON863, et plus généralement qu'elle impose une révision radicale des procédures d'évaluation des OGM afin de les rendre transparentes, publiques, et contradictoires. Ces procédures ne doivent pas se contenter d'avaliser sans réflexion les données des dossiers de demandes d'autorisation des OGM, données qui sont fournies uniquement par les industriels. Au niveau français, il faut que le gouvernement soit cohérent avec les objectifs écologistes qu'il s'est fixés et qu'il montre son soutien à l'Autriche et aux pays qui ont pris un moratoire sur les OGM. Jean-Louis Borloo doit immédiatement activer la clause de sauvegarde prévue dans les textes européens pour interdire les importations du maïs MON 863 et instaurer un moratoire sur la culture du maïs MON 810, le seul autorisé à la culture et dont nous avons montré récemment qu'il n'avait pas été évalué correctement.