Malgré un slogan qui affirme en anglais : «
Le monde est notre inspiration », difficile de trouver la moindre trace de respect de la planète dans les documents de référence émis par Arkema, comme le rapport développement durable 2004(2) ou le prospectus constitué pour l’AMF(3). Aucune occurrence des termes de « principe de précaution » et « écologie ». Plus grave encore : au fil des 410 pages du prospectus, qui décrit en détail le projet industriel du groupe chimique, les mots « prévention » ou « chimie verte » n’apparaissent nulle part ! «
Très ennuyeux pour une entreprise qui entre en Bourse l’année du vote de la réglementation européenne Reach, commente Yannick Vicaire, responsable de la campagne Toxiques de Greenpeace France.
Comment croire et investir dans une société qui feint d’ignorer la réglementation à venir et méprise la santé comme l’environnement ? »
Molécules bioaccumulables comme les phtalates, les paraffines chlorées, les perfluorés ou les organoétains, mais aussi la chimie du chlorure de vinyle et la production en sursis du très nuisible PVC… le « porte-feuille chimique » de la filiale de Total compte au moins 430 substances qui seront réglementées par Reach. Pour les plus dangereuses d’entre elles, le « principe de substitution » pourrait s’appliquer. Bête noire des multinationales du secteur chimique, ce principe impose le remplacement des substances chimiques les plus dangereuses par des alternatives plus sûres et incite à l’innovation. Ainsi, alors que la réforme Reach s’apprête à révolutionner la chimie industrielle, Arkema fait l’impasse et la réduit à une simple contrainte financière. «
Les futurs actionnaires d’Arkema vont-ils miser sur une entreprise qui s’entête à produire des substances chimiques contaminant le corps humain et même le fœtus, au lieu d’investir dans le développement d’une chimie saine et écologiquement neutre ! », s’interroge Yannick Vicaire.
Les grandes multinationales de la chimie ont jusqu’à présent tout fait pour réduire la future réglementation à peau de chagrin, comme le révèle, preuves à l’appui, le rapport Lobby toxique publié par Greenpeace. BASF en Allemagne ou Total-Arkema en France manipulent l’opinion à grand renfort d’études économiques alarmistes et mensongères, les institutions européennes estimant le coût de Reach à 2,3 milliards €, soit 0,05 % du chiffre d’affaires du secteur chimique. «
Nous voulons croire que d’autres stratégies plus condamnables encore, à l’œuvre en Allemagne et à Bruxelles, n’ont pas eu cours en France, comme la rémunération de centaines d’élus par BASF ou, à l’inverse, l’embauche d’anciens lobbyistes à des postes-clef de la Commission », conclut Yannick Vicaire.
Notes:1- Rapport Lobby toxique, disponible sur
www.greenpeace.org/france/press/reports/lobby-toxique2 - Arkema, rapport d’activité et de développement durable 2004,
www.arkemagroup.com 3 - Arkema, prospectus en vue de l’admission des actions Arkema aux négociations sur le marché Eurolist d’Euronext, dans le cadre de l’attribution des actions Arkema aux actionnaires de Total S.A