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Exploitation forestière au Cameroun

Exploitation forestière au Cameroun

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Bakossi, Cameroun — L'exploitation forestière menace un haut lieu de la biodiversité au Cameroun. Nous vous présentons Bakossi: une région forestière montagneuse arborant une biodiversité d'importance, et bastion naturel, spirituel et cuturel du peuple Bakossi. L'exploitation illégale et destructrice constitue la menace principale de l'intégrité écologique de cette région. Cette menace s'est matérialisée dans une forêt déjà connue pour son importance biologique grâce au vide créé par la non-application des lois existantes, un plan de zonage incomplet, la lenteur intrinsèque du processus scientifique de description de forêts très complexes, l'absence de demande de protection "par mesure précautionnaires" de la part des ONG de conservation (réactivité lente), et bien sûr la cupidité et l'absence de scrupules de certains forestiers (grande réactivité!). Une portion d'une forêt proposée comme Parc National a été exploitée de manière destructive ; le processus et la méthode d'exploitation ont causé des conflits sociaux très importants. Les exploitants illégaux rôdent toujours, le problème n'est toujours pas résolu, malgré l'intervention d'acteurs locaux, nationaux et internationaux, et malgré le processus de désignation du Parc National entamé la semaine dernière. Et une grande partie du bois abattu illégalement (l'azobé) avait pour destination... l'union européenne, via les Pays Bas.

Le cas Bakossi est aussi exemplaire de l'exploitation forestière et de la conservation dans d'autres régions d'Afrique. Il est aussi exemplaire en cela qu'une résolution (même temporaire) du conflit a été apportée par des actions conjointes à différents niveaux par les communautés locales, le Gouvernement du Cameroun, et les ONG locales, nationales et internationales de conservation.

Bakossi: Joyau biologique de l'Afrique
Bakossi est une région montagneuse et forestière du Cameroun couvrant quelque 2000 km2 dans les provinces Littorale et Sud-ouest du Cameroun. Ces sommets les plus importants sont les Mt Kupé (2064 m), Mt. Mwanenguba (2411m) et Mt Bakossi (1895m). Elle contient des habitats forestiers variés (de basse à moyenne altitude), avec un paysage dramatique et dominé par des volcans éteints, des montagnes, inselbergs, hautes cascades et lacs cratères. L'importance biologique des forêts Kupe-Mwanenguba et Bakossi se mesure à l'échelle internationale. Ces forêts contiennent la densité la plus élevée d'espèces (flore et faune) en Afrique continentale (excluant Madagascar et les îles), et contiennent un nombre exceptionnel d'espèces strictement restreintes à ce complexe montagneux. Bakossi contient plus de 100 espèces de reptiles, l'assemblage le plus riche d'amphibiens en Afrique et compte parmi les plus riches du monde en terme de richesse et d'endémicité. Bakossi contient également une population importante de drills (Mandrillus leucophaeus) , un des primates les plus menacés d'Afrique et une des principales priorités de la conservation [Oates 1996; Wild, Morgan and Dixson (in press)], ainsi qu'une faune généralement variée (guenons, céphalophes à dos noir, sitatunga, pangolins géants, chats dorés, léopards et éléphants de forêt, etc.

Les Bakossi: une communauté traditionnellement attachée à ses forêts
Le soutien de la communauté pour la protection de la forêt est traditionnellement très fort ; il est basé sur des décennies d'action notamment l'interdiction de chasse décrétée par le Paramount Chief des Bakossi en 1994, la proposition récente des chefs Bakossi de proposer le Mt Kupé sous la plus haute protection légale disponible (Réserve écologique intégrale, 2002). Les forêts Bakossi abritent également de nombreux sites spirituels et culturels des Bakossi, des sites sacrés qui se confondent parfois avec des arbres individuels ou des cascades. Dans les monts Bakossi, deux ONG autochtones EKADA et WBDA , représentant onze villages Bakossi, ont récemment sollicité l'aide internationale pour gérer et protéger leurs forêts.

Vide juridique, lenteur scientifique: l'arrivée inévitable des destructeurs de forêts
En dépit de l'importance connue des forêts Bakossi pour la conservation de la biodiversité, de nombreux permis d'exploiter ont été accordés ces dernières années. Comme dans de nombreuses autres régions du Cameroun, l'exploitation forestière a été organisée de manière écologiquement destructrice et socialement conflictuelle; L'exploitation forestière n'a pas encore contribué de manière notable au développement local.

EKADA: Protestation et initiatives pacifiques des Bakossi
Les Bakossi ont pris de nombreuses initiatives pacifiques pour tenter de stopper la destruction de leurs forêts. Ils ont tenu de nombreuses réunions, signé des pétitions ; EKADA a même érigé une barrière pour empêcher les grumiers d'évacuer les arbres abattus illégalement (barrière détruite par les autorités locales !) . Ils ont envoyé différentes lettres au Ministre de l'Environnement et au Premier Ministre pour protester. Malheureusement ils n'ont pas réussi à stopper cette exploitation illégale certaines de leurs initiatives ont même été réprimées par la violence et l'intimidation des autorités locales, apparemment en collusion avec la compagnie forestière. Cependant, un certain nombre d'actions en justice entreprises par EKADA ont réussi à suspendre temporairement l'exploitation par le biais d'injonctions.

Greenpeace s'implique
Greenpeace a envoyé une lettre au Ministre camerounais de l'Environnement et des Forêts exprimant son inquiétude face aux évènnements dans les forêts Bakossi, lettre copiée aux bailleurs de fonds et à l'ONG Global Witness (observateur indépendant du secteur forestier). Cette lettre reste sans réponse à ce jour. Une mission organisée par Greenpeace et le Centre pour l'Environnement et le Development (CED, ONG Camerounaise des Amis de la Terre) a souligné de nombreux problèmes sociaux issus, notamment dans le dossier Forest Crime de Greenpeace sur CIBEC (2002). Greenpeace Pays-Bas a également mené des actions aux Pays Bas sur les forestiers néerlandais et leurs associés impliqués dans cette exploitation illégale, déposant également un dossier à la police néerlandaise. Sur le terrain en avril 2004, Greenpeace a rencontré à nouveau des représentants Bakossi: il s'agit maintenant de définir et de mettre en oeuvre la stratégie la plus appropriée et complémentaire des efforts des Bakossi opposés à cette exploitation illégale ainsi que des ONG travaillant sur place (CRES, WWF) - nous vous tiendrons informés.

L'Union Européenne et le Processus FLEGT : responsabilité des consommateurs
Enfin, la destination finale de ce bois illégal, et "à haute valeur de conservation" montre la responsabilité partagée des pays consommateurs. Le bois abattu illégalement dans les forêts Bakossi avait pour première destination l'union européenne via les Pays Bas. Jusqu'à présent, l'Union européenne n'avait aucun outil lui permettant d'empêcher l'entrée sur son territoire de bois abattu illégalement. Le processus FLEGT (Forest Law Enforcement, Governance and Trade) en cours dans l'union européenne vise à réduire et à terme éliminer l'importation de bois issu de l'exploitation illégale et du commerce lié. L'Union Européenne pourrait ainsi choisir de se doter d'une législation interdisant l'importation et le commerce sur le sol européen de bois abattu ou vendu illégalement dans le pays producteur. Greenpeace suit attentivement ce processus FLEGT, demande aux gouvernements européens de choisir la voie législative - ainsi bien sûr que d'autres mesures complémentaires - pour traiter sérieusement ce problème.

Forêts anciennes : Nécessité d'un Moratoire
Pour le Cameroun et des autres pays arborant des forêts uniques et importantes pour la conservation de la diversité biologique mondiale, ce cas illustre la nécessité de moratoire sur les activités industrielles destructrices (voire illégales) pendant que les processus de zonage sont en cours, et pendant que les pays signataires de la CDB examinent les nouvelles zones à protéger si elles veulent atteindre l'objectif 2010 de protection effective de la biodiversité de notre Terre. Une forêt comme Bakossi doit être sauvée.

Références

- Birdlife International. (2001) Important bird areas in Africa and associated islands. Priority sites for conservation. (2001). [p. 152 - Bakossi mountains (CM022)].

- CRES (Center for Reproduction of Endangered Species, Zoological Society of San Diego) & WWF Coastal Programme. Boundary description and recommendations for the Gazettment of Seven new protected areas in the South West and Littoral Provinces. May 2003, 19 pages.

- Dixson Alan. Conservation of Drill (drillus leucophaeus) populations in Bakossiland, Cameroon. Historical trends and current status. CRES - Center for Reproduction of Endangered Species, Zoological Society of San Diego, PO Box 10551, San Diego, California, United States. 22p. (in prep.)

- Greenpeace International (2002): Forest crime file. Corporate crimes. Chainsaw criminal CIBEC. April 2003.

- Greenpeace International (2002). Forest crime file. Corporate crimes. Chainsaw criminal REEF. April 2003.

- Greenpeace. Lettre au Minister de l'Environment et des Forêts du Cameroun. Octobre 2003.

- Global Witness (2002). Rapport de l'Observateur Indépendant. N° 29. Mission conjointe Service Extérieur - Observateur Indépendant. Inspections de FC GIC NDECUDA & VC 11-06-13. 04-06 novembre 2002.

- Global Witness (2002). Rapport de l'Observateur Indépendant n° 065. Mission conjointe UCC - Observateur indépendant. Inspection de Vente de Coupe (VC) 11-06-13, département du Kupé Manengouba. Province du Sud Ouest. 23 mai 2003.

- Global Witness. Forest Law Enforcement in Cameroon. 2nd summary Report of the Independent Observer. December 2001 - June 2003. October 2003. 25p.

- International Council for Bird Preservation (ICBP). (1992). Putting Biodiversity on the map: Priority Areas for Global Conservation. [p. 31 - Cameroon mountains - C04].

- Ministry of Environment and Forestry. Secretariat General. Department of Wildlife and Protected Areas. Public Notice n° 0969/PN/MINEF/SG/DFAP/SIF of August 8th 2003, declaring of public interest the so called Bakossi National Park in Kupe Manenguba Division, South West Province.

- NDECUDA Cultural Association. May 2002. Simple Management Plan for the Ndissi-Ekeb community forest. Period 2002-2006.

- Letter from the Sub-prefect of Tombel to the newly appointed chief of Bekune, mr. Komesue Anthony Elong regarding the postponement of his installation as a chief because of his involvement as vice-president of EKADA. (27-03-03).

- Letter from the Ekambo Development Association (EKADA) to the Cameroon Minister of Environment and Forests. 4th August 2003. "Appeal for the aversion of a looming crisis in the Bakossi Mountains forest.

- Lettre du Ministre de L'Environment et des Forêts (n° 1459/L/MINEF/SG/DFAP/SIF), Secretariat General. Direction de la Faune et des Aires Protégées à monsieur le préfet du Kupe-Manenguba à Banguem concernant l'avis public relatif au parc National de Bakossi. (08-08-2003)

- Notice and grounds of appeal to the registrar of the court of first instance Tombel sub-division Holden at Tombel. Suit N° CFIT/04/02-03. Appeal by Ekambo Development Association in their case against (1) Ndisi Ekeb Cultural and Development Association (NDECUDA), (2) Complex Helena Bois and (3) Compagnie Industrielle Des Bois Exotiques (CIBEC). Done on the 1st of August 2003.

- Report after visit to the Locus. (02-04-03) by Sheriff-Bailiff. Reporting on the findinds of the destroyed gate in Ngusi village.

- Report on the launching ceremony of the controversial NDECUDA community forest by the senior divisional officer for Kupe-Muanenguba on 2nd september 2002, at Ndisi village - Tombel subdivision.

- Rapport de la Commission d'enquête tenu à Ngusi Tombel pour régler la dispute entre Ndecuca and Ekada liée à l'exploitation forestière, tenue du 16 au 30 octobre 2002.

- "Ruling" in the court of first instance of Tombel sub-division holden at Tombel. Suit n°. CFIT/O5/02/03 between Ekambo Development Association [EKADA] - applicants AND (1) Compagnie Helena Bois and (2) Complexe Industrielle de Bois Exotiques (CIBEC) [Respondents].