Dans trois jours, un bateau réfrigéré arrivera à Las Palmas pour écouler une cargaison de poisson transférée illégalement au large des côtes de Guinée. Greenpeace et l'organisation Environmental Justice Foundation (EJF) ont surpris en haute mer Le Binar 4 battant pavillon panaméen (et détenu par un propriétaire chinois) charger à son bord le 6 avril dernier du poisson pêché dans les eaux territoriales guinéennes. Ce transfert effectué dans les eaux internationales est pourtant strictement prohibé hors du port de Conakry selon la législation nationale en vigueur.
"Dès la constatation de ce nouvel acte de piraterie, nous avons demandé officiellement aux autorités espagnoles d'interdire à ce bateau l'accès au port de Las Palmas. Madrid ne peut plus laisser dans l'impunité cette plaque tournante du trafic international de pêche illégale. Depuis le début de notre campagne au large de la Guinée nous mettons en évidence tous les rouages de la pêcherie pirate (1). Au tour des autorités espagnoles de prendre leurs responsabilités," déclare Aurèle Clémencin, chargé de campagne Océans pour Greenpeace France.
Véritable accessit aux marchés européens, le port de Las Palmas est en effet mondialement connu pour blanchir les cargaisons de poissons pêchées illégalement au large des côtés africaines. Afin d'obtenir enfin un engagement fort de Madrid dans la lutte contre la pêche illégale, l'Esperanza, bateau amiral de la flotte de Greenpeace, accompagnera Le Binar 4 jusqu'à sa destination finale.
Suite au travail d'observation mené au large de la Guinée, les organisations ont recensé et réuni des informations sur 52 bateaux directement liés à la pêche pirate. Absences de licences et de documents administratifs, transbordement illégal de poisson, chalutage dans la zone exclusivement réservée aux pêcheurs locaux (1), etc. autant d'éléments qui explicitent la manière dont l'industrie de la pêche pirate pille les ressources naturelles et alimentaires.
"La Commission européenne a adopté en 2002 un Plan d'action international développé par la FAO (2) où elle s'engage à prévenir, contrecarrer et éliminer la pêche illicite. Malgré ses limites, ce texte existe et doit servir de base légale pour agir concrètement. L'arrivée du Binar 4 à Las Palmas sera un cas d'école révélateur sur les velléités de lutte des autorités contre la pêche pirate", conclut Aurèle Clémencin.
Voir aussi:Les bateaux fantômes chinoisPêcheurs pirates démasqués au large de la GuinéeEradiquer la pêche illégaleNotes:(1) - La zone des eaux territoriales s'étend à 12 miles des côtes de Guinée
(2) - Organisation de l'Alimentation et de l'Agriculture rattachée à l'Organisation des Nations unies