Du soufre...La violente tempête qui sévit dans le détroit de Kerch, entre la péninsule ukrainienne de Sébastopol et la côte russe de Rostov, a déjà causé le naufrage de cinq navires : le Hajj Ishmail, un cargo battant pavillon géorgien et transportant 5 600 tonnes de ferraille, a sombré au large de l'Ukraine. Trois chimiquiers le
Volgodonsk, le
Nakhitchevan et le
Kovel, transportaient près de 7 000 tonnes de soufre et ont coulé 300 km plus à l'est, près de la ville russe de Port Kavkaz. Sur le plan environnemental, le soufre ne pose que peu de risques : il s'agit d'une substance qui n'est pas soluble dans l'eau. «
Au contact de l'eau, le soufre va former une sorte de pâte épaisse qui se déposera au fond, explique Yannick Vicaire, responsable de la campagne Toxiques de Greenpeace France.
A priori, il n'y a pas de risque de dispersion, les dégâts écologiques devraient être limités et localisés à ce qui aura été en contact direct avec le soufre. »
... mais surtout du fioulLe risque de pollution aux hydrocarbures, due au naufrage d'un pétrolier russe est beaucoup plus préoccupant. Le navire, le
Volganeft-139 en service depuis 1978 et conçu à l'origine pour la navigation fluviale, transportait 4 000 tonnes de fioul lourd et s'est tout simplement brisé en deux. Près de 2 000 tonnes de fioul se sont déjà écoulées, souillant près de 30 km de côtes.
Cette marée noire menace très sérieusement la faune et la flore locales. «
Surtout à cette saison, remarque Stéphan Beaucher, responsable de la campagne Océans de Greenpeace France.
En cette période de l'année, la région accueille des oiseaux migrateurs en route vers le sud, en particulier les plongeurs sibériens à col rouge ou à col noir, qui viennent de Sibérie pour passer l'hiver en Mer Noire. » De nombreux cadavres d'oiseaux mazoutés auraient déjà été ramassés. Le détroit de Kerch abrite également les tortues de la mer Noire.
D'après l'équipe de Greenpeace, dépêchée sur place dès le 12 novembre, un second pétrolier russe, le
Volganeft-123, a été également accidenté mais pour l'instant, aucune fuite n'est à signaler et le navire a été remorqué près de Port Kavkaz. Ce tanker menaçait de sombrer avec à son bord 4 000 tonnes de fioul lourd, qui devaient donc être pompées d'urgence. Mission finalement accomplie, après un imbroglio kafkaïen avec les services des douanes russes qui tardaient à autoriser la réimportation du fioul, malgré la menace d'une deuxième marée noire.
Il est intéressant de noter que ce deuxième pétrolier appartient au même propriétaire, la société russe Vologtanker, basée à Moscou, que le
Volganeft-139, dont la moitié de la cargaison se répand actuellement dans la mer. Deux navires à l'origine réservés à la navigation fluviale, non à la navigation en mer, ce qu'ils faisaient pourtant ! Et d'après
www.equasis.org, la base de données gérée par l'Organisation maritime internationale (OMI) et répertoriant les navires utilisés dans le monde, ce deuxième pétrolier, construit en 1975, ne serait même plus autorisé à naviguer dans les eaux russes ! Au moment de la tempête, ces deux tankers étaient en train de transporter du fioul de Russie en Ukraine en traversant le détroit. Greenpeace suspecte la société Vologtanker d'avoir affrété ces deux navires réservés à la navigation fluviale, dont l'un était interdit de circulation, que parce que ses commandes de fioul portaient sur des quantités supérieures à la capacité de sa flotte.
«
Si cela s'avère exact, ce scandale prouve une fois encore l'urgente nécessité d'encadrer strictement le transport maritime de pétrole, conclut Yannick Vicaire.
C'est chose faite aux États-Unis, le processus est en œuvre en Europe, mais ailleurs dans le monde, c'est le chaos. Et le fait que l'OMI soit soumise aux intérêts des industriels ne fait qu'aggraver les choses. »