Remonter :
80% des forêts anciennes ont déjà été détruites.
Les 20% restant, qui abritent entre 50% et 90% de la biodiversité de la Terre, sont gravement menacés par l'exploitation forestière.
Greenpeace publie en octobre 1999 deux rapports destinés à alerter les industriels et les consommateurs sur l'hémorragie dont sont victimes les dernières forêts anciennes de la planète.
- Le rapport "Acheter la destruction" est adressé fin 1999 aux plus grands consommateurs industriels de bois pour leur demander d'arrêter de s'approvisionner auprès d'entreprises responsables de la disparition des forêts anciennes. Ces multinationales, au nombre de 150, se trouvent essentiellement aux Etats-Unis, en France, au Canada et en Malaisie. A elles seules, elles exploitent 77% des forêts anciennes restantes. Un constat alarmant dix ans après le sommet de Rio où l'on avait entrevu l'espoir d'une diminution de l'exploitation industrielle des forêts anciennes. Pour en savoir plus.
- l'étude "Alternatives commerciales à la destruction des forêts anciennes" : Ce document, dans la veine du premier, plaide pour un plan de gestion durable des forêts grâce à la généralisation du label FSC (1), seul système de certification crédible et indépendant existant à l'heure actuelle sur le marché. Par ailleurs, en parallèle du FSC, Greenpeace a dressé une liste établissant pour chaque type de bois tropical des forêts anciennes (2) son alter ego en bois issu des forêts secondaires européennes principalement : Choisir des bois qui ne contribuent pas à la destruction des forêts anciennes.
Les Séringueros recueillent le caoutchouc, les noix, l'acai, la pupunha (une sorte de palmier), le babaçu, ils concassent des noix de coco, participent à des projets d'agroforesterie ou collectent les huiles et les plantes médicinales.
Lapeyre : leader européen de la destruction
Afin de faire évoluer le marché, Greenpeace passe à l'offensive en ciblant les importateurs / revendeurs de bois issus des forêts anciennes. L'analyse menée par Greenpeace fait apparaître Lapeyre comme le leader européen de l'importation de bois tropicaux et amazoniens. Ce triste constat fait de ce groupe l'une des entreprises les plus impliquées dans la déforestation industrielle, souvent illégale, avec un volume de bois importé en constante augmentation chaque année.
En ciblant un groupe de notoriété publique comme Lapeyre, Greenpeace espère alors amener l'ensemble des acteurs du marché bois vers l'éco - certification FSC.
Ludovic Frère, responsable de la campagne forêt pour Greenpeace France, devant les faits : Lapeyre brade la forêt tropicale !
- les forêts exploitées par Lapeyre : non contente d'exploiter différentes essences provenant principalement d'Amazonie, Lapeyre contribuait à la déforestation des forêts d'Afrique (essentiellement Congo, Cameroun et Gabon), d'Amérique du Nord et d'Asie du Sud-Est.
L'exploitation des forêts anciennes menace différentes espèces animales endémiques de ces régions. Les Orangs-Outangs, par exemple, auront totalement disparus de la surface du globe d'ici 5 à 10 ans si leur habitat continue à se détériorer aussi rapidement.
La confrontation
Malgré d'âpres discussions avec les responsables de Lapeyre, Greenpeace n'obtient aucun engagement satisfaisant de la part du groupe. Elle décide alors d'intervenir sur le terrain par différentes actions symboliques et médiatiques.
Greenpeace organise sa première action contre Lapeyre en France, Espagne, Suisse et Belgique. Ici le magasin Lapeyre Porte d'Orléans-Arcueil
Le résultat de l'opération est probant puisque Lapeyre s'acquitte enfin de l'un de ses engagements, pris en avril 1999, consistant à étiqueter les bois importés (nom et provenance).
Distribution du supplément alternatif de Greenpeace, au catalogue de Lapeyre, lors de l'Assemblèe Générale annuelle du groupe à Paris.
Greenpeace entreprend une grande tournée dans 8 villes de France : Paris, Lyon, Marseille, Montpellier, Bordeaux, Toulouse et Nantes.
Un membre du GIPN (Groupe d'Intervention de la Police Nationale) déloge un des militants de Greenpeace lors du blocage de l'Aquitania à Honfleur.
Les efforts déployés par Greenpeace durant cette campagne commencent à porter leurs fruits. La Direction Générale de Lapeyre s'engage oralement à certifier ses produits FSC. Cette nouvelle n'est malheureusement suivie d'aucune annonce publique de la part du groupe. Ce bémol décide Greenpeace à poursuivre son travail de pression par une intensification de la campagne sur le front international.
Greenpeace sur tous les fronts : les actions internationales
Un militant de Greenpeace bloque une des grues du port de Honfleur, il empêche ainsi le déchargement d'un navire chargé de bois issus de la forêt amazonienne.
Déploiement de banderoles devant le siège du géant japonais de l'exploitation forestière, la société EIDAI, au Japon ; lors du G8 d'Okinawa.
Les actions continuent :
- Juillet 2000 : blocage d'un cargo en Allemagne avec à son bord du bois des forêts tempérées humides de Colombie britannique, au Canada.
- Juillet 2000 : blocage aux Etats-Unis d'un Cargo danois transportant du bois prélevé illégalement dans les forêts amazoniennes.
Résultats de plus d'un an de campagne : Lapeyre reconnaît ses torts
- En septembre 2000 Lapeyre s'est engagé cette fois publiquement à suivre les demandes de Greenpeace en mettant en place un système de traçabilité du bois d'ici fin 2005 : "Nous avons fait notre enquête et effectivement nous avons constaté que notre position légaliste n'était pas suffisante. Nous avons donc pris la décision de nous certifier pour le Brésil avec le FSC qui est parrainé par les grandes ONG de type Greenpeace, WWF ou les Amis de la Terre", déclarait récemment Jean Louis Servent, président du directoire de Lapeyre. Désormais le groupe sera tenu d'annuler toutes ses commandes passées auprès des entreprises les plus néfastes pour l'environnement. L'entreprise devra donc à terme s'assurer que son bois provient d'une forêt gérée de manière durable suivant les critères de certification du FSC. Et afin de vérifier la bonne mise en place de la filière FSC d'ici fin 2005, Greenpeace garde un oeil attentif sur Lapeyre. Bilan en 2005...- Après deux ans de négociation avec Greenpeace, IKEA exige depuis septembre 2000 que le bois entrant dans la fabrication de ses produits provienne exclusivement des forêts contrôlées et bien gérées. Pour en savoir plus.
- Suivant l'exemple d'IKEA et de Lapeyre d'autres entreprises ont fait elles aussi un pas vers la protection de l'environnement et le respect des forêts anciennes : Leroy Merlin, Castorama, Carrefour France (meubles de jardin en teck), Berrywood, EPI, Colin SARL, Kinnarps, Procter & Gamble et Kellogs ont troqué leur palettes en bois pour des palettes en carton recyclables, Osaka Gas, AT&T... Liste des entreprises où l'on peut se procurer du bois ou des articles certifiés FSC
Pour autant Greenpeace sait qu'en matière de protection de l'environnement rien n'est jamais acquis. Elle reste donc vigilante pour s'assurer que les entreprises respectent véritablement et pleinement leurs engagements envers les forêts anciennes.
Quelques définitions :
(1) - FSC : Forest Stewardship Forest ou Conseil de Gestion durable des Forets - est le seul système de certification et de label basé sur des standards de performance écologique. Il permet d'assurer la traçabilité du produit, de son exploitation forestière jusqu'à sa consommation finale. Ce label garantit que le bois a été exploité de façon à préserver au maximum la diversité biologique de la forêt et à respecter les intérêts des populations locales. Plus d'infos sur le FSC
(2) - Forêts anciennes : Forêts qui se sont établies grâce aux évènements naturels et qui ont été très peu touchées par les activités humaines.
(3) - Produits ligneux : produits à base de bois, pâte à papier et papier carton.