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Camp Greenpeace de sauvegarde des forêts

Camp Greenpeace de sauvegarde des forêts

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Inari, Finlande — Emilie, une jeune militante de Greenpeace, vient de rejoindre le camp de sauvegarde des forêts (Forest Rescue Station) installé dans les forêts boréales du nord de la Finlande où tentent de survivre les Same (également connus sous la dénomination de Lapons), derniers peuples autochtones d'Europe. Elle partage la vie de ces bergers qui, en cette fin d'hiver, font paître leurs rennes dans ces forêts de conifères, riches en lichens. Emile participe également aux activités de Greenpeace visant à évaluer l'importance des coupes forestières dans cette zone située au-delà du cercle polaire et où les coupes forestières se déroulent avec l'aval du gouvernement finlandais. Gouvernement qui ne semble pas vouloir tenir compte de l'avis du Comité des Nations unies pour les droits de l'homme pourtant favorable à la protection des Same et de leur mode de vie spécifique. CYBERACTION

14 avril - par Aurélie Filippetti
Tout ça pour de la pâte à papier…

Au cœur des dernières forêts anciennes (non déboisées) de l’Union européenne vit aussi le dernier peuple indigène. Cette forêt qui pour nous semble sauvage, ils nous ont appris à la lire. Les arbres ici poussent lentement, à cause du manque de lumière pendant l’hiver (nous sommes au 69° nord). Un millimètre de diamètre par an à peine.

Il leur faut aussi des centaines d’années pour mourir, servant de repaire, comme les étoiles anciennes qui continuent à illuminer le ciel longtemps après leur disparition, à une faune et une flore essentielle pour la biodiversité. Nous avons déjeuné non loin de la frontière russe, au bord d’un lac gelé, assis sur un pin immense. Né aux alentours de l’an 1300, il est mort en 1700 et n’est tombé à terre qu’il y a un an ou deux. Les lichens eux aussi ont besoin de temps : cent cinquante à deux cents ans avant d’apparaître sur un arbre. Avec le déboisement, les rennes qui s’en nourrissent en hiver sont privés de subsistance, obligés de parcourir des distances beaucoup plus longues. Pour le peuple Sami, c’est une catastrophe humaine, car leur vie repose sur les rennes.
Loin de l’image de carte postale d’un pays nordique apaisé, et d’une Laponie de Père Noël, nous ne pouvons rester indifférents au sort de ces milliers de Samis dont la culture est menacée à cause de notre insouciance, et à ces arbres massacrés pour des magazines jetables, des mouchoirs en papier, des journaux et des livres, qui pourraient être publiés sur du papier venu des forêts replantées du sud du pays.

Ce matin, nous sommes en face d’un cas d’école : les 45 bûcherons qui exploitent la forêt accusent Greenpeace d’avoir semé la terreur (sic !) et de menacer leur travail. Emplois contre environnement. L’opposition est classique, et ne profite malheureusement qu’à ceux qui recherchent l’augmentation constante de leurs profits. Nous, les auteurs, avons servi de médiateurs. Nous avons longuement discuté avec eux, afin de leur expliquer que nous n’étions pas ici contre eux, mais pour l’avenir de tous.

Nous nous sommes de notre côté engagés à faire tous les efforts possibles. Les six auteurs (finlandais, espagnol, belge, hollandaise, anglais, française) exigeront que leurs prochains livres soient imprimés sur papier recyclé. Nous avons appris hier soir qu’Einaudi, le grand éditeur italien, acceptait. Lorsque des solutions simples techniquement existent (papier recyclé, ou certifié FSC), c’est un crime de laisser tailler dans une forêt multiséculaire et tuer la société humaine qui l’a apprivoisée. Nous devons agir vite. Déjà les traces des énormes machines de déboisement ont causé de sérieux dégâts. C’est le poumon vert de l’Union européenne qui est menacé. Cette forêt est notre patrimoine.
Agissons vite !

25 mars

Il a neigé ces 2 derniers jours, mais on commence à sentir le printemps ici aussi. La température extérieure oscille entre -5 et +5°. Le froid est moindre mais l'humidité de l'air le rend plus pénétrant.
Les rivières commencent à dégeler là où il y a le plus de courant. On voit maintenant le goudron qui alterne avec la glace sur les routes.

Je sais qu'en France il fait déjà 15 à 20° ; je pense au retour, à l'Alternative qui continue à développer l'usage du papier recyclé. Je leur ramène de nouveaux papiers, de nouvelles idées et beaucoup de motivation.

C'était dur de quitter le camps ce matin, ces 30 m² de vie : quotidien, travail, recherche ; d'humanité tout simplement. Il s'est passé tant de chose différentes et il est passé tant de personnes dans cet huis clot, entre les 2 containers et la tente. Les nouvelles du monde extérieur n'y arrivent pas tous les jours.
Je les laisse donc, alors que le campement n'est plus autorisé par Metsähallitus et donc l'état finlandais. Le retrait du camps dépend maintenant des avancées de la campagne ou de la police inernationale, seule abilitée à nous déloger.

Xérox, un des plus grands distributeurs internationaux de papier, s'est engagé à ne plus se fournir chez Stora Enso si celui ci utilise encore le bois issu des forets primaires Finlandaises. La balance commence à basculer de notre côté. Des espoirs sont permis et les négociations reprennent entre Metsähallitus, le peuple Same et les ONG environnementales.

Seulement le problème est beaucoup plus vaste et concerne également les forêts primaires Russes, puisque 20% de la pulpe transformée dans les usines finlandaises de Stora Enso en provient. Forêt de Karelia, d'Arkhangelsk, vastes territoires vierges d'ores et déjà sévèrement exploités.
Depuis 2002, la forêt de Kalevalski, à la frontière entre Finlande et Russie attend la signature de M. Poutine pour devenir un parc naturel reconnu.
Seulement 14% des forêts russes en Europe sont encore intactes. Elles abritent beaucoup d'espèces animales et végétales disparues partout ailleurs en Europe, telles que l'ours brun, la chouette, le lynx, le loup.
Le gouvernement russe doit tenir son rôle et protéger les forêts anciennes encore intactes qui sont toutes déjà cartographiées.

18 mars

Manifestation de bucherons contre le camp organisé par Greenpeace

Manifestation de bucherons contre le camp organisé par Greenpeace

La manifestation a finalement eu lieu. D'abord devant le bureau à Inari, puis ici au camps.
Environ 30 bûcherons, leurs familles et 2 rennes, tenant dans un bus et cinq voitures, focalisés sur le fait que "reinders don't eat trees" : les rennes ne mangent pas d'arbres.
Bien sûr, mais à la fin de l'hiver, leur seule source de nourriture est le lichen qui ne pousse que sur les arbres centenaires des forêts millénaires. Evidemment je parle des rennes élevés en liberté, selon la coutume traditionnelle Same.

A part certains manifestants, manifestement alcoolisés qui ne prononçaient que ces mots : perkele et satana, fameuses insultes locales, il y a eu place pour un "certain" dialogue. De l'équipe présente seules les personnes qui parlaient finlandais y ont pris part. Difficile travail de contenance. Arguments construits et constructifs contre celui presque unique que, définitivement, les rennes ne mangent pas les arbres.

Pour ma part je m'efforçais de faire le lien avec l'actualité française et la nécessité d'utiliser du papier recyclé ou du papier issu de forêts labellisées FSC. Je tentais de fragmenter les groupes lorque la tension montait. Je n'avais jamais eu devant les yeux des banderolles dont les messages étaient tournés contre Greenpeace. Inversement des rôles.

Après une heure d'occupation ils sont partis, ne laissant que leurs mégots de cigarettes.Nous avions l'impression désagréable que le camps avait été souillé, purgé de sa virginité, dans notre coin reculé de forêt ancienne. Retour à la réalité, se réapprovisionner en bois par exemple, ou n'importe quoi d'autre pour se réapproprier le lieu.

Habituellement tous les sujets touchant le camps font la une de la presse locale et nationale dès qu'il y a un évènement. La campagne contre la déforestation étant au coeur des préoccupations économiques finlandaises. Malheureusement pour Mestsähallitus la presse du jour fut centralisée sur un carrembollage tragique qui a impliqué 80 véhicules. Deuil national.

16 mars

Bonjour à tous

Des nouvelles (fraiches) du cercle polaire arctique :
Je me suis maintenant adaptée au froid, et commence à ne le ressentir vraiment qu'à partir de moins 10°.
La vie au camps suit son cours.
De nouveaux arrivants, des départs ...

Pancarte pour demarquer le territoire: IMPORTANTE FORET DE PATURAGE, 
Espace réservé aux troupeaux de rennes

Pancarte pour demarquer le territoire: IMPORTANTE FORET DE PATURAGE, Espace réservé aux troupeaux de rennes

Nous nous relayons pour démarquer les territoires que les Same veulent protéger. Chaque jour une équipe de 5 personnes (2 Same et 3 volontaires de Greenpeace) part poser les pancartes dans la forêt.
Sur les pancartes on peut lire :

IMPORTANTE FORET DE PATURAGE
Espace réservé aux troupeaux de rennes

Elles sont écrites en finlandais, en Same et en anglais pour les endroits touristiques, comme au bord des rivières où l'on peut faire du kayak en été. J'ai du mal a imaginer le paysage sans neige ni glace.

Hier c'était mon tour.

Les Saamis n'ont pas besoin de carte pour se repérer, ils connaissent 
par coeur la forêt et chaque arbre a une histoire pour eux.

Les Saamis n'ont pas besoin de carte pour se repérer, ils connaissent par coeur la forêt et chaque arbre a une histoire pour eux.

Nous avons balisé une zone importante, avec deux snowschooter et un traineau : 70 à 150 km/h par moins 20°. Nous sommes couverts de neige mais ne sentons pas le froid.
Les Same n'ont pas besoin de carte pour se repérer, ils connaissent par coeur la forêt et chaque arbre a une histoire pour eux. Nous utilisons le GPS pour localiser chaque pancarte que nous posons. C'est très important car les demandes de protection de ces zones en dépendent.
Nous avons posé une cinquantaine de balises, à raison d'une par kilomètre. Sur les jeunes arbres, nous les accrochons de telle sorte qu'elles puissent s'écarter pour les laisser grandir.
Les Same ne peuvent s'empêcher de faire courir les rennes, seuls ou en troupeau, que nous croisons. Il y en a vraiment des centaines, partout dans la forêt.
Un des deux samis qui nous accompagne (ou l'inverse) télephone à tous ses amis pour leur dire qu'il a une française qui ne le lache plus sur son snowschooter.
Après avoir bien travaillé nous faisons un grand feu dans la forêt, coffee break oblige.

Les avancées de la campagne nous font craindre une manifestation de 100 ou 200 personnes devant le camps : les bûcherons, employés par Metsähallitus. Je me demande comment ils vont faire pour venir si nombreux jusqu'ici par la petite route.
Le plus important pour nous ici est de continuer le travail de démarcation et de cartographie avec les Same, pour leur montrer que nous continuerons malgré tout.
Le temps nous est compté car nous gênons Mätsahalitus qui compte bien nous déloger.
A suivre ...

9 mars

Emilie, une jeune militante de Greenpeace, participe au camp de 
sauvegarde des forêts (Forest Rescue Station) installé dans les forêts 
boréales du nord de la Finlande

Emilie, une jeune militante de Greenpeace, participe au camp de sauvegarde des forêts (Forest Rescue Station) installé dans les forêts boréales du nord de la Finlande

Bonjour à tous

Voici un message qui vous vient du coeur de la foret primaire finlandaise, la dernière foret boréale en Europe, qui abrite le seul peuple indigène de l'union: les Samis (lapons). Avec eux, Greenpeace a établi un camp de sauvegarde des forêts (Forest Rescue Station), bien au dessus du cercle polaire arctique, ou je me trouve actuellement. Les Samis vivent en bergers de manière traditionnelle, et font paitre leur rennes dans ces forets de conifères, riches en lichens qui constituent la seule nourriture possible en hiver pour les troupeaux. Or l industrie forestière (principalement la compagnie propriété d'état : Metsahallitus), avec l'aval du gouvernement finlandais et malgré l'avis du comite des nations unies pour les droits de l'homme, dévaste ce territoire vierge et magnifique pour alimenter l'industrie papetière (dont Stora Enso) et transformer les arbres centenaires en journaux ou magazines, lus 1 ou 2 fois puis jetés indubitablement, ou encore pire en enveloppes, mouchoirs, papier toilette. Or sans cette forêt, les Samis ne peuvent plus conserver leur mode de vie traditionnelle. Le point de non retour est proche : il faut agir vite. Les seules mesures de protection du gouvernement n'ont jusqu alors concerné que des endroits difficiles d'accès ou en très haute altitude, aucune décision n'a été prise en concertation avec le peuple Sami. Les Samis soutenus par différentes ONG dont Greenpeace demandent un moratoire des coupes forestières sur les terres essentielles pour ce peuple.

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Forest Rescue Station

Forest Rescue Station

Le voyage fut long pour arriver au camp : avion, train, bus, voiture... 2 jours depuis Marseille. Le spectacle est grandiose : mes premiers rennes, ma première aurore boréale hier soir. Je m'adapte peu à peu à la vie dans le froid. Nous vivons dans 2 containers isolés thermiquement et pouvons également dormir dans une tente Sami, ou nous sommes également isolés de la neige par un tapis de branches de conifère et une peau de renne : simple, efficace et très confortable !! Les activités du jour sont simples : faire du bois pour le feu, se ravitailler, apprendre a se déplacer en raquettes ou ski de fond, et surtout a se protéger du froid (moins 10 degrés le jour, moins 25 la nuit, ce qui est un temps magnifique pour cette saison). J'en suis donc encore à la base de la vie arctique. Dès demain, nous continuerons a cartographier et démarquer le territoire Sami indispensable au pâturage des rennes en hiver, ils y trouvent une sorte de lichen qui ressemble à du crin de cheval, poussant sur les grands pins. Notre présence ici semble en contrarier plus d'un et nous nous attendons à des visites loin d'être amicales la connection internet n'étant pas facile, je dois vous laisser, à très bientôt.