Remonter :
Il a neigé ces 2 derniers jours, mais on commence à sentir le
printemps ici aussi. La température extérieure oscille entre -5 et +5°.
Le froid est moindre mais l'humidité de l'air le rend plus pénétrant.
Les rivières commencent à dégeler là où il y a le plus de courant. On
voit maintenant le goudron qui alterne avec la glace sur les routes.
Je sais qu'en France il fait déjà 15 à 20° ; je pense au retour, à l'Alternative qui continue à développer l'usage du papier recyclé. Je leur ramène de nouveaux papiers, de nouvelles idées et beaucoup de motivation.
C'était dur de quitter le camps ce matin, ces 30 m² de vie :
quotidien, travail, recherche ; d'humanité tout simplement. Il s'est
passé tant de chose différentes et il est passé tant de personnes dans
cet huis clot, entre les 2 containers et la tente. Les nouvelles du
monde extérieur n'y arrivent pas tous les jours.
Je les laisse donc, alors que le campement n'est plus autorisé par
Metsähallitus et donc l'état finlandais. Le retrait du camps dépend
maintenant des avancées de la campagne ou de la police inernationale,
seule abilitée à nous déloger.
Xérox, un des plus grands distributeurs internationaux de papier, s'est engagé à ne plus se fournir chez Stora Enso si celui ci utilise encore le bois issu des forets primaires Finlandaises. La balance commence à basculer de notre côté. Des espoirs sont permis et les négociations reprennent entre Metsähallitus, le peuple Same et les ONG environnementales.
Seulement le problème est beaucoup plus vaste et concerne également
les forêts primaires Russes, puisque 20% de la pulpe transformée dans
les usines finlandaises de Stora Enso en provient. Forêt de Karelia,
d'Arkhangelsk, vastes territoires vierges d'ores et déjà sévèrement
exploités.
Depuis 2002, la forêt de Kalevalski, à la frontière entre Finlande et
Russie attend la signature de M. Poutine pour devenir un parc naturel
reconnu.
Seulement 14% des forêts russes en Europe sont encore intactes. Elles
abritent beaucoup d'espèces animales et végétales disparues partout
ailleurs en Europe, telles que l'ours brun, la chouette, le lynx, le
loup.
Le gouvernement russe doit tenir son rôle et protéger les forêts anciennes encore intactes qui sont toutes déjà cartographiées.
18 mars
La manifestation a finalement eu lieu. D'abord devant le bureau à Inari, puis ici au camps.A part certains manifestants, manifestement alcoolisés qui ne prononçaient que ces mots : perkele et satana, fameuses insultes locales, il y a eu place pour un "certain" dialogue. De l'équipe présente seules les personnes qui parlaient finlandais y ont pris part. Difficile travail de contenance. Arguments construits et constructifs contre celui presque unique que, définitivement, les rennes ne mangent pas les arbres.
Pour ma part je m'efforçais de faire le lien avec l'actualité française et la nécessité d'utiliser du papier recyclé ou du papier issu de forêts labellisées FSC. Je tentais de fragmenter les groupes lorque la tension montait. Je n'avais jamais eu devant les yeux des banderolles dont les messages étaient tournés contre Greenpeace. Inversement des rôles.
Après une heure d'occupation ils sont partis, ne laissant que leurs mégots de cigarettes.Nous avions l'impression désagréable que le camps avait été souillé, purgé de sa virginité, dans notre coin reculé de forêt ancienne. Retour à la réalité, se réapprovisionner en bois par exemple, ou n'importe quoi d'autre pour se réapproprier le lieu.
Habituellement tous les sujets touchant le camps font la une de la presse locale et nationale dès qu'il y a un évènement. La campagne contre la déforestation étant au coeur des préoccupations économiques finlandaises. Malheureusement pour Mestsähallitus la presse du jour fut centralisée sur un carrembollage tragique qui a impliqué 80 véhicules. Deuil national.
16 mars
Bonjour à tous
Des nouvelles (fraiches) du cercle polaire arctique :
Je me suis maintenant adaptée au froid, et commence à ne le ressentir vraiment qu'à partir de moins 10°.
La vie au camps suit son cours.
De nouveaux arrivants, des départs ...
Pancarte pour demarquer le territoire: IMPORTANTE FORET DE PATURAGE, Espace réservé aux troupeaux de rennes
Elles sont écrites en finlandais, en Same et en anglais pour les endroits touristiques, comme au bord des rivières où l'on peut faire du kayak en été. J'ai du mal a imaginer le paysage sans neige ni glace.
Hier c'était mon tour.
Les Saamis n'ont pas besoin de carte pour se repérer, ils connaissent par coeur la forêt et chaque arbre a une histoire pour eux.
Les avancées de la campagne nous font craindre une manifestation de
100 ou 200 personnes devant le camps : les bûcherons, employés par
Metsähallitus. Je me demande comment ils vont faire pour venir si
nombreux jusqu'ici par la petite route.
Le plus important pour nous ici est de continuer le travail de
démarcation et de cartographie avec les Same, pour leur montrer que
nous continuerons malgré tout.
Le temps nous est compté car nous gênons Mätsahalitus qui compte bien nous déloger.
A suivre ...
9 mars
Emilie, une jeune militante de Greenpeace, participe au camp de sauvegarde des forêts (Forest Rescue Station) installé dans les forêts boréales du nord de la Finlande
Voici un message qui vous vient du coeur de la foret primaire finlandaise, la dernière foret boréale en Europe, qui abrite le seul peuple indigène de l'union: les Samis (lapons). Avec eux, Greenpeace a établi un camp de sauvegarde des forêts (Forest Rescue Station), bien au dessus du cercle polaire arctique, ou je me trouve actuellement. Les Samis vivent en bergers de manière traditionnelle, et font paitre leur rennes dans ces forets de conifères, riches en lichens qui constituent la seule nourriture possible en hiver pour les troupeaux. Or l industrie forestière (principalement la compagnie propriété d'état : Metsahallitus), avec l'aval du gouvernement finlandais et malgré l'avis du comite des nations unies pour les droits de l'homme, dévaste ce territoire vierge et magnifique pour alimenter l'industrie papetière (dont Stora Enso) et transformer les arbres centenaires en journaux ou magazines, lus 1 ou 2 fois puis jetés indubitablement, ou encore pire en enveloppes, mouchoirs, papier toilette. Or sans cette forêt, les Samis ne peuvent plus conserver leur mode de vie traditionnelle. Le point de non retour est proche : il faut agir vite. Les seules mesures de protection du gouvernement n'ont jusqu alors concerné que des endroits difficiles d'accès ou en très haute altitude, aucune décision n'a été prise en concertation avec le peuple Sami. Les Samis soutenus par différentes ONG dont Greenpeace demandent un moratoire des coupes forestières sur les terres essentielles pour ce peuple.
<> Le voyage fut long pour arriver au camp : avion, train, bus, voiture... 2 jours depuis Marseille. Le spectacle est grandiose : mes premiers rennes, ma première aurore boréale hier soir. Je m'adapte peu à peu à la vie dans le froid. Nous vivons dans 2 containers isolés thermiquement et pouvons également dormir dans une tente Sami, ou nous sommes également isolés de la neige par un tapis de branches de conifère et une peau de renne : simple, efficace et très confortable !! Les activités du jour sont simples : faire du bois pour le feu, se ravitailler, apprendre a se déplacer en raquettes ou ski de fond, et surtout a se protéger du froid (moins 10 degrés le jour, moins 25 la nuit, ce qui est un temps magnifique pour cette saison). J'en suis donc encore à la base de la vie arctique. Dès demain, nous continuerons a cartographier et démarquer le territoire Sami indispensable au pâturage des rennes en hiver, ils y trouvent une sorte de lichen qui ressemble à du crin de cheval, poussant sur les grands pins. Notre présence ici semble en contrarier plus d'un et nous nous attendons à des visites loin d'être amicales la connection internet n'étant pas facile, je dois vous laisser, à très bientôt.