Le rapport, intitulé
“Toxiques en héritage”,
et portant sur l'analyse de sang maternel et de cordon ombilical,
révèle la présence dans ces échantillons de substances chimiques
toxiques connues ou présumées dangereuses, et employées comme additifs
dans de nombreux biens de consommation courante. Ces substances
pénètrent dans l'organisme du bébé via le cordon ombilical sans être
arrêtées par le placenta (1).
"Les enfants à naître, se nourrissant
via le cordon ombilical, sont exposés à des substances chimiques
provenant de produits aussi courants que le plastique, les produits
d'entretien, les composants électroniques ou les cosmétiques. Il est
choquant de constater que ces substances chimiques sont présentes dans
l'organisme à tous les stades de la vie, et notamment dès le stade
fœtal, période où l'enfant est le plus vulnérable. Les gouvernements
doivent agir et exiger des industriels qu'ils appliquent le Principe de
Substitution pour tous les composés susceptibles de s'accumuler dans
l'environnement et les tissus vivants" déclare Yannick Vicaire, responsable de la campagne Vigitox de Greenpeace France (2).
Les produits chimiques incriminés se retrouvent dans d'innombrables
articles, depuis les boîtes de conserve jusqu'aux appareils
électriques, en passant par les pesticides, les déodorants ou le
dentifrice. La liste de ces substances chimiques comprend notamment la
famille très controversée des phtalates, des muscs artificiels utilisés
comme fragrances dans les parfums et autres produits parfumés, ainsi
que le triclosan, un agent anti-bactérien des plus courants.
"Ces résultats justifient les
préoccupations que nous avions déjà soulevées avec nos précédents
dossiers sur la présence de ces substances dans les produits
cosmétiques" (3) commente Yannick Vicaire. Ont également été
détectés des composants perfluorés qui entrent dans la fabrication de
revêtements anti-adhésifs comme le téflon ainsi que des retardateurs de
flamme soupçonnés de provoquer des troubles du développement chez
l'enfant (apprentissage et comportement). D'autre part, la sensibilité
des bébés à l'exposition à des substances chimiques lors de leur
développement, individuellement ou en "cocktail", reste largement
inconnue.
Le projet de nouvelle réglementation communautaire sur les substances
chimiques, REACH (Enregistrement, Evaluation, et Autorisation des
substances chimiques), offre une opportunité unique et cruciale de
protéger la santé humaine et l'environnement des effets néfastes de ces
substances chimiques, et de responsabiliser les acteurs économiques,
l'industrie chimique comme les producteurs de biens de consommation.
Néanmoins la version actuelle de REACH, victime de l'activisme des
lobbies, est loin d'être satisfaisante.
"110000
signatures de soutien à l'Appel de Paris (4) ont été réunies sur un an
par Greenpeace France et d'autres ONG dans l'espace francophone de l'UE
pour exiger une action politique à la hauteur des enjeux sanitaires et
humanitaires" conclut Yannick Vicaire.
Greenpeace, soutenu par le WWF,
appelle les législateurs à replacer dans le futur règlement REACH la
santé publique et l'environnement en tête de leurs priorités, en
s'assurant que les substances chimiques les plus nocives soient
identifiées et progressivement éliminées, et en rendant obligatoire la
substitution de ces composés par des alternatives plus sûres.
Notes :
(1) - Les réactions de deux pédiatres et d’un toxicologue sont également présentes dans le rapport
(2) - Sony, H&M, Nokia, Ikea et d’autres entreprises se sont déjà
engagées à abandonner progressivement l’utilisation de substances
chimiques dangereuses dans la fabrication de leurs produits, démontrant
la faisabilité de politiques de substitution.
(3) - Voir le dossier « Parfum de scandale » et le guide Cosmétox sur
www.vigitox.org
(4) - Appel de Paris, déclaration internationale sur les dangers sanitaires de la pollution chimique, UNESCO, 7 mai 2004