Paris, France —
Les ONG de protection de l’environnement, de la santé publique et de défense des consommateurs s’indignent de l’accord obtenu par l’Allemagne et soutenu par la France sur le report de la décision du Conseil sur REACH.
La rumeur courait depuis quelques semaines et vient d’être confirmée.
Le gouvernement de Mme Merkel (CDU) issu des récentes élections
allemandes a obtenu le report à une date encore inconnue de la décision
du Conseil de l’Union sur REACH, prévue initialement pour le Conseil de
l’Environnement du 6 décembre prochain. Il s’agit officiellement de
laisser le nouveau gouvernement allemand se mettre en place et affiner
sa position sur le texte de REACH. "En réalité, ce nouveau délai
annonce une menace d’affaiblissement supplémentaire de REACH car la CDU
allemande agit dans ce dossier comme l’organe politique de géants
industriels tels BASF" dénonce Yannick Vicaire, chargé de la
campagne Toxiques à Greenpeace France. Le gouvernement de Gerard
Schroder était déjà très réticent sur la réforme et très enclin à
défendre les intérêts de la chimie allemande, qui détient la première
place sur le marché européen. Il semble qu’un accord ait été passé
entre SPD et CDU, maintien de la sortie du nucléaire contre consensus
anti-REACH. Quoiqu’il en soit, l’obtention du report de la décision sur
REACH par l’exigence d’un état-membre constitue, après le revirement
inopiné de la Commission européenne de fin septembre, un nouveau
précédent grave dans le fonctionnement institutionnel de l’Europe sur
ce dossier.
Cette demande allemande auprès de la Présidence Britannique a été
soutenue par plusieurs états membres dont la France. "Le
gouvernement français et les députés européens UMP et UDF jouent une
partie de poker menteur sur REACH, donnant d’un côté des gages aux ONG
et de l’autre bradant la santé publique et l’environnement pour le
grand bénéfice des éternels pollueurs " continue Yannick Vicaire.
Cette analyse est également faite par le WWF qui voit chez la plupart
de Députés Français "un intéressement très superficiel à des
arguments pourtant vitaux pour un vrai REACH, comme un nombre minimum
de tests de toxicité & écotoxicité pour évaluer une nouvelle
substance", explique Olivier Le Curieux-Belfond, chargé de
mission « toxiques » au WWF-France. Sous prétexte
d’inquiétudes pour l’avenir des PME, les gouvernements français et
allemands vident la réforme de tout contenu. Cette duplicité apparaît
dans toute son évidence dans le sabordage des propositions qui étaient
censées soulager les « vraies » petites entreprises sur
certaines exigences de REACH, telles que le partage de l’information
(proposition dite OSOR – Une substance, Un dossier d’enregistrement).
Ce n’est pas le souci des PME, encore moins l’intérêt public, mais bien
les ordres des firmes les plus importantes qui dictent la conduite du
couple franco-allemand sur ce dossier.
Les ONG de protection de l’environnement et de la santé publique, les
associations de consommateurs et les syndicats expriment leur profonde
indignation sur cette attitude irresponsable. " Le gouvernement
français confirme une fois de plus sur ce dossier son mépris total des
conséquences de 50 ans de chimie industrielle sans contrôle, à savoir
la destruction de la biodiversité, l’empoisonnement continu des enfants
avant même leur naissance, la menace permanente du cancer sur les
citoyens dont, en premier lieu, les travailleurs " conclut, au nom
des ONG, Cédric du Monceau, directeur général du WWF-France.
Co-signataires: CNIID, MDRGF, Agir pour l'Environnement, Les Amis de la Terre et Antidote-Europe, WWF