En dépit du préambule de l’OMC qui prétend protéger l’environnement et
« parvenir à une utilisation optimale des ressources mondiales en
accord avec les objectifs du développement durable », les
négociations sur l’accès au marché des produits non agricoles (NAMA),
si elles aboutissaient, contribueraient à accroître de façon dramatique
la surexploitation des ressources naturelles. C’est très exactement ce
qui ressort d’un rapport que vient de produire Greenpeace sur les
produits issus des forêts («
Trading away our last ancient forests »).
Les conclusions soulignent que la libéralisation des produits
forestiers telle que voulue dans NAMA va accroître dramatiquement la
pression sur les dernières forêts anciennes, augmenter le commerce
illégal et l’exploitation non durable des forêts, en particulier dans
les pays à forêts tropicales (Brésil, Bassin du Congo, Papouasie
Nouvelle Guinée…). Ces résultats confirment ceux obtenus dans un
rapport commandité par la Commission européenne et publié la semaine
dernière sur l’impact de la libéralisation commerciale négociée à l’OMC
sur les forêts.
«
La volonté de l’OMC de
parvenir à une libéralisation débridée des produits forestiers va avoir
des conséquences écologiques dramatiques et irréversibles, accroître la
pauvreté et le mal développement du Sud », déclare Yannick Jadot, directeur des campagnes de Greenpeace France. «
Ces projets de libéralisation, dont on connaît à l’avance l’aberration, doivent être immédiatement abandonnés ».
Les conséquences pour les ressources halieutiques, également dans la
négociation NAMA, seraient tout aussi dramatiques, tant les océans sont
déjà pillés de leurs dernières ressources, au détriment le plus souvent
de la pêche artisanale et de la sécurité alimentaire dans les pays du
Sud.
Les négociations à Hong Kong vont se focaliser sur l’agriculture, les
services et les produits non agricoles. C’est une véritable bataille
que se livrent, à travers les gouvernements, les firmes
agro-alimentaires, industrielles et de services. L’enjeu est la
conquête de nouveaux marchés, l’accès à des positions mondiales
dominantes. Peu importe les centaines de millions de paysans menacés,
les inégalités croissantes, la destruction de l’environnement, les
pollutions chimiques, génétiques et radioactives. Peu importe si le
commerce international atteint 20% de la consommation pétrolière
mondiale et contribue lourdement aux changements climatiques.
«
Les gouvernements ne peuvent
plus pousser un agenda de libéralisation commerciale tous azimuts, sans
en évaluer très sérieusement les conséquences sociales et
environnementales. Cela justifie pleinement un moratoire sur les
négociations en cours. Avec la poursuite de l’agenda actuel, compte
tenu notamment de la démonstration faite de la mise en danger des
ressources naturelles par la négociation NAMA, les gouvernements
affichent clairement la primauté des intérêts commerciaux privés sur la
protection de la planète. Ce faisant, ils ne sapent pas seulement la
légitimité du système commercial international, ils perdent un peu plus
leur crédibilité en matière de défense de l’intérêt général », conclut Yannick Jadot.