Remonter :
Où en-est-on aujourd'hui ? Lors de la conférence de presse organisée par Areva à l'occasion de l'escale d'un navire nucléaire à Cherbourg, le 17 février dernier, la presse a interrogé Areva sur ces questions. La responsable des relations publiques de l'industriel français a répondu alors que le transfert vers La Hague n'aurait pas lieu avant... "la deuxième moitié d'avril". Lors de la même journée un responsable de Cogema Logistics allait jusqu'à dire que ce transport n'aurait pas lieu "avant la fin du premier semestre" ajoutant, auprès d'une autre source, que "fin juin" serait probable. Deux analyses intéressantes peuvent donc être faites de ces déclarations : ces deux sources manquent de cohérence sur leur communication (alors que sur un sujet aussi sensible, les citoyens sont en droit d'attendre de la part des responsables un discours clair et cohérent) et les délais annoncés ne correspondent absolument plus au planning annoncé il y a quelques mois. Plus grave, cette annonce est incohérente avec le fait que ce Mox doit être chargé pendant l'arrêt programmé du réacteur de Catawaba. S'interrogeant sur ces problèmes de délais, Greenpeace a mené sa propre enquête en s'informant auprès de différentes sources proches du dossier : des éléments concordants montrent que, visiblement, Areva connaît des difficultés techniques pour assurer la fabrication du Mox.
Des difficultés chroniques dans la fabrication du Mox: depuis toujours et malgré les propos lénifiants de l'industrie, la fabrication du Mox a posé des problèmes avoués ou inavoués.
1 - Lors de la fabrication de nombreux ratés ont lieu, des "rebuts" et
déchets sont créés (plus de 8% en 1999), une partie est réintroduite
dans le processus de fabrication, mais des centaines de kilos de
matière fissiles sont retournées vers l'usine de La Hague. Rappelons
que pour le plutonium américain il est prévu de renvoyer deux
assemblage "ratés" pour quatre "réussis", Areva oublie souvent de
communiquer sur cet élément important (voir Mox quality Report).
2 - La presse spécialisée rapportait ainsi le 12 janvier 2005 des
propos de Mr Juergen Krellman, directeur "Recycling usines unit"
d'Areva où il avouait que lors de la fabrication des crayons à
Cadarache "quelques problèmes" ont été rencontrés. Raison évoquée :
l'aspect prototype de ce projet.
3 - Ces problèmes sont connus. Ils concernent l'homogénéité des
pastilles de combustibles, sont récurrents et, plus grave, sont à la
base... des falsifications des relevé de contrôles
des combustibles Mox qui avaient été expédiés vers le Japon et qui de
ce fait n'ont jamais été chargés dans les réacteurs nippons.
Conséquences : le démarrage de l'utilisation du Mox au Japon a été
totalement remis en cause.
Une situation ubuesque: Alors que depuis plusieurs années,
les responsable de Melox ont annoncé que la quantité de "rebuts"
diminuerait en permanence pour finalement être nulle avant la fin 2000,
les équipes de Greenpeace en surveillance près de l'usine et sur le
parcours des camions de plutonium (contenant à la fois du Mox et des
rebuts) ont pu constater, au contraire, une hausse du trafic de camions
remplis de rebuts retournant vers l'usine de La Hague. Greenpeace n'est
pas la seule à s'inquiéter de cette situation puisque la DGSNR
(Direction Générales de la Sûreté Nucléaire et de la Radioprotection,
organisme de l'état français) a mis Areva en demeure dans une lettre du
10 février 2005, de s'expliquer sur l'augmentation des déchets à
destination de La Hague (voir annexe 3). Greenpeace demande donc à
Areva de sortir de son insupportable silence pour répondre à des
questions simples qui concernent la sécurité et la santé de l'ensemble
des citoyens français :
Quelle est réellement la situation dans l'usine de Melox et quelles
sont les difficultés rencontrées pour assurer la fabrication du Mox ?
Quand le transfert de Mox, annoncé pour fin janvier/début février, aura t-il enfin lieu ?
Pourquoi, dans son soucis de "transparence" légendaire, Areva ne
publiera-t'elle pas très prochainement un calendrier prévisionnel de ce
transfert afin d'informer élus et populations sur le trajet de ce
convoi à haut risque ?
"Areva ne peut plus berner l'opinion avec son programme pour la paix. Elle doit d'abord répondre à des questions simples et légitimes sur ses propres capacités avant de vouloir donner des leçons. En outre, aux USA et en Russie les difficultés s'accumulent. D'un point de vue financier bien entendu mais également, d'un point de vue social : un récent sondage a montré que 83% de la population s'oppose à la création d'une usine de Mox à Tomsk en Sibérie", rappelle Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire à Greenpeace France. "Il faut immobiliser ce plutonium et le noyer dans des déchets de très haute activité et prohiber son transport où sa réutilisation qui contribuent à la prolifération nucléaire mondiale. Chaque année, Areva produit l'équivalent de deux bombes de la puissance de Nagasaki par jour."
Note :
1 - LE MOX N'EST PAS UNE SOLUTION A L'ELIMINATION DU PLUTONIUM MILITAIRE RUSSE PU AMERICAIN.