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Paris, France — Un hémicycle au trois quart désert, à peine une cinquantaine de sénateurs plus ou moins attentifs, arguments éculés et clichés en faveur des organismes génétiquement modifiés (OGM)... Le débat du projet de loi réglementant les mises en culture d'OGM s'est ouvert le 21 mars au Sénat dans une atmosphère pour le moins délétère. "On assiste à une caricature de débat. Il est consternant de réaliser à quel point les sénateurs sont peu informés sur un sujet qui touche autant les Français", déplore Arnaud Apoteker, responsable de la campagne OGM de Greenpeace France, qui faisait partie de la délégation d'une douzaine de représentants des anti-OGM autorisés à assister aux discussions.

Sous les fenêtres du palais du Luxembourg s'était tenu quelques heures plus tôt un pique-nique réunissant tous les opposants au projet de loi. Des associations (Greenpeace, les Faucheurs volontaires, la Confédération paysanne, Attac...) et aussi plusieurs dizaines d'élus : Laurent Fabius (député socialiste de Seine maritime), Dominique Voynet (sénatrice Verte de Seine-Saint-Denis), Noël Mamère (député Vert de Gironde), et des maires ayant pris des arrêtés municipaux anti-OGM comme Joël Labbé (Saint-Nolff, Morbihan) ou Jean Sabench (Riols, Gers).

"Les élus locaux, qui élisent les sénateurs, se mobilisent toujours plus nombreux contre les mises en culture d'OGM, rappelle Arnaud Apoteker. Attention aux sénateurs qui comptent donner le change en proposant des amendements bidons." Durant toute la durée des discussions, Greenpeace va suivre avec attention et rendre publiques les prises de position des élus. La droite sénatoriale semble unanime à soutenir le texte. A gauche, communistes, socialistes et Verts ont d'ores et déjà affirmé qu'ils voteraient contre.

Florilège de ce qui s'est dit hier au Sénat (compte rendu des débats dans leur intégralité sur www.senat.fr)

-    Jean Bizet, sénateur UMP de la Manche et rapporteur du projet de loi : "Notre avance s'est érodée et la recherche est actuellement dominée par quelques grands groupes américains. Il est urgent de relancer la recherche française." "Je suis très frappé, par exemple, de voir que certains opposants aux O.G.M. affirment, sur la base d'un sondage qu'ils ont récemment commandé, que 78 % des Français seraient hostiles aux O.G.M. : 78% des Français sont-ils hostiles au vaccin luttant contre le virus de la grippe aviaire H5N1 ? Je ne le crois pas et pourtant il s'agit bien d'un O.G.M."

-    Jean-Claude Gaudin, sénateur UMP des Bouches-du-Rhône : "L'amélioration génétique des plantes est menée depuis des millénaires. Les bas-reliefs perses représentent déjà le sélectionneur muni d'un pinceau déposant du pollen sur une fleur de figuier. Les pratiques transgéniques sont diabolisées au nom du principe de précaution."

-    Bernard Barraux, sénateur UMP de l'Allier :  "Les gens de ma génération en ont vu et entendu d'autres. Les premiers poulets élevés en batterie ont eu bien mauvaise réputation. Puis les antibiotiques et les hormones ont fait redouter les métamorphoses les plus suspectes du genre humain. Les sujets douteux n'ont pas manqué ces vingt dernières années et il fallait avoir un solide appétit pour continuer de manger en dépit de la listériose, du poulet à la dioxine, de la vache folle et maintenant de la grippe aviaire. (...) On n'a pas le droit de suspecter systématiquement toutes les formes de progrès."

-    Pierre Laffitte, sénateur RDSE des Alpes-Maritimes : "Capter le gaz carbonique à partir de centrales, faire usage de la biomasse, économiser l'eau en utilisant les océans : toutes possibilités qu'ouvrent les O.G.M., qui permettront à nos agriculteurs de participer activement au combat environnemental."