Paris, France —
Lettre ouverte à l'attention de Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, Madame la Ministre de l'Ecologie et du Développement Durable, Mesdames et Messieurs les députés.
Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le Ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie,
Madame la Ministre de l'Ecologie et du Développement Durable,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Nous vous appelons, par la présente, à manifester votre indignation et
votre ferme opposition face à ce qui constituent à nos yeux un abus de
pouvoir et une grave dérive du fonctionnement démocratique des
institutions européennes. La Commission européenne, hors de tout mandat
et sans respect des prérogatives des autres institutions européennes, a
décidé de procéder à l'affaiblissement des parties essentielles de la
législation REACH relative à la fourniture des informations de sécurité
(procédure d'Enregistrement), sans avoir laissé les membres du
Parlement européen et les Ministres du Conseil le temps de s'exprimer
sur le texte initial. Nous sommes particulièrement inquiets de voir un
pouvoir technocratique, sous l'influence des lobbies de l'industrie
polluante, se substituer à la voix des élus du peuple, sur une question
fondamental d'environnement et de santé publique.
Sept ans après le vœu du Conseil européen de réformer les
réglementations en vigueur sur la commercialisation des substances
chimiques, quatre ans après la rédaction du Livre Blanc, alors que le
projet de nouvelle législation REACH fait l'objet d'intenses débats au
Conseil comme au Parlement européens sur le point d'aboutir dans moins
de deux mois à des votes et décisions cruciaux, le Commissaire à
l'industrie Günter Verheugen vient de couper l'herbe sous le pied des
gouvernements et des parlementaires européens en soumettant une toute
nouvelle version du texte dont les ambitions sont considérablement
revues à la baisse. Si le contenu même de cette nouvelle proposition
est en soi fort préoccupant, car elle tourne le dos aux objectifs de
protection de la santé publique et de l'environnement, de protection
des travailleurs et de connaissance scientifique, la méthode elle-même
constitue un véritable putsch institutionnel et un précédent
inacceptable et inquiétant pour l'avenir de la démocratie européenne.
Depuis sa nomination, la nouvelle Commission, en la personne de son
Président Jose Manuel Barroso et de son Commissaire à l'industrie Mr
Verheugen avait multiplié les déclarations provocatrices sur le sort du
projet REACH construit par l'équipe précédente au terme d'un processus
difficile de 4 ans de négociations. Interpellé à plusieurs reprises sur
ces déclarations par les parlementaires européens et plusieurs ONG
citoyennes, Messieurs Barroso et Verheugen avaient pourtant juré de ne
pas interférer avec les travaux du Conseil et du Parlement européens.
Au mois de juillet, pourtant, des fuites au sein de la Commission
avaient alerté plusieurs ONG sur la préparation d'un tel sabotage de
dernière minute. Malgré tout, les experts des Etats membres et les
parlementaires restaient confiants dans l'impossibilité d'une telle
intervention et se rassuraient en estimant que la Commission se
préparait à répondre aux amendements futurs du Conseil et du Parlement,
prévus pour la fin de l'automne. Cette nouvelle version amendée de
REACH prétend se présenter comme un "texte de compromis" mais l'on est
en droit de se demander qui sont les acteurs d'un tel "compromis" alors
que ni les Etats membres, ni la commission parlementaire ENVI, en
charge du dossier REACH, n'ont pu encore se prononcer. En fait de
dialogue institutionnel et de compromis, c'est directement aux
exigences des lobbies industriels et de l'administration Bush que la
Commission européenne a répondu, sans mandat de la Présidence de
l'Union et du Conseil européens, et dans un parfait mépris des élus des
nations européennes et des revendications de la grande majorité de la
société civile, associations, syndicats, monde médical et scientifique.
Un tel comportement doit être sanctionné au risque, sinon de justifier
un fonctionnement totalement antidémocratique des institutions
européennes, de transformer les élus et les gouvernements en simples
figurants tandis qu'une super-administration se met au service
d'intérêts privés à court-terme. Faudra-t-il s'étonner de voir croître
en retour le sentiment anti-européen des citoyens français ?
Nous vous remercions de l'attention que vous porterez à cette Lettre
ouverte et de l'engagement que vous démontrerez à faire primer la
démocratie sur la loi du plus fort.
Co-signataires: Greenpeace,
Agir pour l'Environnement, Amis de la Terre, Confédération paysanne,
MDRGF, CNIID, ProAnima, SOS MCS, Mountain Riders, Ecoforum et Fondation
Sciences Citoyennes
Avec le soutien de l'ARTAC.