L'avenir du thon rouge s'assombrit. En novembre 2006 à Dubrovnik, la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (ICCAT) avait décidé une baisse graduelle du Total Autorisé de Captures (TAC) de 9% en 2007 jusqu'à 21% en 2010. Même si elles n'étaient pas à la hauteur des enjeux, c'est-à-dire de l'avenir de la ressource, ces mesures constituaient un premier pas. Dans la confusion, face aux vives protestations des pays pêcheurs, l'ICCAT avait renvoyé à plus tard le partage de ce TAC et l'élaboration des quotas...
C'est donc à Tokyo du 29 au 31 janvier qu'ont été distribués les tickets d'entrée sur la pêcherie pour les quatre années à venir. Les quelques points positifs produits à Dubrovnik ont été rayés dans la capitale japonaise.
32 410 tonnes de thon rouge devraient sortir de la Méditerranée en 2007 (contre 32 000 en 2006) alors que Dubrovnik n'en avait autorisé que 29 500 ! À Tokyo, deux pays ont refusé les quotas qui leur étaient proposés et se sont attribué d'office un tonnage qu'ils estiment légitime et minimal.
- La Turquie, qui se voyait proposer 918 tonnes, s'en est arrogé 1 950 supplémentaires.
- La Libye, à qui 1 280 tonnes étaient allouées, s'en est arbitrairement attribué 950 de plus.
«
Dubrovnik avait posé un contrat sur la tête du thon rouge de Méditerranée, Tokyo n'a fait que désigner les exécuteurs. L'avenir d'une espèce emblématique du bassin méditerranéen et des milliers d'emplois étaient pourtant en jeu » commente Stephan Beaucher, chargé de campagne Océans chez Greenpeace France.
En refusant d'écouter les appels de son propre comité scientifique à Dubrovnik, l'ICCAT a joué le jeu des deux « putschistes » ; en rejetant par avance toute enquête approfondie sur les acteurs de la surpêche, l'Union Européenne les a tacitement encouragés. La Libye, qui détient 60% des stocks, est désormais totalement maîtresse du jeu en Méditerranée. «
Les rébellions turque et libyenne ne gênent pas tant que cela l'Union Européenne, tant elle a besoin de thons pour faire tourner les fermes méditerranéennes » précise Stephan Beaucher.
L'Europe a été instrumentalisée par les intérêts privés de quelques dizaines d'armateurs et engraisseurs, aux dépens de sa mission affichée de préservation de la ressource. Dès lors, la publication le 27 février à Bruxelles des quotas par Etats membres ne tenait plus que de l'aménagement technique. La hiérarchie n'est en rien bouleversée : l'Europe reste la plus grande puissance en Méditerranée avec 57% ; l'Espagne reste en tête avec 5 568 tonnes, devant la France (5 493 tonnes) et l'Italie (4 336 tonnes). Ces trois pays supportent une baisse de 12,7% de leur quota respectif alors que le comité scientifique de l'ICCAT prônait une diminution de 50% des captures.
À l'issue de ce dernier épisode, la crédibilité de l'ICCAT vole en éclats ; l'Europe n'en sort pas grandie. Ces institutions ne sont plus que les paravents qui vont permettre à une minorité de thoniers senneurs de détruire, en trois à cinq ans, un stock qui nourrit les peuples méditerranéens depuis plus de 3000 ans.