Versailles, France —
Alors que le Tribunal de Grande Instance de Versailles a décidé de ne pas donner suite à la demande de l'Etat français de suspendre la procédure d'expertise indépendante de l'amiante à bord du Clemenceau, ce sont toutes les pièces de la stratégie française qui s'écroulent les unes après les autres.
La stratégie du silence d'abord. Depuis plus d'un an, l'Etat français a
mis toute son énergie à bloquer les procédures juridiques permettant
d'en savoir plus sur les quantités de produits toxiques à bord du
Clemenceau, seule manière de justifier un impossible chiffre de 45
tonnes d'amiante restante. Le TGI vient de sonner le glas de la
dictature du silence.
La stratégie de l'exception juridique ensuite. C'est maintenant la
Commission européenne qui enquête sur le dossier Clemenceau et menace
la France de saisine de la Cour européenne de justice, la soupçonnant
de violer les directives européennes sur le transport des déchets
dangereux, qui traduisent dans le droit européen les règles de la
Convention de Bâle.
La stratégie du mépris des travailleurs indiens enfin, sur le mode "un sale boulot vaut mieux que pas de boulot du tout".
Dans une conférence de presse tenue aujourd'hui, les syndicats indiens
(All India Trade Union Congress -AITUC-, Centre of Indian Trade Unions
-CITU- et New Trade Union Initiative –NTUI) ont annoncé le lancement
d'une campagne de mobilisation pour stopper l'entrée du Clemenceau dans
les eaux territoriales indiennes qui pourrait atteindre son apogée lors
de la visite du Président Chirac en Inde dans moins de trois semaines
(visite du 19 et 20 février). Les déclarations des syndicats indiens
sont extrêmement dures et condamnent l'arrogance et les mensonges de
l'Etat français. Ils ont plaidé pour la décontamination du Clemenceau
en France.
"La stratégie française menée par le
ministère de la défense au nom de l'Etat français tourne à la déroute.
Les pièces d'une stratégie improvisée, niant le droit européen –et donc
français- et le droit international, méprisant la fierté des
travailleurs indiens et sous-estimant incroyablement la capacité de
l'opinion publique française et indienne à refuser l'inacceptable,
tombent l'une après l'autre. Encore combien de temps le Président de la
République laissera-t-il la France se crédibiliser et se
ridiculiser ?" s'interrogent les porte-parole d'Andeva, Ban Asbestos, Comité anti-amiante Jussieu et Greenpeace.
Ci-après : les principales citations des organisations syndicales indiennes:
Le All India Trade Union Congress (AITUC), le Centre of Indian Trade
Unions (CITU) et le New Trade Union Initiative (NTUI), les principales
organisations syndicales indiennes ont organisé ce matin à New Delhi
une conférence de presse où elles ont tenu des propos extrêmement durs
à l'encontre du gouvernement français. Elles ont également annoncé
qu'elles mèneraient des actions de protestation pour empêcher l'accès
du Clemenceau dans les eaux territoriales indiennes.
"La manière dont le gouvernement
français a menti aux autorités indiennes sur le tonnages global
d'amiante et les quantités de produits toxiques présentes à l'intérieur
du Clemenceau est abominable. Plus grave, les autorités n'ont pas mené
d'inventaires préalables avant les travaux. Une procédure pourtant
obligatoire dans le cadre de la convention de Bâle et de la législation
indienne" a indiqué PK Ganguly, responsable du CITU.
"Le gouvernement français a
délibérément menti aux autorités égyptiennes en leur présentant de
vieux documents afin d'obtenir le passage dans leurs eaux
territoriales. Nous ne laisserons pas ce bateau entrer dans les eaux
indiennes avant qu'une décontamination préalable ne soit faite et que
les informations concernant la réelle toxicité du navire soient rendues
publiques", a rajouté le responsable.
"La structure du bateau est composée
d'un cocktail de produits chimiques incluant de l'amiante et des PCP
auquel seront exposés nos travailleurs qui participeront au
démantèlement du navire à Alang, explique H Mahadevan responsable de l'AITUC. Nous
sommes particulièrement concernés par leur sécurité et leur santé. Nous
demandons donc par conséquent que le bateau soit décontaminé en France
avant qu'un tiers n'examine la coque avant de le laisser entrer dans
les eaux territoriales".
Dans une lettre adressée au premier ministre Mr Manmohan Singh le 14
janvier dernier, les organisations lui ont demandé d'intervenir
urgemment dans ce dossier. "Le
gouvernement indien peut-il rester silencieux sur la manière dont l'on
joue avec la santé et la vie de ses ouvriers ? La santé et la vie
des ouvriers de ce pays pèsent-elles si peu pour son gouvernement ?" s'est interrogé D Thankappan, responsable du NTUI.