Le jour s'achève sur la Conférence ...
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Bali, Indonesie —
Voilà, c’est fini.
Avant de dresser un bilan de ces deux semaines, je vais tout de même vous résumer les dernières journées, de jeudi et vendredi.
Personnellement, j’ai assisté jeudi à deux « side events », l’un sur le nucléaire et l’autre sur le Grenelle de l’Environnement, animé par Jean-Louis Borloo (sur le papier, puisqu’il s’est éclipsé après l’introduction laissant sa Secrétaire d’Etat Nathalie Kosciusko-Morizet se dépatouiller en anglais…).
Rien de réellement nouveau concernant le nucléaire, ceci dit ça valait le coup pour entendre de la bouche d’experts ce qu’on lit un peu partout. Quant au Grenelle, je résumerais la présentation qui en a été faite par deux citations. La première d’un député européen allemand, qui est intervenu pour se dire « heureux que les Français aient découvert l’Ecologie » (je rappelle que le sujet est au cœur des préoccupations allemandes depuis bien plus longtemps). La seconde d’Al Gore, qui selon NKM, aurait dit « il faut un Grenelle mondial », en français, avec un accent anglais épouvantable.
Al Gore, justement. Nous avons eu la chance d’assister à sa conférence de presse, et croyez-moi c’est un des moments que je retiendrai le plus.
Pour ce qu’il a dit, d’abord. Exhortant les pays en voie de développement à anticiper où se trouveront les Etats-Unis dans deux ans, et ainsi à ne pas attendre que ces derniers démarrent pour agir, à l’image d’un joueur de hockey qui lance en profondeur son coéquipier. Dénonçant l’attitude de son propre pays. Et soulignant à quel point il serait absurde de craindre aujourd’hui un conflit de territoire franco-allemand, pourtant à l’origine de l’Union Européenne 50 ans plus tôt. Ce qui suggère qu’il sera peut être absurde, dans 50 ans, de se battre pour que les pays limitent leurs émissions de CO2.
Mais ensuite et surtout pour ce qu’il représente. La communauté internationale, si tant est qu’elle existe, n’a pas de leader en matière d’environnement. Les Etats-Unis, qui jouent habituellement ce rôle dans les autres domaines, sont ici le fossoyeur du progrès. Or Al Gore est américain, parle sans concessions délivré qu’il est de toute contrainte diplomatique, et fait véritablement figure de messie.
C’est ce que j’ai ressenti à travers les applaudissements interminables, la manière dont il a été présenté («le seul ambassadeur international pour le climat »), et l’atmosphère qui régnait dans la salle. C’est émouvant de se rendre compte que les populations ont toujours besoin de se ranger derrière un guide en qui ils peuvent incarner leur message, et confier la responsabilité de sa diffusion. Il s’agit d’Al Gore, mais cela aurait pu être un autre.
Aujourd’hui vendredi, le principal évènement pour nous jeunes délégués fut la lecture du « Youth speech », que j’avais aidé à rédiger. Il a été longuement applaudi, peut être pour son contenu, sans doute parce qu’il venait des jeunes (d’autant qu’une petite fille de 10 ans a lu un poème à la fin), et manifestement pour l’émotion avec laquelle la représente indonésienne a délivré la partie qui lui revenait.
Et j’ai finalement eu l’occasion de rencontrer Monsieur Borloo, et de témoigner de votre engagement et de vos actions ! Il nous a encouragés à continuer, et a accepté de recevoir un éventail aux couleurs de Solar Generation sur lequel est écrit « I am a Kyoto fan », jeu de mots puisque « fan » en anglais signifie éventail…
Sachez que s’il a pour l’instant tergiversé lorsqu’il a fallu s’engager clairement sur 30% de réductions d’émissions d’ici 2020 (la France promet entre 20 et 30%), il a joué un rôle clef dans la manœuvre de l’Union européenne qui a consisté à refuser les négociations parallèles proposées par les Etats-Unis aux autres nations développées dans le but de gagner du temps. Ces réunions auront lieu « pourquoi pas » mais à condition d’un accord de principe des États-Unis sur des objectifs chiffrés, le principal obstacle à l’heure où je vous écris. Fin du suspense ce soir minuit heure locale. Peu probable toutefois que les Etats-Unis changent d’avis sous l’administration Bush, mais les élections américaines approchent...
On peut d’ores et déjà conclure que cette conférence de Bali a définitivement ancré l’idée qu’il faut agir, et vite. Et qu’il s’agit d’une opportunité unique de créer une « conscience mondiale ».
On ne saura si le bilan est positif que rétrospectivement, mais l’Europe, qui a finalement endossé le rôle de leader qui lui revenait, négocie actuellement avec les pays en voie de développement sur le principe d’accords chiffrés, entre 25 et 40%.
Quant à moi, je n’oublierai pas de si tôt cette expérience, tant les informations à enregistrer se bousculent. Si je pouvais avoir servi à faire tomber un cliché : Ce n’est pas vrai, les délégués ne sont pas inactifs. J’ai pu mesurer à quel point il est difficile de s’accorder lorsqu’autant de pays et de cultures sont en jeu. Et si on a souvent l’impression que les discours interminables se succèdent sans action concrète derrière, c’est le signe d’un monde en bonne santé, capable de fonctionner de manière relativement démocratique.
Reste à savoir si c’est aussi signe d’efficacité…réponse à Copenhague en 2009, via Poznan (Pologne) 2008.
J’espère avoir su vous retranscrire au mieux mes impressions, et remercie infiniment Clémentine et toute l’équipe de Solar Generation de m’avoir permis de m’endormir tous les soirs à Bali, pour cette 13ème conférence des Nations Unies sur le climat. Réveil dimanche 16 décembre, 6 heures du matin, Paris Roissy : Gare au refroidissement climatique !
A bientôt
Augustin Guilbert-Billetdoux