La fin de la nature ?

Actualité - août 23, 2012
Mi-août, Greenpeace Russie, le comité « Save the Petchora" et Iz'vatas avaient organisé une conférence sur les peuples autochtones de l'Arctique. Lieu de l'événement: Oussinsk dans la république russe de Komi, là où l'industrie pétrolière est responsable pour une catastrophe environnementale. Jon Burgwald, campaigner chez Greenpeace, raconte ses impressions de la conférence.

Ajout de blogue par Jon Burgwald, Greenpeace International

Ce n’est pas la première fois que je visite la ville de Oussinsk dans le nord de la Russie, alors je ne devrais pas être surpris – mais encore une fois, je suis horrifié.

Je suis venu ici au mois de mai pour documenter avec mes collègues de Greenpeace Russie les conséquences néfastes des déversements de pétrole dans ce pays naguère si beau.

Je n’y suis pas retourné parce que je m’ennuyais de la puanteur du pétrole, ni de la vue des flammes et de la fumée noire s’élançant vers le ciel, ni des maux de tête constants causés par les substances chimiques :  j’y suis retourné parce que j’avais l’opportunité de faire quelque chose de bien ici et peut-être de donner un coup de main aux Peuples autochtones de la Russie.

jeudi 23 août 2012

© Greenpeace

 

Nous avons invité des représentants de toutes les régions de l’Arctique russe, ainsi qu’un représentant du Groenland et une autre du Delta du Niger. Nous les avons invités à cette Conférence des Peuples autochtones de l’Arctique pour leur montrer ce qui se passe à Oussinsk, mais surtout pour qu’ils puissent unir leurs efforts dans la lutte contre les grandes compagnies pétrolières qui ravagent leurs terres.

Pendant cette conférence qui a duré trois jours, nous avons écouté le témoignage des chasseurs de caribou dont le style de vie a été profondément perturbé par l’industrie pétrolière. Nous avons écouté aussi l’histoire d’Alice Ukoko, qui vient du Nigeria où ses concitoyens sont en train de mourir à cause de la même négligence dont fait preuve l’industrie pétrolière, notamment Shell. Nous avons entendu le récit d’un homme dont le frère est mort en nettoyant un déversement de pétrole à Oussinsk en 1994. Finalement, nous avons entendu les témoignages d’un législateur du Parlement de Saami et d’un chercheur qui a aidé à modéliser un déversement de pétrole sur terre. Ses recherches montrent les conséquences catastrophiques qu’un déversement en haute mer aurait sur les côtes et sur la glace en Arctique.

Nous avons même entendu le témoignage du chef de la division environnementale de Luk-Oil, qui nous a invités à voir les opérations de nettoyage sur le terrain. Ce fut peut-être le moment le plus bouleversant : après avoir suivi notre autobus d’un déversement à l’autre, il nous a invités à voir le côté « vert » de Luk-Oil. Nous avons cru que nous allions assister à une autre séance de « greenwashing », mais ce ne fut pas le cas. Il nous a conduits au site du plus grand déversement de pétrole : un lac immense, noir, dégoulinant de pétrole à perte de vue. Rien ne l’empêchait de s’étendre. Je peux encore sentir les fumées toxiques.

jeudi 23 août 2012

© Greenpeace

 

Aussi renversant que tout cela puisse paraître, ce n’est pas la raison principale de mon étonnement. Je suis consterné en fait de constater que je n’étais point préparé pour cette descente aux enfers. J’avais été déjà témoin de cette destruction, mais ma conscience n’a pas su me préparer pour affronter la réaction viscérale de mes sens. Quand on regarde, sent et goûte les vapeurs qui émanent d’un énorme réservoir d’eau toxique, notre réaction n’est plus contrôlée par notre cerveau, mais plutôt pas notre instinct. Cette énorme flaque d’eau, si l’on peut l’appeler ainsi, est utilisée dans les champs pétroliers et ensuite pompée dans un autre réservoir où elle anéantit toute forme de vie, avant de s’écouler dans la rivière qui autrefois était source de joie et nourriture pour les habitants de la région.

L’inhumanité et la flagrante indifférence envers l’environnement et la vie m’ont frappé d’une façon inattendue – surtout parce que je me croyais bien préparé ! Qui est capable d’infliger cette souffrance à ses propres concitoyens, à sa propre terre, à sa propre faune, à ses propres forêts ? Pour moi, c’est incompréhensible. Je ne m’y habituerai jamais, je n’y serai jamais assez préparé. Personne ne devrait accepter cette corruption et ce dédain pour la vie. Un des participants a conclu : ce que nous contemplons n’est pas une catastrophe environnementale – c’est la fin de la Nature.