Actualité - janvier 5, 2012
L’Autorité de Sûreté Nucléaire française (ASN) a rendu public son rapport sur les évaluations complémentaires de sûreté menées par les exploitants (Areva, EDF, CEA) à la suite de l’accident de Fukushima. Ses conclusions sont pour le moins curieuses. D’un coté, l’ASN assure « que les installations examinées présentent un niveau de sûreté suffisant pour qu’elle ne demande l’arrêt immédiat d’aucune d’entre elles ». Mais parallèlement, elle indique que sur le seul périmètre inondation/séisme pris en compte, plusieurs milliards d’euros de travaux seront nécessaires pour que les installations nucléaires satisfassent ces exigences.
Les sites nucléaires français ne sont pas sûrs
Malgré les mises en garde de l'ASN concernant des failles de sécurité, la centrale nucléaire de Dampierre est toujours en fonctionnement.
© Micha Patault / Greenpeace
L’activité se maintiendra même dans les centrales vieillissantes de Fessenheim et du Bugey. On sait pourtant que dans les deux cas la résistance de ces installations aux tremblements de terre a été largement sous évaluée et qu’il s’agit des plus anciens réacteurs mis en service en France. L’expert allemand, Monsieur Dieter Majer, qui a analysé le rapport sur le «stress test» de la centrale nucléaire de Cattenom pour le compte du gouvernement luxembourgeois, a conclu que la centrale de Cattenom présente plusieurs défaillances et que les stress tests ne prennent pas en comptent tous les risques qui peuvent provoquer une catastrophe majeure. N'oublions pas que la centrale de Cattenom est située à proximité de la frontière du Luxembourg et qu'elle menace directement la population de notre pays en cas d’accident.
Le niveau de sécurité actuel des centrales nucléaires françaises est insuffisant, sans quoi l’ASN ne demanderait pas la réalisation rapide de travaux. Ajoutons que ce récent rapport ne prend en compte que les risques liés à des tremblements de terre et à des inondations. Or ces facteurs naturels sont loin d’être les seuls dangers menaçant les installations nucléaires. Intrusion humaine, chute d’avion, virus informatique : de nombreuses autres menaces rendent les sites nucléaires vulnérables. Greenpeace l’a prouvé le 5 décembre dernier en parvenant à s’introduire et à rester sur deux centrales et à atteindre le point le plus sensible : le bâtiment réacteur.
La question se pose alors est de savoir si les politiques vont investir des milliards sur la sécurité des centrales pour prolonger la durée de vie du parc nucléaire. Faut-il continuer à soutenir une technologie polluante, dangereuse pour l’homme et de plus en plus coûteuse, plutôt que d’avoir enfin le courage de s’orienter vers les énergies renouvelables? Aux responsables politiques de décider s'ils investissent dans une technologie qui restera dangereuse pour l'homme ou dans la transition énergétique.
Le gouvernement français en place semble avoir déjà fait son choix : le ministre de l’Industrie vient d’annoncer une réunion avec les exploitants nucléaires pour définir concrètement le déroulement des travaux. L’État continue ainsi à développer sa politique énergétique rétrograde sans prendre en compte l’avis des Français et des pays voisins. La France est en train de rater une opportunité industrielle et économique unique : la transition énergétique, créatrice de croissance et d’emplois.
Lire le rapport de l’expert allemand Dieter Majer.