Les centrales très mal protégées face aux actes de malveillance

Communiqués de presse - octobre 10, 2017
Les centrales nucléaires qui nous entourent sont une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. Un nouveau rapport d'experts indépendants, remis aux autorités aujourd’hui, met en cause la sécurité des installations nucléaires françaises et belges en pointant du doigt leur vulnérabilité face aux risques d'attaques extérieures. Ces experts sont particulièrement inquiets concernant certaines installations des centrales françaises : les piscines d'entreposage des combustibles nucléaires usés. Alors qu'elles peuvent contenir le volume de matière radioactive le plus important au sein des centrales, ces piscines sont très mal protégées. N'attendons pas les bras croisés que le pire arrive : parlons-en et agissons.

                                               

Que contient ce rapport ?

 

Ce rapport, parce qu’il contient des informations sensibles relatives à la sécurité des installations nucléaires françaises et belges, ne sera pas rendu public. Il a été remis aujourd’hui par Greenpeace aux autorités compétentes en matière de sécurité nucléaire, pour les alerter sur le problème.

Les experts indépendants qui ont contribué à la rédaction de ce rapport ont passé en revue les centrales nucléaires en France et en Belgique, en s’intéressant plus particulièrement à la capacité de résistance des piscines d’entreposage des combustibles nucléaires usés en cas d’acte de malveillance visant ces installations.

Ces piscines sont très nombreuses : avec 58 réacteurs en France, il y a donc 58 piscines d’entreposage des combustibles nucléaires usés.

 

 

Les piscines, talon d’Achille des centrales nucléaires françaises

Les piscines d’entreposage du combustible usé, encore appelées « piscines de désactivation », servent à refroidir le combustible nucléaire après son exploitation dans le cœur du réacteur. À sa sortie du réacteur, le combustible est encore très radioactif et dégage de la chaleur. L’eau de ces bassins joue donc un rôle de radioprotection et de dissipation de chaleur. Au bout de quelques années de refroidissement, une infime partie de ce combustible sera « retraitée », le reste étant en attente d’une solution de stockage ultime.

Ces piscines d’entreposage des combustibles nucléaires usés peuvent donc contenir plusieurs centaines de tonnes de combustible, c’est-à-dire de matière radioactive, soit l’équivalent de deux à trois fois le cœur de leur réacteur.

En cas d’attaque extérieure, si une piscine est endommagée et qu’elle perd son eau, le combustible n’est plus refroidi et c’est le début d’un accident nucléaire : de la radioactivité s’échappe massivement dans l’atmosphère, avec des conséquences radiologiques très graves.

Alors que le bâtiment réacteur est doté d’une enceinte de confinement renforcée, les piscines du combustible usé sont très mal protégées.

Des intentions criminelles avérées sur les installations ou activités nucléaires

À l’époque où ces installations nucléaires ont été mises en service, il y a une quarantaine d’années, les menaces identifiées n’étaient pas les mêmes. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, nous sommes face à une nouvelle situation géostratégique. Nous le savons tous : le climat est aujourd’hui tendu, au point qu’un individu isolé ou une organisation criminelle détachée de tout État peut avoir une capacité de malveillance à laquelle les mesures de sécurité conventionnelles ne permettraient pas de faire face.

Or, ces dernières années, des individus dotés d’intentions criminelles ont bien montré des signes d’intérêt pour des installations ou activités nucléaires. 

Ce risque qui plane sur les centrales nucléaires ne peut être ignoré plus longtemps. En France, l’exploitant des centrales, EDF, doit prendre ses responsabilités et arrêter de mettre en danger les Français et leurs voisins européens. Des travaux de sécurisation de ces parties des centrales s’imposent. Il en va de même en Belgique, où les piscines des centrales de Doel et de Tihange, exploitées par Engie, sont tout aussi mal protégées.

Impressum: Cet article est paru sur Greenpeace France, le 10 octobre 2017.