La contamination radioactive ne disparaît pas du jour au lendemain

Actualité - avril 8, 2011
En 1986, l’accident de Tchernobyl a provoqué l’émission d’une très grande quantité de radioactivité. Aujourd’hui, soit 25 ans plus tard, des régions entières d’Ukraine, de Biélorussie et de Russie restent contaminées… Même si l’attention du monde s’est détournée.

Annya est née en 1990 à Zakopytye, un village fortement contaminé par l'accident nucléaire de Chernobyl en 1986. Une tumeur cancéreuse au cerveau diagnostiqué à l'âge de quatre ans a marqué la fin de l'enfance et le début d'une vie de douleur et de maladie pour Annya.

En mars 2011, Greenpeace a envoyé une équipe de scientifiques dans une région d'Ukraine, dans l'objectif de réaliser des analyses sur des échantillons de produits alimentaires. Ces analyses ont démontré que certains aliments de base, produits ou cultivés dans la région, sont encore aujourd'hui contaminés par la radioactivité. 

L'accident de Tchernobyl est à l'origine de la contamination radioactive qui perdure dans certaines régions d'Ukraine. Pourtant, vingt-cinq ans plus tard, le gouvernement ukrainien a décidé d'interrompre toutes mesures de suivi.

La radioactivité rejetée suite aux explosions de la centrale nucléaire s'est répandue dans de nombreux pays, causant de sérieux problèmes. On estime qu'en Ukraine, 18 000 km2 de terres agricoles ont été contaminés, ainsi que 40 % des forêts (soit 35 000 km2).

Mais la radioactivité est invisible. Aussi, de nombreux habitants ont simplement continué de manger des fruits et des légumes, des champignons ou encore des baies cultivés dans des régions affectées par l'accident. La dose de radioéléments que ces personnes ont ingérée serait deux à cinq fois supérieure aux normes acceptables.

L'une des principales inquiétudes portait sur le rejet, le déplacement et le dépôt du césium 137, un radionucléide à longue durée de vie qui peut s'infiltrer dans la chaîne alimentaire et contaminer le lait, le poisson et d'autres produits destinés à la consommation. Au cours des années qui ont suivi l'accident, le gouvernement ukrainien a régulièrement procédé à des analyses sur les aliments produits dans les zones contaminées, et les résultats de ces mesures étaient publiés par le ministère des Situations d'urgence et de la Protection de la population. Mais depuis deux ans, ces analyses ne sont plus effectuées, et les jeux de données à long terme ne sont donc plus complétés.

Quel est le niveau de contamination alimentaire, 25 ans après l'accident? En mars 2011, une équipe de scientifiques de Greenpeace se rend en Ukraine et effectue des analyses.

Afin d'évaluer la situation actuelle, Greenpeace a développé et effectué une étude pilote sur la contamination en radionucléides de denrées alimentaires, produites dans certaines régions d'Ukraine. En mars 2011, une équipe de scientifiques de Greenpeace s'est ainsi rendue dans plusieurs localités des oblasts de Rivne et de Jitomir, et a prélevé des échantillons d'aliments produits sur place et composant le régime alimentaire traditionnel. À des fins de comparaison, des échantillons ont également été prélevés dans plusieurs endroits de l'oblast de Kiev et de ses environs. Au total, l'équipe s'est procuré 114 échantillons, soit sur les marchés locaux, soit directement auprès d'agriculteurs.

L'étude portait sur des régions où une contamination avait été décelée lors de précédentes mesures de suivi. Toutefois, il convient de préciser que l'objectif n'était pas de fournir une description exhaustive de l'étendue de la contamination alimentaire dans une région donnée, ni dans l'ensemble du pays, mais plutôt de mettre en évidence le fait que, un quart de siècle après la catastrophe, des niveaux de radioactivité anormaux sont toujours détectés sur plusieurs types de produits alimentaires qui constituent la base de l'alimentation des populations locales.  

Il est encore trop tôt pour relâcher les efforts: des produits alimentaires clés sont toujours contaminés, d'après les résultats de l'étude.

D'après l'analyse des échantillons prélevés sur le terrain par les scientifiques de Greenpeace, certains produits alimentaires cultivés dans la région sont toujours contaminés. Si le césium 137 semble être le principal composant de cette contamination, au moins un des échantillons suggère la présence d'autres radionucléides à longue durée de vie.

Résumé des principaux résultats de l'analyse menée par Greenpeace sur la contamination des aliments (niveaux de contamination dépassant les normes ukrainiennes fixées par le ministère de la Santé ukrainien en 2006) [1]

Lait et produits laitiers

  • Sur les 15 échantillons prélevés dans le village de Drozdyn (région de Rivne), 14 dépassaient de 1,2 à 16,3 fois la concentration en césium 137 acceptable définie pour les enfants.
  • Un échantillon prélevé dans la localité de Rudnya Zherevetska (région de Jitomir) affichait une radioactivité de 60 becquerels par litre (Bq/l), soit une concentration en césium 137 supérieure de 50 % à la norme acceptable de 40 Bq/l définie pour les enfants.

Champignons et baies sauvages

  • La radioactivité de deux échantillons de champignons séchés provenant de la région de Jitomir était supérieure aux normes réglementaires. Sur un échantillon prélevé dans la ville de Narodichi, une concentration en césium 137 de 288 000 Bq/l a été détectée, correspondant à 115 fois la limite fixée pour cet aliment. Il s'agit de la teneur en césium 137 la plus élevée de tous les échantillons analysés dans le cadre de l'étude.
  • Les niveaux de césium 137 relevés sur les champignons séchés du marché de Demydiv (région de Kyivska) étaient 4,4 fois plus élevés que les normes acceptables, tandis que la radioactivité des champignons séchés du marché de Novi Sokoly (oblast de Kiev) correspondait à 1,2 fois la limite de 2 500 Bq/kg définie pour les champignons séchés et les baies sauvages.
  • Les baies de la région de Jitomir présentaient aussi une teneur en césium 137 supérieure aux normes : 1,5 fois supérieure pour les myrtilles congelées, 4,4 fois pour la confiture de myrtilles et jusqu'à 4,8 fois pour les myrtilles séchées.
  • Sur les sept échantillons de champignons prélevés dans le village de Drozdyn (oblast de Rivne), six dépassaient de 1,3 à 7 fois les niveaux acceptables de césium 137.

Légumes-racines et autres produits alimentaires

  • Sur huit échantillons de carottes cultivées dans le village de Drozdyn, un échantillon présentait un niveau de césium 137 1,3 fois plus élevé que la norme acceptable.
  • Des teneurs en césium 137 entre 1,2 et 1,7 fois supérieures aux normes ont été détectées sur quatre des 15 échantillons de pommes de terre cultivées dans le village de Drozdyn.

Les résultats de ces analyses montrent que les populations et les villages affectés doivent être en mesure de bénéficier d'un soutien continu, et qu'il était probablement trop tôt pour mettre fin aux mesures de suivi de la radioactivité.

Greenpeace a identifié de nombreux échantillons dépassant les limites réglementaires de radioactivité, aussi bien pour les adultes que pour les enfants. Aussi, l'interruption du programme de suivi était donc à la fois prématurée et dangereuse.

Greenpeace réaffirme qu'il est urgent de procéder à une évaluation exhaustive et scientifique de la contamination en radionucléides des terres agricoles, mais aussi à la réhabilitation de tous les sols destinés à être de nouveau cultivés. Lorsque cela est possible, il faut également réhabiliter les zones de pâturage afin de prévenir tout danger pour la santé de la population ukrainienne qui, depuis 25 ans, consomme des aliments anormalement radioactifs.

Si toutes ces mesures incontournables ne sont pas mises en œuvre, la mise en culture de sols contaminés peut s'avérer dangereuse pour la santé. «Tchernobyl», ce n'est pas seulement la zone d'exclusion autour de la centrale: une région beaucoup plus grande a été touchée par la catastrophe, et continue d'être affectée aujourd'hui. Greenpeace demande à ce qu'un soutien soit apporté aux habitants de toutes les régions qui ont été touchées par la contamination, et à ce que ces populations continuent de bénéficier de ce soutien jusqu'à ce qu'elles puissent retrouver une vie normale, dans un environnement sain.



[1] Pour consulter l'ensemble des résultats, rendez-vous sur le site: www.greenpeace.org/field-findings-chernobyl-25.