Fukushima n'est pas une catastrophe naturelle

Les leçons de la catastrophe de Fukushima montrent que des millions de personnes sont exposées au danger du nucléaire

Communiqués de presse - février 29, 2012
Greenpeace a présenté ce matin lors d’une conférence de presse « Les leçons de Fukushima », un nouveau rapport qui montre que ce n'est pas seulement une catastrophe naturelle qui a conduit à la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima Daiichi au Japon, mais les échecs à la fois du gouvernement japonais, des régulateurs et de l'industrie nucléaire. Quelle est la principale conclusion à tirer de ce rapport? La catastrophe nucléaire est avant tout d'origine humaine et pourrait se répéter dans n'importe laquelle des installations nucléaires dans le monde, mettant des millions de personnes en danger.

Rianne Teule contrôle la contamination des cultures à Minamisoma, à 25km au nord de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Greenpeace travaille dans la région pour surveiller la contamination radioactive des aliments et du sol afin d'estimer les risques pour la santé et la sécurité auxquels la population locale est exposée. © Christian ijlund/Greenpeace

 

Bien que la tragédie du 11 mars ait été déclenchée par un tremblement de terre et un tsunami, la catastrophe de Fukushima a finalement été causée par l'attitude des autorités japonaises qui ont choisi d'ignorer les risques et d'accorder la priorité aux affaires plutôt qu'à la sécurité.

«Ce rapport montre que l'énergie nucléaire est dangereuse en soi, que les gouvernements sont toujours prompts pour dire oui au nucléaire, mais restent mal préparés dès que les problèmes surgissent et qu'il faut protéger efficacement les personnes contre une catastrophe nucléaire. Cela n'a pas changé depuis la catastrophe de Fukushima, aucune leçon n'a été tiré par les politiques : c'est pourquoi des millions de personnes continuent d'être exposés aux risques du nucléaire», a déclaré Roger Spautz de Greenpeace Luxembourg.

Greenpeace a commandé au Dr David Boilley, physicien nucléaire qui préside le  laboratoire français indépendant ACRO, au Dr David McNeill, correspondant au Japon pour «La chronique de l'enseignement supérieur» et d'autres publications, et à Arnie Gundersen, un ingénieur nucléaire, d'écrire un rapport portant sur «Les leçons de Fukushima». Le rapport, examiné également par le Dr Helmut Hirsch, un expert en matière de sûreté nucléaire, met en lumière trois idées importantes:

1) Les autorités japonaises et les exploitants de la centrale de Fukushima avaient complètement tort relativement aux hypothèses émises à propos des risques de survenue d'un accident grave. Les risques réels étaient connus, mais sous-estimés et ignorés.

2) Même si le Japon est considéré comme l'un des pays au monde les mieux préparés pour le traitement des catastrophes majeures, dans la réalité, la catastrophe nucléaire s'est révélée être bien pire que ce qui était prévu. Face à l'urgence, les plans d'évacuation ont totalement échoué pour protéger les gens.

3) Des centaines de milliers de personnes ont été profondément affectées par les évacuations afin d'échapper à la contamination radioactive. Elles ne peuvent pas reconstruire leur vie en raison d'un manque de soutien et de compensation financière. Pourtant, le Japon est un des trois seuls pays avec une loi rendant l'exploitant nucléaire responsable de la totalité des coûts d'une catastrophe. Mais les régimes de responsabilité et d'indemnisation prévues par la loi demeurent inadéquats. Un an après que la catastrophe ait commencé, les personnes touchées sont encore laissées à leur propre sort et les contribuables japonais finiront par payer la majeure partie des coûts.
 
Cette catastrophe était prévisible et prévue, mais elle est arrivée parce que les institutions  ont préféré protéger les profits de l'industrie nucléaire plutôt que les personnes. Plus grave encore, les autorités ont imprudemment fait pression pour redémarrer de manière précipitée les réacteurs : ce qui montre qu'elles n'ont rien appris de la catastrophe de Fukushima ; les personnes vont à nouveau être contraintes de payer pour les erreurs répétées de leur gouvernement.

Les personnes ne devraient pas être obligés de vivre avec le mythe du nucléaire sûr et avec l'ombre menaçante de la catastrophe nucléaire à venir. Le nucléaire sûr n'existe pas. C'est pourquoi l'énergie nucléaire doit être progressivement éliminée et remplacée par des investissements judicieux dans l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Cette approche permettra de créer des millions d'emplois durables, d'améliorer l'indépendance énergétique, de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de s'assurer que les personnes n'auront plus jamais à souffrir des retombées radioactives d'une catastrophe pourtant évitable.

Greenpeace exhorte le gouvernement japonais de ne pas redémarrer ses centrales nucléaires, d'être en faveur de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables, et de sortir de l'énergie nucléaire d'ici 2035.

Mais les gouvernements européens doivent également tirer les leçons de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Les premiers résultats des tests de résistance montrent que toutes  les centrales nucléaires européennes ont des points faibles et qu’une catastrophe majeure n’est pas à exclure en Europe. Un point important n’est d’ailleurs pas analysé dans le cadre des tests de résistance : les plans d’urgence externes. L’opacité des procédures à suivre en cas d’accident nucléaire laisse la population concernée totalement désarmée face à une situation critique. Les Plans Particuliers d’Intervention (PPI), qui ne sont pas les mêmes selon les types d’installations et les zones géographiques, modifient les procédures à appliquer suivant la distance du site. Elles sont ridiculement réduites au delà de dix kilomètres. Or Fukushima et Tchernobyl nous ont douloureusement fait la démonstration qu’en cas d’accident la contamination s’étend bien au-delà. Greenpeace exige des gouvernements européens d’inclure une analyse approfondie des plans d’urgence externes comme 3ème volet dans le cadre des tests de résistance.

Pour toute information supplémentaire : Roger Spautz ; tel : 54625227 ou 621 23 33 61

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