Captage et séquestration du carbone: un remède pire que le mal

Greenpeace s’oppose à la nouvelle centrale au charbon de la compagnie C.GEN dans laquelle ENOVOS (1) veut investir

Communiqués de presse - avril 28, 2009
Greenpeace a présenté ce matin lors d’une conférence de presse un nouveau rapport sur les risques du captage et de la séquestration du carbone et a attaqué les plans initiés par la société luxembourgeoise CEGEDEL qui entend investir dans une nouvelle centrale à charbon aux Pays-Bas.

cover Faux Espoir report

Piéger le CO2 et le stocker sous la mer ou dans la terre... L'idée pourrait sembler séduisante, mais le captage et la séquestration du carbone (CCS) posent de nombreux problèmes listés dans le rapport «Faux espoir. Pourquoi le captage et la séquestration du carbone ne sauveront pas le climat» que Greenpeace a publié.

Selon ce rapport, la technologie du captage et de la séquestration du carbone (CSC):

- ne sera pas prête à temps pour éviter les pires impacts des changements climatiques. Cette technologie ne sera pas disponible à grande échelle avant 2030. Pas question d'attendre jusque-là ! Selon le Giec, les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent diminuer à partir de 2015.

- gaspille l'énergie et réduit l'efficacité des centrales: si on adopte cette technologie, 10 à 30 % de combustibles fossiles supplémentaires devront être brûlés pour arriver à produire la même quantité d'énergie. Utilisé à grande échelle, cela risque d'annuler les gains d'efficacité des cinquante dernières années et d'augmenter d'un tiers la consommation des ressources fossiles.

- coûte très cher. Elle risque de doubler le coût de fonctionnement d'une centrale et, par conséquent, d'aboutir à une augmentation du coût de l'électricité de 21 à 91 %. De plus, les sommes consacrées au CCS réduiront d'autant les investissements pour les solutions durables aux changements climatiques.

- présente de nombreux risques. Il est impossible de garantir un stockage sûr et permanent du CO2. Cette technologie, si elle s'avérait inefficace sur le moyen ou le long terme, constituerait une menace pour la santé, les écosystèmes et le climat. L'importance de ces risques reste difficile à cerner précisément, mais stocker du carbone sous les mers risque par exemple d'accélérer l'acidification des océans et de nuire à de nombreux organismes, voire à des écosystèmes entiers, situés à proximité des zones d'injection.

«Au lieu d'investir de l'argent public dans un «remède» qui pourrait s'avérer pire que le mal, les décideurs politiques doivent miser sur les véritables solutions que sont l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables», a déclaré Roger Spautz de Greenpeace Luxembourg.

Greenpeace a également critiqué les plans initiés par la société luxembourgeoise CEGEDEL qui prévoient d'investir dans une nouvelle centrale au charbon aux Pays-Bas. Après E.ON, RWE et Electrabel, c'est la compagnie d'électricité belge C.GEN qui projette de construire avec la participation de CEGEDEL une nouvelle centrale au charbon à Maasvlakte près de Rotterdam.

La compagnie belge C.GEN qualifie cette centrale de «centrale électrique à hydrogène». Cependant, il est prévu d'y brûler principalement du charbon. Il s'agit donc bel et bien d'une centrale au charbon qui contribuera donc fortement à aggraver les problèmes climatiques en raison de ses émissions de CO2. Qui plus est, cette centrale au charbon doit être construite à moins de 2 km d'un quartier résidentiel, où l'air contient déjà plus de substances polluantes que le taux autorisé. Sans compter que les habitants de la Hollande méridionale devront participer aux frais de ladite centrale! Le projet de C.GEN est donc fort contestable.

«Les conséquences de cette centrale causeront d'importants préjudices pour le climat, l'environnement local, la santé des Rotterdamois et le portefeuille des habitants de la Hollande méridionale. Greenpeace va tout mettre en œuvre pour empêcher la construction de cette centrale au charbon», a déclaré Hans Altevogt, responsable de la campagne énergie de Greenpeace Pays-Bas.

Les centrales au charbon ne sont pas nécessaires

C.GEN affirme que cette centrale est nécessaire. Or, selon le gestionnaire du réseau national, TenneT, les Pays-Bas sont devenus eux-mêmes exportateurs d'électricité depuis 2009 grâce aux parcs éoliens sur terre et en mer, aux centrales à gaz et aux centrales biomasses qui ont déjà été construites. Les compagnies d'électricité telles que Eneco qui investissent dans les parcs éoliens en mer plutôt que dans le charbon, sont la meilleure preuve que les centrales au charbon ne sont absolument pas nécessaires.

Les experts du Giec affirment qu'il faut contenir l'augmentation globale de la température en deçà de 2 °C, si l'on veut éviter des dérèglements climatiques incontrôlables. Selon Greenpeace, relever ce challenge n'a rien d'impossible. En combinant mesures d'efficacité énergétique et développement massif des énergies renouvelables, on pourrait diviser par deux les émissions mondiales de gaz à effet de serre d'ici à 2050 et répondre à la moitié des besoins énergétiques mondiaux.

Lors de sa déclaration sur l'état de la nation, le Premier Ministre Jean-Claude Juncker a déclaré que «le gouvernement estime que la crise économique peut profiter à l'environnement car elle constitue une chance pour les énergies alternatives et pour la sortie graduelle de la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles».

«Greenpeace lance un appel solennel au gouvernement, l'actionnaire majoritaire dans la nouvelle société ENOVOS, d'abandonner le plan initié par CEGEDEL d'investir dans la centrale au charbon de C.GEN et de s'engager pleinement dans les énergies renouvelables comme ils le revendiquent eux-mêmes», a conclu Roger Spautz.

Other contacts:

Roger Spautz, chargé de la campagne climat énergie de Greenpeace Luxembourg: tel: 54 62 52 27 ou 621 23 33 61
Hans Altevogt, responsable de la campagne énergie de Greenpeace Pays-Bas: tel: 0031 625 03 10 02
Daniela Pichler, chargée de communication: tél. 621 25 21 99

Notes:

(1) ENOVOS est la nouvelle société issue de la fusion entre CEGEDEL, SOTEG et Saar Ferngas. L’Etat luxembourgeois est l’actionnaire majoritaire avec 28% plus 11% pour la SNCI.