Greenpeace a deployé un voile sur la façade de la Banque mondiale à Paris sur lequel on peut lire "Non au pillage des forêts du Congo"
Intitulé "Le pillage des forêts du Congo" (1), ce rapport
accablant - qui dénonce la corruption endémique et l´impunité dont
profite le secteur forestier en RDC - est publié alors que des
décisions capitales pour l´avenir de ces forêts sont sur le point
d'être prises (2). Une réunion importante de la Banque Mondiale est
par ailleurs attendue dans les prochains jours (3). Si la Banque
tente de faire passer l'exploitation industrielle de la forêt comme
une contribution à la réduction de la pauvreté, les conclusions du
rapport de Greenpeace sont formelles: les efforts de la Banque pour
contrôler l´industrie forestière en RDC sont un échec cuisant.
Les forêts du Bassin du Congo constituent le deuxième plus grand
massif de forêts tropicales au monde, après l´Amazonie, et sont
d´une importance capitale pour la protection du climat. Les
émissions résultant de la déforestation tropicale représentent
jusqu'à 25% des émissions mondiales annuelles de CO2 d'origine
anthropique. On estime que d'ici à 2050, la déforestation en RDC
pourrait provoquer l'émission de 34,4 milliards de tonnes de CO2,
à peu près l'équivalent des émissions du Royaume-Uni au cours des
soixante dernières années (4).
"C´est maintenant que tout se joue pour les forêts tropicales de
la RDC. Les sociétés forestières internationales y opèrent en
dehors de tout contrôle. Si la Banque mondiale n'aide pas la RDC,
ces forêts vont être livrées aux tronçonneuses", souligne Stephan
Van Praet, coordinateur de la campagne 'Forêts africaines' pour
Greenpeace International.
Depuis 2002, plus de cent nouveaux contrats, couvrant une
superficie de plus de quinze millions d´hectares de forêts (soit
cinquante fois le Luxembourg), ont été signés en faveur des
sociétés forestières (5). Et ce, en dépit d'un moratoire sur
l'octroi de nouvelles allocations forestières en RDC. Une grande
partie de la forêt tropicale ainsi offerte à l'exploitation
industrielle est d'une importance capitale en termes de
biodiversité et la survie de nos plus proches cousins, les bonobos
et les chimpanzés.
Quarante millions de personnes dépendent des forêts en RDC. Très
peu d'entre elles retirent des bénéfices de l´exploitation
forestière. La Banque mondiale reconnaît qu'au cours des trois
dernières années, les communautés locales n'ont rien vu des taxes
de superficie payées par les sociétés forestières. Greenpeace a
obtenu des copies de contrats (6) que ces sociétés ont imposés aux
communautés. Certaines sociétés offrent des 'cadeaux' tels que des
sacs de sel et des bouteilles de bière, pour une valeur totale de
moins de cent dollars, en échange de droits de coupe valant des
centaines de milliers de dollars... Selon des membres de ces
communautés, les promesses de construction d'écoles ou d'hôpitaux
sont rarement tenues. Certains témoins attestent également de
manoeuvres d´intimidation pour étouffer toute protestation.
"Ces contrats renvoient honteusement à l´époque coloniale. Des
millions d´hectares de forêts tropicales congolaises ont été
abandonnés aux sociétés forestières en échange de 'cadeaux' comme
du sel, des machettes et des caisses de bière, alors que ces
sociétés et leurs taxes ne contribuent pratiquement pas au
développement local", conclut Paul Delaunois, directeur de
Greenpeace Luxembourg.
Greenpeace réclame l´annulation de tous les permis forestiers
attribués, échangés ou renouvelés depuis mai 2002, et l'extension
et l'application du moratoire sur l'octroi de nouvelles
allocations forestières. Ce dernier ne pourra être levé que
lorsque le secteur forestier aura été assaini et contrôlé, et qu'un
plan de zonage exhaustif et participatif aura été réalisé.
Notes:
(1) Le rapport complet "le pillage des forêts du Congo" est ">http://www.greenpeace.org/luxembourg/press/reports/le-pillage-des-for-ts-du-congo-2"> disponible ici.
Son résumé est disponible">http://www.greenpeace.org/luxembourg/press/reports/le-pillage-des-for-ts-du-congo">disponible ici.
(2) Conformément au Décret présidentiel d´octobre 2005, le gouvernement de la RDC procède actuellement à la vérification de la validité juridique de tous les permis forestiers. Cette vérification inclut les permis octroyés en violation du moratoire de 2002.
(3) Le Sommet de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international se tiendra à Washington les 14 et 15 avril prochains.
(4) - Chiffre de 25% in Houghton, R.A. (2003). Revised estimates of the annual net flux of carbon to the atmosphere from changes in land use and land management 1850-2000. Tellus 55B: 378-390.
- Chiffre de 34,4 milliards de tonnes in Justice, C., Wilkie, D., Zhang, Q., Brunner, J et C. Donoghue (2001). Central Africa Forests, Carbon and Climate Change. Climate Research 17: 229-246.
- Comparaison avec le Royaume-Uni: WRI (2007). Climate Analysis Indicator Tools (CAIT) Version 4.0. Washington, DC. World Resources Institute. Disponible sur: http://cait.wri.org.
(5) Debroux, L., Hart, T., Kaimowitz, D., Karsenty, A. et Topa, G. (eds) (2007).
La forêt en République Démocratique du Congo Post-conflit: Analyse d´un Agenda Prioritaire. Disponible">http://www.cifor.cgiar.org/publications/pdf_files/Books/BCOFOR0701.pdf">Disponible ici.
(6) Des copies de ces contrats, des graphiques des concessions forestières en RDC, ainsi que des images vidéo sont disponibles sur demande.