Industrie forestière hors contrôle en RDC, la Banque mondiale mise au défi d'arrêter le pillage

Communiqués de presse - avril 11, 2007
Greenpeace publie aujourd´hui un rapport mettant en lumière les troubles sociaux et la destruction environnementale engendrés par les sociétés forestières internationales en République démocratique du Congo (RDC).

Greenpeace a deployé un voile sur la façade de la Banque mondiale à Paris sur lequel on peut lire "Non au pillage des forêts du Congo"

Intitulé "Le pillage des forêts du Congo" (1), ce rapport accablant - qui dénonce la corruption endémique et l´impunité dont profite le secteur forestier en RDC - est publié alors que des décisions capitales pour l´avenir de ces forêts sont sur le point d'être prises (2). Une réunion importante de la Banque Mondiale est par ailleurs attendue dans les prochains jours (3). Si la Banque tente de faire passer l'exploitation industrielle de la forêt comme une contribution à la réduction de la pauvreté, les conclusions du rapport de Greenpeace sont formelles: les efforts de la Banque pour contrôler l´industrie forestière en RDC sont un échec cuisant.

Les forêts du Bassin du Congo constituent le deuxième plus grand massif de forêts tropicales au monde, après l´Amazonie, et sont d´une importance capitale pour la protection du climat. Les  émissions résultant de la déforestation tropicale représentent jusqu'à 25% des émissions mondiales annuelles de CO2 d'origine anthropique. On estime que d'ici à 2050, la déforestation en RDC  pourrait provoquer l'émission de 34,4 milliards de tonnes de CO2, à  peu près l'équivalent des émissions du Royaume-Uni au cours des soixante dernières années (4).

"C´est maintenant que tout se joue pour les forêts tropicales de la RDC. Les sociétés forestières internationales y opèrent en dehors de tout contrôle. Si la Banque mondiale n'aide pas la RDC, ces  forêts vont être livrées aux tronçonneuses", souligne Stephan Van Praet, coordinateur de la campagne 'Forêts africaines' pour Greenpeace International.

Depuis 2002, plus de cent nouveaux contrats, couvrant une superficie de plus de quinze millions d´hectares de forêts (soit cinquante fois le Luxembourg), ont été signés en faveur des sociétés forestières (5).  Et ce, en dépit d'un moratoire sur l'octroi de nouvelles allocations forestières en RDC. Une grande partie de la forêt tropicale ainsi offerte à l'exploitation industrielle est d'une importance capitale en termes de biodiversité et la survie de nos plus proches cousins, les bonobos et les chimpanzés.

Quarante millions de personnes dépendent des forêts en RDC. Très peu d'entre elles retirent des bénéfices de l´exploitation forestière. La Banque mondiale reconnaît qu'au cours des trois  dernières années, les communautés locales n'ont rien vu des taxes de superficie payées par les sociétés forestières. Greenpeace a obtenu des copies de contrats (6) que ces sociétés ont imposés  aux communautés. Certaines sociétés offrent des 'cadeaux' tels que des sacs de sel et des bouteilles de bière, pour une valeur totale de moins de cent dollars, en échange de droits de coupe valant des centaines de milliers de dollars... Selon des membres de ces communautés, les promesses de construction d'écoles ou d'hôpitaux sont rarement tenues. Certains témoins attestent également de manoeuvres d´intimidation pour étouffer toute protestation.

"Ces contrats renvoient honteusement à l´époque coloniale. Des  millions d´hectares de forêts tropicales congolaises ont été abandonnés aux sociétés forestières en échange de 'cadeaux' comme du sel, des machettes et des caisses de bière, alors que ces sociétés et leurs taxes ne contribuent pratiquement pas au développement local", conclut Paul Delaunois, directeur de Greenpeace Luxembourg.

Greenpeace réclame l´annulation de tous les permis forestiers attribués, échangés ou renouvelés depuis mai 2002, et l'extension et l'application du moratoire sur l'octroi de nouvelles allocations  forestières. Ce dernier ne pourra être levé que lorsque le secteur forestier aura été assaini et contrôlé, et qu'un plan de zonage exhaustif et participatif aura été réalisé.

Notes:

(1) Le rapport complet "le pillage des forêts du Congo" est ">http://www.greenpeace.org/luxembourg/press/reports/le-pillage-des-for-ts-du-congo-2"> disponible ici.
Son résumé est disponible">http://www.greenpeace.org/luxembourg/press/reports/le-pillage-des-for-ts-du-congo">disponible ici.
(2) Conformément au Décret présidentiel d´octobre 2005, le gouvernement de la RDC procède actuellement à la vérification de la validité juridique de tous les permis forestiers. Cette vérification inclut les permis octroyés en violation du moratoire de 2002.
(3) Le Sommet de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international se tiendra à Washington les 14 et 15 avril prochains.
(4) - Chiffre de 25% in Houghton, R.A. (2003). Revised estimates of the annual net flux of carbon to the atmosphere from changes in land use and land management 1850-2000. Tellus 55B: 378-390.
- Chiffre de 34,4 milliards de tonnes in Justice, C., Wilkie, D., Zhang, Q., Brunner, J et C. Donoghue (2001). Central Africa Forests, Carbon and Climate Change. Climate Research 17: 229-246.
- Comparaison avec le Royaume-Uni: WRI (2007). Climate Analysis Indicator Tools (CAIT) Version 4.0. Washington, DC. World Resources Institute. Disponible sur: http://cait.wri.org.
(5) Debroux, L., Hart, T., Kaimowitz, D., Karsenty, A. et Topa, G. (eds) (2007).
La forêt en République Démocratique du Congo Post-conflit: Analyse d´un Agenda Prioritaire. Disponible">http://www.cifor.cgiar.org/publications/pdf_files/Books/BCOFOR0701.pdf">Disponible ici.
(6) Des copies de ces contrats, des graphiques des concessions forestières en RDC, ainsi que des images vidéo sont disponibles sur demande.

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