L'Esperanza s'est rendu dans les zones de pêche les plus
importantes de la région - les îles Baléares, les eaux du Nord de
l'Egypte et du Sud de la Turquie - et a répertorié les activités de
plusieurs flottes de pêche en Méditerranée (1). Greenpeace s'est
entretenue avec les capitaines de nombreux navires, qui dressent
tous le même constat alarmant: l'état des stocks de thon rouge dans
la région est catastrophique.
"Il y près d'un mois, nous nous sommes posés la question
suivante: où sont passés les thons? A présent nous connaissons la
réponse. Nous sommes sans doute en train d'assister à
l'effondrement des stocks de thon rouge en Méditerranée", a déclaré
Sebastian Losada, de Greenpeace Espagne. "Durant la dernière
décennie, les stocks ont été surpêchés par des sociétés peu
scrupuleuses. Résultat? Nous faisons face aujourd'hui à une crise
majeure. La Commission Internationale pour la Conservation des
Thonidés de l'Atlantique (CICTA), qui est censée réguler
l'industrie de la pêche, s'est montrée totalement incapable de
faire respecter les lois".
En mai dernier, un rapport publié par Greenpeace (2) a attiré
l'attention du monde sur le problème de la disparition du thon
rouge en Méditerranée. Le rapport démontrait notamment qu'en 2004
et 2005, les prises de thon se sont élevées à 45'000 tonnes, alors
que la limite légale est de 32'000 tonnes. Le mois passé, les
pêcheurs qui se sont adressés à Greenpeace ont admis que les quotas
n'étaient pas respectés et qu'il n'existait aucun contrôle sur les
pêcheries.
"Les gouvernements et la CICTA n'étant pas capables de faire
respecter les règles de pêche en vigueur, les stocks de thon rouge
sont en grand danger. Par conséquent, les activités de pêche
doivent être suspendues jusqu'à la mise en place de mesures
garantissant le futur des pêcheries (3) - sans quoi le thon ne sera
plus qu'un souvenir", a ajouté Sebastian Losada.
L'équipage de l'Esperanza a par ailleurs recensé plusieurs
palangriers japonais opérant au Sud de la Sicile durant le mois de
juin, ce qui constitue une autre preuve de la mauvaise gestion des
pêcheries en Méditerranée: il est en effet interdit de pêcher le
thon rouge à la palangre. De même, il est interdit de procéder au
transbordement des prises en mer - cette méthode est très appréciée
des pêcheurs illégaux car elle permet aux poissons braconnés
d'atteindre les marchés en échappant à tout contrôle.
Greenpeace appelle les gouvernements des pays méditerranéens à
protéger les aires de reproduction et les habitats des thons rouges
en mettant en place un réseau de réserves marines. A l'échelle
planétaire, il est nécessaire d'implémenter rapidement un réseau
global de réserves marines couvrant 40% de la surface des océans.
Ce réseau mondial permettrait aux océans de se régénérer et de se
remettre de la surexploitation industrielle dont ils sont
victimes.
"Partout où nous allons, la situation est grave. L'Esperanza a
passé une semaine en compagnie de navires de pêche français et
espagnols sans trouver un seul thon rouge. Par ailleurs, les
pêcheurs turcs sont inquiets de la diminution de la taille moyenne
de leurs prises", a déclaré François Provost, de Greenpeace France.
"Il semblerait malheureusement que l'industrie de la pêche n'ait
rien appris des effondrements récents de certains stocks de
poissons. Les pêcheurs répètent les mêmes erreurs que par le passé,
en se battant pour attraper les derniers poissons qui existent", a
conclu Provost.
Notes:
(1) L'Esperanza a notamment répertorié les activités de pêche au thon de navires français, espagnols et turcs.
(2) Greenpeace, mai 2006, "Where have all the tuna gone?".
Rapport disponible sur: http://oceans.greenpeace.org/tuna-report/
Résumé du rapport disponible sur : http://oceans.greenpeace.org/tuna-summary/
(3) Voici les propositions faites par Greenpeace à la CICTA:
- Des réserves marines pour protéger les aires de reproduction et les habitats des thons rouges.
- Un plan de régénération incluant une baisse substantielle des quotas pour le thon rouge.
- Un taille minimale pour les prises, correspondant au moins à la taille que les thons atteignent à leur maturité sexuelle.
- Une extension de la période d'interdiction de pêche, garantissant une décrue forte et immédiate du nombre de prises.
- Des observateurs indépendants sur les navires de pêche au thon et dans les fermes à thons, qui vérifient la légitimité des méthodes utilisées, dénoncent les abus et fournissent des informations utiles à la bonne gestion des pêcheries.