Evacuation of Rongelap Islanders to Mejato by crew of the Rainbow Warrior. Rongelap was contaminated with radioactive fall out from American nuclear tests in the Pacific.
Les populations des îles avoisinantes, dont l'île de Rongelap,
positionnée directement sous les retombées, ne sont ni averties, ni
évacuées avant l'essai. Des enfants jouent dehors alors qu'une fine
poussière radioactive, telle de la neige, tombe du ciel. Certains
souffrent très rapidement d'éruptions cutanées et de chute de
cheveux. Ce n'est que trois jours après l'explosion que la Marine
évacue les populations, puis les autorise trois ans plus tard à
revenir, avec la promesse que le site n'est plus pollué. Mais
pendant les décennies suivantes, des taux élevés de cancers de la
thyroïde, de leucémies et de fausses-couches sont détectés; tandis
que des nouveau-nés souffrent de retard de croissance, d'autres
présentent diverses malformations. En 1985, conscients que leur île
a été durablement contaminée et sacrifiée, les 308 habitants
demandent à Greenpeace de les acheminer, avec leurs biens, à 195
kilomètres de là jusqu'à l'île inhabitée de Mejato, plus petite
mais moins sujette à l'empoisonnement. Ce sera la dernière mission
du Rainbow Warrior avant de rejoindre Auckland. Les photos prises
par Fernando Pereira font le tour du monde. Ce n'est qu'en 1988,
après des années d'obstruction de la part des militaires
américains, qu'une enquête indépendante a pu être ouverte sur les
effets de ces tests dans les îles Marshall.
Entre 1946 et 1958, l'armée américaine procède à 66 essais
nucléaires dans les îles Marshall, en Micronésie. Au total,
jusqu'en 1962, elle effectue 232 explosions atmosphériques dans la
zone Pacifique.
Peter Willcox, capitaine du Rainbow Warrior en 1985.
"L'évacuation des populations de
Rongelap était une action extrêmement concrète et déterminante
pour la survie de tous les habitants. Nous l'avons menée à un rythme
d'enfer durant les 5 ou 6 jours de l'opération. C'était une campagne
passionnante et exaltante, l'une des expériences les plus fascinantes
que j'ai jamais vécues, ça ne fait aucun doute. Nous étions vraiment en
train d'accomplir quelque chose d'utile."
Tony de Brum vivait aux îles Marshall
pendant les 12 années où l'armée américaine y a mené ses essais
nucléaires. C'est un défenseur inlassable des intérêts de son peuple.
"Au milieu des années 90, des
documents déclassifiés par l'administration américaine ont montré toute
l'horreur de cette période (...) Plus grave, les conclusions de leurs
études montrent que selon eux il n'y a pas de lien entre ces tirs et
les maladies dont nous sommes victimes (le taux de cancers aux îles
Marshall est actuellement deux fois supérieur à la moyenne mondiale).
Outre cet aspect sanitaire, il ne faut pas oublier non plus que 48 ans
après la fin des essais, les habitants de l'atoll de Rongelap (l'atoll
le plus proche de la zone de tir lors de l'opération Bravo) n'ont
toujours pas pu revenir sur leurs terres ancestrales. Ces populations
sont donc non seulement malades mais également en exil et déracinées.
Lorsque nous parlons de l'importance de la non-prolifération des armes
au niveau mondial, nous devons également inclure les aspects sanitaires
et médicaux ainsi que les destructions sociales et culturelles
(notamment les évacuations forcées) dont sont victimes les communautés
indigènes qui paient un prix démesuré pour le développement, les tirs
et le stockage des ces armes. Voilà pourquoi un nombre relativement
réduit de décideurs mondiaux n'a pas le droit de détruire les modes de
vies et habitats de communautés entières, quelle que soit leur taille,
en prétextant qu'ils contribuent à la "sécurité globale". Les
communautés indigènes ont le droit de vivre de manière saine et sereine
et je refuse qu'une personne décide de mettre en jeu ma sécurité pour
assurer la sienne."
Extraits de son discours prononcé le 11 mai 2005 lors de la
conférence pour la révision du Traité de Non Prolifération.
Oscar Temaru, aujourd'hui président de
la Polynésie française, a débuté son combat contre les essais
nucléaires français en 1976.
Il croise le chemin de Greenpeace pour la première fois à
l'occasion d'une tournée de sensibilisation dans le Pacifique, et
se bat aux côtés de l'organisation pour dénoncer les essais
nucléaires dans le monde à plusieurs occasions. En 1995, il
participe aux manifestations à bord du Rainbow Warrior II à
Mururoa.
"La Polynésie a toujours critiqué les
essais nucléaires français et ses dangers pour les hommes et
l'environnement. En 1975, une grève gigantesque et un embargo des
travailleurs en Australie et en Nouvelle-Zélande ont poussé la France à
stopper les essais dans l'atmosphère pour les transférer sous terre. En
85, lorsque le Rainbow Warrior a été coulé, j'étais maire de
Fa'aa.. Je n'ai malheureusement pas été surpris car je connaissais la
mentalité et l'arrogance du gouvernement français. En 1995, lorsque
Jacques Chirac a décidé la reprise des essais à Moruroa et Fangataufa,
des émeutes ont éclaté à l'aéroport. Le combat continue aujourd'hui car
nous demandons à l'armée française qui contrôle ces deux atolls de
nettoyer et réparer les dégâts occasionnés par les tirs."
Les cobayes du nucléaire
Les civils...
"A la lumière des documents d’époque
récemment déclassifiés, nous ne pouvons ignorer le fait que les
habitants de ces îles aient pu être utilisés par l’armée comme des
cobayes permettant de mesurer l’impact des radiations."
George Miller, sénateur démocrate, 1994.
A la suite des essais nucléaires atmosphériques dans le
Pacifique, les Etats-Unis mettent en place un programme de
surveillance médicale et environnementale des Iles Marshall et de
leurs habitants. George Miller, sénateur démocrate, en est le
responsable. Officiellement, les objectifs du programme sont de
"répondre aux besoins médicaux des insulaires les plus touchés par les essais",
de "contribuer au bien-être des insulaires par des stratégies scientifiques de réhabilitation des sites"
et de "comprendre l'étendue des conséquences à long terme de l'exposition aux radiations ionisantes".
Mais, dans une lettre qu'il adresse au Président Clinton, George
Miller met en lumière le fait que les habitants de ces îles aient
pu servir de cobayes afin d'étudier l'impact des radiations. En
juillet de la même année 1994, il écrit à la direction de
l'Advisory Committee on Human Radiation Experiments (AEC) qu'il n'y
a "aucun
doute sur le fait que l’AEC ait planifié le retour des habitants dans
leurs îles encore contaminées afin de mener des études sur leurs
réactions physiologiques".
Les militaires...
Le 9 juin 2001, l'Association des Vétérans des Essais Nucléaires
Français et leurs familles (AVEN) voit le jour. Ses objectifs :
recenser les personnels civils et militaires ayant travaillé aux
Centres d'Expérimentation du Sahara et du Pacifique, accéder à
leurs dossiers médicaux militaires en levant le secret défense et
créer une commission de suivi des essais nucléaires. Première
victoire le 7 juin 2005 lorsque le tribunal de Tours accorde une
pension à vie à l'ex-caporal chef André Mézières atteint d'une
polymyosite suite à sa participation entre février 1962 et mars
1964 aux tirs nucléaires dans le Sahara. Seconde victoire le 13
juin 2005 : Michel Cariou, ex-officier, obtient gain de cause
devant le tribunal des pensions militaires de Brest qui décide de
lui allouer une pension d'invalidité. En poste à Moruroa entre 1966
et 1972, il a contracté un cancer de la thyroïde après avoir
participé à 31 tirs nucléaires. 200 plaintes sont en cours d'examen
actuellement alors que plus de 150 000 militaires ont participé aux
campagnes nucléaires en Algérie et en Polynésie.
Même scénario en Polynésie avec l'association Moruroa e tatou,
créée le 4 juillet 2001. Elle compte à ce jour plus de 1000
membres, tous des anciens travailleurs de Moruroa et Fangataufa.
Nombre d'entre eux sont décédés prématurément et plus nombreux
encore sont ceux qui subissent de graves problèmes de santé,
cancers et autres maladies. Moruroa e tatou veut aussi alerter les
responsables sur les risques sanitaires auxquels ont été exposés
les populations de Polynésie et plus particulièrement celles des
îles et atolls habités proches des anciens sites d'essais. A partir
du 2 juillet 1966, la France a procédé à 46 essais atmosphériques
dans le ciel polynésien et à 147 tirs souterrains dans le "ventre"
des atolls de Moruroa et Fangataufa.