Première action de Greenpeace (1971), à bord du Phyllis Cormack, contre les essais nucléaires américains.
Le Rainbow Warrior I
Greenpeace est née d'une action pacifiste anti-nucléaire. En
1971, les Etats-Unis s'apprêtent à réaliser un nouvel essai
nucléaire atmosphérique en faisant sauter une bombe de 1,2
mégatonne à Amchitka, une île située dans le golfe de l'Alaska. A
l'occasion d'une expédition dans cette région, une idée germe dans
l'esprit de quelques jeunes pacifistes totalement opposés à cet
événement : empêcher l'essai nucléaire en se plaçant directement et
de façon non-violente dans la zone de tir et porter ce témoignage
auprès de l'opinion publique. Le mode d'action de Greenpeace, qui
guide toujours notre organisation, était né.
Des Indiens du Canada accueillent ces vertueux inconscients,
lors d'une escale, alors qu'ils voguent vers le site de l'essai à
bord d'un vieux raffiot, le "Phyllis Cormack" rebaptisé Greenpeace
pour l'occasion. Cet ancien peuple d'Amérique du Nord voit en eux
l'accomplissement d'une de leurs légendes vieille de 200 ans:
"Quand
la Terre sera vidée de ses ressources, quand la mer sera devenue noire,
les ruisseaux empoisonnés, les daims morts les uns après les autres sur
les pistes, juste avant qu'il ne soit trop tard, les Indiens
retrouveront leur esprit et ils apprendront à l'homme blanc à respecter
la Terre. Tous seront unis et deviendront les combattants de l'arc en
ciel et ils lutteront pour rendre à la Terre sa beauté d'autrefois..."
Ils offrent à ces "guerriers de la paix", au cours d'une
cérémonie mémorable, un totem marqué du symbole de l'harmonie entre
l'homme, les plantes et les animaux, avant de les laisser regagner
la mer. Sept ans plus tard, cette légende donnera son nom au premier bateau amiral de Greenpeace : le "Rainbow Warrior"
(Combattant de l'Arc-en-ciel).
C'est en 1977, grâce à une subvention de la branche néerlandaise
du World Wildlife Fund, que Greenpeace acquiert le "Sir William
Hardy", un chalutier de la Mer du Nord, construit à Aberdeen en
1955, qui servait de bateau de recherche au ministère britannique
de l'Agriculture, de la Pêche et de l'Alimentation. De nombreux
bénévoles se relaient durant trois mois pour une remise en état
complète du navire : les moteurs sont révisés, vingt-cinq tonnes de
câbles et de treuils sont ôtés, on y installe une cabine
supplémentaire, des équipements de radio et de navigation... Il est
également équipé de canots pneumatiques rapides. La coque,
débarrassée de sa rouille, est repeinte en vert foncé et les flancs
ornés du sigle Greenpeace. On décore la proue d'un arc-en-ciel et
d'une colombe blanche tenant en son bec un rameau d'olivier. Le
Rainbow Warior I mesure 44 mètres de long pour 418 tonnes, peut
atteindre une vitesse maximale de 12 nœuds et peut accueillir un
équipage d'une vingtaine de personnes. Il restera pendant plusieurs
années l'unique bateau de Greenpeace.