En 1987, une cérémonie Maorie accompagne le dernier voyage du Rainbow Warrior: il repose désormais au fond de la Baie Mataurie (NZ), où il a permis la constitution d'un récif coralien.
Le Rainbow Warrior II
Le 13 décembre 1987, le Rainbow Warrior, non réparable, est
volontairement coulé dans la baie de Matauri en Nouvelle-Zélande,
tandis qu'une cérémonie Maori accompagnait sa dernière tâche :
servir de récif artificiel à la faune marine.
Quatre ans jour pour jour après le sabotage du premier Rainbow
Warrior, un nouveau navire est lancé en RFA. Greenpeace
avait décidé de se mettre à la recherche d'un bateau digne de ce
nom afin de poursuivre ses campagnes. Avant de mettre le cap vers
de nouvelles actions anti-nucléaires dans le Pacifique, le nouveau
Rainbow
Warrior entreprend, durant six semaines, un tour des
ports du continent européen : Angleterre, Suède, Pologne, URSS,
Pays-Bas, Belgique, France et Espagne. Une occasion, pour les
militants et sympathisants de Greenpeace, de venir saluer au
passage la résurrection du célèbre navire ; et pour l'association,
de réaffirmer la portée réelle de la campagne Pacifique de
l'organisation : promouvoir une zone dégagée de toute pollution
chimique, et qui soit dénucléarisée. Au terme de ce tour d'Europe,
le Rainbow
Warrior file vers les Etats-Unis afin de mener une vaste
campagne dans le Pacifique contre l'utilisation abusive de
pesticides, l'incinération de déchets en mer, le commerce de
déchets toxiques, les tirs de missiles… et les essais
nucléaires.
Dans les années 1990, l'opinion publique aura tendance à
associer le Rainbow
Warrior aux actions de l'organisation écologiste contre
la reprise des essais nucléaires français en Polynésie. En effet,
lorsque Chirac annonce ce projet en 1995, les actions de Greenpeace
pour protester contre ces tests, seront largement médiatisées et
recevront rapidement une attention internationale permettant de
relancer le débat et de mettre fin à cette pratique. Mais de 1989 à
aujourd'hui le bateau le plus célèbre de Greenpeace a pourtant
effectué de nombreuses actions dans bien d'autres domaines.
Moruroa mon amour
Il faut tout d'abord noter que la France commence à tester ses
bombes nucléaires en 1960 dans le Sahara. Jusqu'en 1966, elle en
fit exploser 17, dont les quatre premières dans l'atmosphère et les
autres dans le massif du Hoggar. Lorsqu'en 1963, le Traité
d'Interdiction Partielle des Essais impose l'arrêt des essais
atmosphériques, les Etats-Unis et le Royaume-Uni transfèrent leurs
tests dans le Pacifique vers le désert du Névada, réalisant
notamment que ce type de lieu, constitué de fragiles récifs,
n'était pas propice aux explosions de bombes nucléaires. Les
militaires français, tenus de mettre fin à leurs essais dans le
Sahara suite à l'indépendance de l'Algérie, choisirent de les
effectuer là où précisément les autres avaient décidé de se retirer
: en Polynésie. En 1964, un vote de l'assemblée territoriale de la
Polynésie française céda à la France les atolls de Moruroa et
Fangataufa, dans la partie sud-ouest de l'archipel des Tuamotu. A
partir du 2 juillet 1966, tous les essais nucléaires français y
sont réalisés. De 1966 à 1974, huit campagnes de tirs
atmosphériques furent effectuées, totalisant 44 explosions. En
novembre 1990, on dénombrait déjà pas moins de 125 essais exécutés
sous terre. La France, qui procèdera à ses derniers tests en
septembre 1995 et janvier 1996, totalise tout de même quelques 210
explosions.
C'est en 1990 que le Rainbow se rend à Papeete (Tahiti) pour manifester
son opposition aux essais nucléaires. Plus tard, dans l'année, il
se rend à Moruroa où l'équipage prélève des échantillons d'eau près
du site des essais et démontre l'existence de fuites radioactives
en provenance de l'atoll. Car quelle que soit la profondeur à
laquelle les explosions ont lieu, il est physiquement impossible de
rendre étanche le puits de forage au fond duquel la bombe est
déposée. En effet, chaque essai nécessite le forage d'un puits de
1m de diamètre et de 800 à 1000m de profondeur, rebouché en partie
avec du béton. En raison des pressions extraordinaires exercées
pendant l'explosion, une partie des gaz radioactifs est très
probablement relâchée dans l'eau, polluant l'ensemble de la vie
marine de l'île. Du reste, les récifs coralliens de ces atolls, aux
structures géologiquement très fragiles, risquaient, à moyen terme,
d'être totalement anéanties.
En mars 1992, première victoire, la France suspend ses essais
nucléaires dans le Pacifique à la suite du passage du Rainbow
Warrior dans cette zone. Peu avant les élections
françaises, le navire amiral était retourné à Moruroa où il avait
été littéralement pris d'assaut par l'armée. Son équipage doit
quitter la Polynésie française. Dix jours à peine après
l'expulsion, le 8 avril, le Président Mitterrand rejoint Gorbatchev
en annonçant un moratoire de 12 mois sur les essais français, qui
sera maintenu si d'autres pays prennent des mesures analogues. En
août, les Etats-Unis et le Royaume-Uni annoncent qu'ils suivent le
mouvement. La volonté finissant par payer, en 1993, Mitterrand et
Clinton décident de maintenir le moratoire.
Un autre tollé
Le 12 mai 1995, la conférence sur le Traité de Non-Prolifération
nucléaire (TNP) se termine par un statu quo. Le Traité est
renouvelé pour une période indéfinie. Mais le 13 juin, au cours
d'une conférence de presse télévisée, le Président Chirac annonce
la reprise d'une série de huit essais nucléaires, rompant ainsi le
moratoire observé depuis trois ans par toutes les grandes
puissances, l'exception de la Chine. Une telle annonce, dix ans
exactement après l'attentat contre le premier Rainbow
Warrior, cinquante ans après Hiroshima, et qui plus est,
un mois à peine après la signature du TNP, constituait une
authentique et intolérable provocation.
En France, des critiques nombreuses et sévères fusent
immédiatement après l'annonce du Président. Greenpeace se trouvera
alors au cœur d'une mobilisation qui agira partout dans le monde.
Pénélope Komites, directrice du bureau français de l'époque,
soulignait l'aberration de cette décision ; "avec la fin de la guerre froide, il n'y a plus aucune
justification à tester de nouvelles bombes. Pourquoi les ajouter au
stock phénoménal d'armes nucléaires qui peuvent déjà détruire la
planète plusieurs fois?". De Washington à Moscou en
passant par Tokyo et tout le Pacifique, les réactions négatives
pleuvent et les dirigeants déplorent une telle mesure. Des
manifestations sont organisées un peu partout dans le monde.
En réponse à l'annonce du Président, Greenpeace déclare que le
Rainbow
Warrior se rendra sur le site des essais. Le 9 juillet à
5h, le célèbre trois mâts pénètre dans la zone des 12 milles
nautiques autour de l'atoll. Des commandos de la marine française
prennent d'assaut le navire ; ils envahissent le pont, brisent
plusieurs vitres de la cabine de pilotage, tandis que l'équipage
entier est aspergé de gaz lacrymogène. Dans la nuit, et sans que
l'escorte militaire qui accompagnait le bateau de Greenpeace ne
s'en aperçoive, trois zodiacs du Rainbow ont gagné la base militaire ultra secrète
de Moruroa où pendant une demi-heure, quatre militants occupent la
plate forme de forage, celle qui travaille à la préparation des
prochains essais nucléaires.
Tout l'équipage sera finalement arrêté et subira un
interrogatoire de plus de quinze heures. Au moment de
l'identification, nombreux sont ceux qui déclineront le nom de
Fernando Pereira (le photographe de Greenpeace tué par la DGSE dix
ans auparavant, n.d.l.r.). L'équipage est ensuite emmené de force
par les légionnaires et le Rainbow
Warrior tiré dans les eaux internationales.
L'attaque du bateau par la marine française sera diffusée en
direct sur France 2, puis retransmise le jour même sur la plupart
des chaînes de télévision du monde entier. La violence émanant de
ces images provoque un tollé international.
De retour à Papeete, où il est accueilli par quelques 5000
personnes, l'équipage du Rainbow annonce que le bateau va repartir pour les
îles Fidji, poursuivre sa campagne auprès des gouvernements du
Pacifique Sud. Le navire amiral a rendez-vous ensuite avec une
"Flottille de la
paix" fin août près de Moruroa, pour une énième action.
Il était prévu de mettre le cap sur l'atoll au petit matin du 1er
septembre, date à laquelle Jacques Chirac pouvait à tout moment
saborder le moratoire. Dès que les militants s'approchent un peu
trop près de la base militaire, les commandos prennent l'initiative
d'aborder le Rainbow
Warrior : ils sectionnent les câbles du téléphone
satellite et de la radio afin de garder le contrôle de
l'information, détruisent les portes du navire à la scie à disque,
au chalumeau et à grands coups de masse, arrachent même une porte
ouverte. Contrairement aux chaînes de télévision des pays voisins,
les chaînes françaises ne diffuseront pas ces glorieux moments…
Ce n'est qu'au bout d'une semaine de séquestration que les
"dangereux terroristes écolos" sont relâchés et embarqués dans un
Transall pour Papeete, tandis que le Rainbow
Warrior et le MV Greenpeace sont saisis, et ce, non par l'armée
mais par la douane, pour "importation illégale de
zodiacs sur l'atoll", entre autres. Quant aux membres de
l'équipage du MV, ils retourneront chez eux via Paris sans même que
leurs effets personnels ne leur soient rendus.
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