Philippe Cornelis, responsable de la campagne forêt auprès de Greenpeace a tout d'abord expliqué au Premier ministre, M. Jean-Claude Juncker et à ses collègues du gouvernement, le rôle primordial que la forêt tropicale congolaise joue pour 40 millions de personnes et son rôle de réservoir de biodiversité unique au monde, avant d'insister sur le rôle déterminant du second bloc de forêts tropicales de la planète dans la régulation mondiale du climat. Il a clôturé son intervention sur le risque de destruction imminente que les exploitants forestiers industriels font peser sur la forêt. "En République Démocratique du Congo, la gouvernance est à ce point inexistante que des millions d'hectares de concessions forestières ont été octroyées, ces dernières années, aux industriels en dépit d'un moratoire. Il faut rendre compte de l'absence totale de moyens de contrôle des agents de l'administration censée surveiller un territoire grand comme la France et l'Allemagne avec la plupart du temps un vélo pour tout équipement".
Monsieur Patrick Godar-Bernet, de l’association Bridderlech deelen, a ensuite exposé aux membres du Gouvernement la nécessité d'un meilleur contrôle que les bailleurs de fonds, dont l'Union européenne et la Banque Mondiale, doivent opérer pour financer des programmes efficaces de lutte contre la pauvreté. "Dans le cas précis de l'exploitation industrielle des forêts en RDC, soutenue par la Banque Mondiale, il est évident que ces opérations ne permettent pas de réduire la pauvreté quand on sait que les industriels négocient l'accès aux forêts auprès des populations autochtones contre quelques outils, du savon, quelques sacs de sel, un cageot de bière et des cigarettes".
Paul Delaunois, directeur de Greenpeace Luxembourg, et les représentants des ONG ont alors passé en revue leurs demandes au gouvernement:
- Signifier au gouvernement de RDC l'intérêt du Luxembourg pour la préservation de ces forêts ainsi que son soucis de voir annulées les concessions forestières industrielles entâchées d'illégalités et prolongé le moratoire sur l'allocation de nouvelles concessions;
- Insister auprès de la Banque Mondiale pour que cette institution adopte une position sans ambiguïté quant à ces mêmes points, en abandonnant les politiques destructrices et en finançant des programme respectueux des populations locales et de l'environnement;
- Etudier la possibilité de co-financer des projets permettant une meilleure gouvernance et un zonage forestier participatif incluant les populations autochtones;
- Retenir le rôle de la conservation des forêts de la RDC dans la lutte contre les changements climatiques.
"Nous connaissons votre sensibilité pour cette problématique complexe, faisant à la fois intervenir des considérations environnementales très importantes mais aussi un volet de soutien au développement d'un pays qui a beaucoup souffert ces deux dernières décennies. Ne pensez pas que vous êtes impuissants ou inefficaces parce que le Luxembourg est un petit pays. Vous avez le devoir, comme tous les autres partenaires européens et occidentaux, de prendre vos responsabilités. C'est ce que nous attendons de vous", a conclu Paul Delaunois en s'adressant aux ministres.
Jean-Claude Juncker a exprimé son intérêt pour les demandes formulées et sa préoccupation pour la situation des forêts en RDC. Il a insisté sur le fait que l’on ne pouvait plus se satisfaire de belles déclarations alors que la politique encouragée est "nulle". "Nous ne voulons pas être nuls, donc nous devons agir en conséquence" (1). Il a aussi annoncé à la délégation que ce sujet serait débattu lors du prochain Conseil de gouvernement afin de coordonner la politique luxembourgeoise au niveau des différents ressorts ministériels.
Le gouvernement a dores et déjà pris une série de positions allant dans le sens des demandes formulées, notamment auprès de la Banque Mondiale et lors du dernier Conseil européen des ministres de la Coopération, en soutenant l’aide mémoire sur la gestion durable des forêts en RDC déposé par le ministre belge de la Coopération.