Luxembourg —
Après l’échec des ministres des Finances à trouver un accord sur les montants à allouer aux pays en développement pour leurs permettre de répondre aux défis posé par le dérèglement climatique, les ministres de l'Environnement ne sont pas parvenus à préserver le leadership de l’UE dans la lutte contre le changement climatique. Les engagements de réduction des émissions de l’EU sont maintenant plus faibles que celles du Japon et de la Norvège.
Les ministres européens de l’Environnement réunis hier à Luxembourg se sont mis d'accord sur la position que l'Union européenne va soutenir au sommet mondial sur le climat de décembre à Copenhague. Mais, ils ont oublié d’adapter leurs engagements sur les réductions des émissions de gaz à effet de serre aux nouvelles exigences scientifiques. D’après Greenpeace, la position de l'Union européenne n'est ni assez forte, ni assez ambitieuse pour permettre de débloquer les négociations qui sont actuellement au point mort. La réunion des chefs d'Etat et de gouvernement qui se tiendra à Bruxelles la semaine prochaine est la toute dernière chance pour l'UE de donner un signal fort et l’impulsion indispensable pour que les négociations mondiales sur le climat puissent de nouveau avancer.
Paul Delaunois, directeur de Greenpeace Luxembourg, a déclaré: «Les ministres de l'Environnement ont démontré qu'ils voient uniquement le changement climatique comme une question de politique, mais en fait, le dérèglement climatique est une question très concrète, il concerne les problèmes liés à l’accès à l'eau et à la nourriture de l’humanité; il s'agit de protéger par exemple les habitations et en fin de compte, c'est une question de vie et de mort pour des millions de personnes. Dans sa forme actuelle, les objectifs de réduction de l'Union européenne et ses engagements financiers ne sont tout simplement pas assez bons pour atteindre à Copenhague un accord qui va nous protéger contre les dangers du changement climatique. Plus longtemps nous attendrons, plus les coûts humains, environnementaux et financiers du changement climatique seront élevés. La semaine prochaine les dirigeants de l'Union européenne auront le pouvoir de changer le sort de la planète. Ils doivent prendre leurs responsabilités ou nous serons confrontés à des conséquences désastreuses».
Les Ministres de l'environnement ont seulement réitéré leur engagement d’une réduction de 30 % dans le cadre d'un accord global de Copenhague. Mais des pays tels que le Japon et la Norvège se sont déjà engagés à de plus fortes réductions conformes aux recommandations des scientifiques [1]. De plus, les ministres ont souhaité prolonger le recours aux crédits d'émission au-delà de 2012, sans adapter les objectifs de réduction en conséquence.
Lundi dernier, la commission Environnement du Parlement européen avait adopté une résolution qui reconnaît explicitement que l'UE doit réduire ses émissions de 40 % d'ici 2020, afin d'agir conformément à la science du climat.
Transport maritime et aérien
Les ministres de l'Environnement d'expédition ont proposé des objectifs de réduction des émissions globales liées aux secteurs des transports maritime et aérien de respectivement 20 % et 10 %, par rapport aux niveaux de 2005. Ces deux secteurs qui n’étaient pas encadrées jusqu’à présent ont vu leurs émissions constamment augmenter, Greenpeace salue cette initiative, mais critique le fait que le secteur des transports maritime et aérien continue de bénéficier d’un traitement de faveur. "Avec les propositions actuelles, les transports maritimes et aériens sont en fait autorisés à augmenter leurs émissions d’un tiers, par rapport aux niveaux de 1990. Cela leur donne un avantage considérable par rapport aux autres secteurs» poursuit Paul Delaunois.
Déforestation
Pour terminer sur une note positive, les ministres européens de l’Environnement ont confirmé leur préoccupation concernant l'introduction de crédits compensatoires dans les marchés du carbone pour les forêts. Les ministres se sont également prononcés en faveur de la création de fonds public pour financer des mesures initiales pour préserver la biodiversité et arrêter la déforestation. Mais il reste à clarifier la façon exacte dont ce mécanisme sera financé. "L'UE a accumulé une dette historique en carbone en étant responsable de la déforestation des régions tropicales. Il est désormais de la responsabilité des dirigeants européens de mettre sur la table le financement public nécessaire pour empêcher les dernières forêts tropicales de partir en fumée» a déclaré Sébastien Risso, directeur de la campagne forêt auprès de
Greenpeace Europe.
Notes
[1] Le Japon s'est engagé à réduire ces émissions de 25 %, comparés aux niveaux de 1990. Basé sur les indicateurs de la Commission européenne (niveaux d'émission nationaux, niveaux d'efficacité, richesse (PIB par habitant) et de développement de la population), l’engagement du Japon est comparable à un objectif de réduction de 30 % pour EU. La Norvège s'est engagée à réduire ses émissions unilateralement de 40%.