Une affaire longue et compliquée
La paroi enfoncée de la coque du Rainbow Warrior révèle immédiatement qu'il s'agit d'un attentat, et non d'une explosion accidentelle.
Au commissariat central d'Auckland, l'inspecteur principal Allan
Galbraith, désigné pour superviser l'enquête, était conscient de
l'importance de l'affaire, dont il savait qu'elle serait longue et
compliquée. Il avait immédiatement réclamé des ressources
supplémentaires. L'équipe d'investigation allait comporter
56 officiers à la fin de la semaine - elle en compterait jusqu'à
100 au plus fort de l'enquête - et les six mois qui suivraient, plus de
6000 interrogatoires allaient être conduits.
Mais
l'enquête en était alors à ses balbutiements. Les interrogatoires
qu'elle avait menés auprès des membres de l'équipage avaient déjà
permis à la police de disposer de quelques pistes initiales. Les
journaux du matin avaient fait part de l'attentat contre le
Rainbow
Warrior ainsi que de
l'intention de la police d'Auckland d'interroger une personne de nationalité française
qui avait visité le navire plus tôt dans la journée. Ce qui avait amené
Frank McLean, un officier supérieur des douanes de Whangarei, une ville
située au nord d'Auckland, à se souvenir - et à faire part à la police
- d'un épisode de la fin du mois de juin ayant impliqué une sloupe,
l'Ouvéa, et son équipage français. L'embarcation était demeurée à quai
à Whangarei avant de reprendre la mer le 9 juillet. À l'occasion
de vérifications de routine, il avait pressenti quelque-chose
d'anormal. Trois membres de l'équipage dont l'attitude ressemblait
nettement à celle de militaires, étaient en possession de passeports
entièrement neufs dépourvus de toute marque d'usure et de toute
inscription. L'un d'entre eux s'était présenté comme photographe alors
que l'officier MacLean, lorsqu'il avait vérifié l'absence de toute
marchandise de contrebande à bord de l'embarcation, n'avait relevé la
présence d'aucun matériel photographique.
Capitaine Dominique Prieur, alias "Sophie Turenge" une des deux agents français arrêtés et condamnés pour l'attentat conte le Rainbow Warrior.
À Auckland, l'examen minutieux du trou de la coque latérale du
Rainbow Warrior avait désormais été effectué.
Un trou qu'une voiture aurait pu traverser : la première bombe avait fait éclater le générateur en morceaux ;
la deuxième avait endommagé l'hélice, l'arbre d'hélice de la poupe et
le gouvernail, fendu la membrure arrière en deux endroits et enfoncé un
réservoir de ballast. De nouvelles hypothèses graves et sinistres
avaient désormais cours concernant le zodiac abandonné de la nuit
précédente, l'homme en combinaison de plongée et le camping-car de
couleur blanche pour lequel la police était remontée jusqu'à la société
de location de véhicules Newman.
Alain Mafart, alias "Alain Turenge" un des deux agents français arrêtés et condamnés pour l'attentat contre le Rainbow Warrior.
12 juillet:
Un peu avant 20H30, ainsi qu'elle l'avait rapporté à la police, Becky
Hayter travaillait aux bureaux de la société Newman situés à
l'aéroport. Debout devant le comptoir se tenait le couple suisse auquel
elle avait loué le Toyota Hiace de couleur blanche. Les deux individus
lui avaient affirmé avoir décidé de rentrer tôt et souhaitaient rendre
le van, leur vol depuis Auckland étant prévu le matin même. Alain
Turenge avait calculé qu'il avait droit à un remboursement de
130 dollars néo-zélandais.
Ni Becky ni les autres membres du personnel de Newman n'avaient été dupes.
Tandis qu'ils s'efforçaient de le retenir le couple le plus longtemps possible, l'un d'entre eux avait appelé la police.
Vingt minutes plus tard, l'inspecteur David McSweeney était arrivé à
l'agence de location et avait identifié les Turenge, les invitant à
l'accompagner jusqu'au commissariat de police pour y subir un
interrogatoire.
Il avait rapidement été établi qu'ils
étaient en possession de faux passeports. Leur véritable identité avait
par la suite été révélée :
le commandant Alain Mafart et le capitaine Dominique Prieur étaient deux agents haut placés de la DGSE, les services secrets français.
Les preuves tout comme la logique avaient ensuite permis d'établir
qu'ils n'avaient agi qu'en soutien aux personnes qui avaient placé les
engins explosifs. Les déclarations de témoins oculaires tels que les
Titchener et les personnes présentes à l'
Outboard Boating Club avaient révélé
l'existence d'autres protagonistes et l'équipage suspect de l'
Ouvéa avait suscité une attention de plus en plus prononcée.
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