Les OGM et l'agriculture?

"Une cohabitation impossible!"

Page - 7 juillet, 2010
Le débat parlementaire sur la prolongation du moratoire sur les organismes génétiquement modifiés aura lieu cette année. Ce printemps, deux paysans de pays qui autorisent la culture de plantes génétiquement modifiées relataient leurs expériences sur invitation de Greenpeace.

Terry Boehm et Juan Carlos Simón Valencia participent à un débat sur les OGM dans le cadre du Festival du film vert (Lausanne/VD).

Terry Boehm est paysan et vice-président de la fédération des paysans du Canada, la National Farmers Union: "Le plus grand souci, c’est que les paysans sont de moins en moins en mesure de décider de leurs cultures: depuis l’introduction des plantes transgéniques, il y a une dizaine d’années, les variétés de colza conventionnelles ont pratiquement disparu des catalogues de variétés", dit-il.

Actuellement, Terry Boehm cultive encore du colza conventionnel, mais il ne peut pas vendre sa production au prix supérieur normalement accordé aux cultures exemptes d’organismes génétiquement modifiés (OGM). En effet, le Canada ne fait pas de distinction entre les flux de marchandises transgéniques ou conventionnelles. Mais Terry Boehm maintient le type de culture qu’il a choisi, même s’il doit se contenter du prix inférieur. "Je refuse de me soumettre au dictat de grands groupes comme Monsanto. La politique de cette entreprise a conduit à la multiplication par cinq ou six des prix des semences depuis l’introduction des semences OGM au Canada."

Juan Carlos Simon est agriculteur biologique dans la région d’Aragón, en Espagne. Jusqu’à 70% des cultures de maïs de la région sont de nature transgénique. A deux reprises, Juan Carlos Simon a perdu le certificat biologique de ses récoltes de maïs: elles avaient été contaminées par des sources OGM inconnues – par le biais des pollens, lors du transport ou par des résidus transgéniques lors de la récolte.

La perte du certificat signifie un manque à gagner de 12'000 euros. Mais le plus grand problème, dit-il, "c’est que j’ai perdu huit ans à sélectionner et développer mes propres semences de maïs. Le résultat de ce travail est anéanti par la contamination des OGM." Juan Carlos Simon constate en outre que les conflits et la méfiance s’installent entre les paysans – même entre amis. La plupart des agriculteurs biologiques ont aujourd’hui abandonné la culture du maïs, bien que la demande de maïs biologique augmente.

Les témoignages de Terry Boehm et Juan Carlos Simon sont différents, mais leur constat est le même: aucun pays, aucune région ne connaît – et ne connaîtra jamais – la cohabitation des cultures biologique, conventionnelle et transgénique. Le choix s’impose donc entre une agriculture écologique et autodéterminée, et une agriculture axée sur les besoins des multinationales, qui laisse de côté les intérêts des paysans, des consommateurs et de l’environnement.

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