Energie nucléaire

Fukushima: 2 ans après le Tsunami

Page - 11 mars, 2013
Trois catastrophes ont eu lieu: un séisme, un tsunami et un accident nucléaire. Une seule de ces catastrophes aurait pu être évitée… 2 ans après, retour à Fukushima.

©Greenpeace/Mueller

 

La situation à Fukushima reste préoccupante, même deux ans après le Tsunami. De la radioactivité continue de s'échapper de la centrale.  Depuis la fin de l’année 2011, le refroidissement des réacteurs est enfin stabilisé grâce à l’injection d’eau douce froide, et non plus par de l’eau de mer qui augmente les risques de corrosion. Cet arrêt à froid, permet de limiter les rejets dans l’environnement par les fuites du confinement. Mais la situation reste très complexe dans la centrale, et les incidents se sont multipliés ces derniers mois. Les informations concernant la situation sanitaire des techniciens qui travaillent sur le site restent lacunaire.

La piscine de stockage du réacteur 4  qui contient 1'330 barres de combustible usagé et 200 barres de combustible neuf menace toujours le Japon. Cette installation se présente comme un cube de béton de 11 mètres de profondeur, situé à 30 mètres de hauteur dans un bâtiment qui avait été soufflé par une explosion d'hydrogène, quatre jours après le démarrage de la catastrophe.

Les piscines de stockage doivent être en permanence refroidies, sans quoi le combustible peut chauffer et enclencher un accident de criticité.  Pour  la piscine du réacteur n°4, une telle situation pourrait entraîner une libération de radioactivité que certains experts estiment à 100 fois celle observée à Tchernobyl. Il deviendrait alors impossible de continuer de gérer le refroidissement des 6 réacteurs de la centrale ou de la piscine de stockage centrale, qui contient plus de 6'000 barres de combustible usagé.  Le vidage de la piscine du réacteur 4 ne pourra pas commencer avant novembre 2013. Et même si le bâtiment a été renforcé par Tepco, on ne peut qu'être inquiet par rapport aux conséquences d'un nouveau séisme ou d'un typhon.

Réfugiés dans leur propre pays

©Greenpeace/Souteyrat

Les conditions d'existence des 160'000 personnes contraintes au départ sont toujours difficiles. La Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a reconnu la situation à Fukushima comme une crise humanitaire en cours en octobre dernier. Les familles et les communautés se disloquent, les difficultés financières sont nombreuses.

Des estimations récentes suggèrent que les taux de cancer sont susceptibles d’augmenter à Fukushima, une épée de Damoclès qui pèse lourdement sur l’esprit des gens. Près de deux ans plus tard, des centaines de milliers de personnes continuent d’être exposées à la contamination radioactive à long terme causée par l’accident.

La vie des habitants ne sera jamais plus comme avant. Ils ont perdu leur maison, leur travail, leurs terres, leur cadre et leur mode de vie. Ils ont toujours beaucoup de mal à obtenir une indemnisation équitable dans des délais raisonnables. Les problèmes du système de compensation sont multiples. Le traitement des demandes d’indemnisation prend du retard, et le montant des indemnités mensuelles ne permet pas aux victimes de survivre, encore moins de commencer une nouvelle vie. Toutes les personnes qui ont quitté les zones contaminées ne peuvent pas prétendre à une indemnisation, et celles qui sont éligibles ne reçoivent qu’une fraction de la valeur de la maison ou des biens qu’elles ont perdus.

Le système d’indemnisation a été conçu de telle sorte que, dans un premier temps, les fonds soient financés par le gouvernement. Mais depuis la nationalisation de TEPCO en juin 2012, il apparaît clairement que c’est bien le contribuable japonais qui, en définitive, règlera l’addition de Fukushima. En décembre 2012, la compagnie avait demandé au Fonds de versement des indemnités pour les dégâts nucléaires, adossé à l’État, de l’aider à payer des indemnités pour un montant total d’environ 3240 milliards de yens (36,5 milliards de dollars). Dans le même temps, le gouvernement japonais a injecté 1 000 milliards de yens (environ 12,5 milliards de dollars – taux de change 2012) dans TEPCO en mai 2012 pour lui éviter la faillite. Au total, ce sont près de 3 500 milliards de yens d’argent public qui ont été versés dans l’entreprise depuis le début de la catastrophe de Fukushima.

Vers une relance du nucléaire au Japon?

©Greenpeace/Hayashi

A l'heure actuelle, la nouvelle autorité japonaise de surveillance du nucléaire définit des normes de sécurité pour les réacteurs,  basées sur les conclusions qu'elle tire de la catastrophe de Fukushima. Les centrales nucléaires du pays ne pourront être relancées qu'après avoir satisfait à ces directives.  Or on peut se demander sur quelles bases celles-ci ont pu être définies. Il est à l'heure actuelle toujours impossible de s'approcher du confinement des réacteurs accidentés de la centrale de Fukushima. Ce qui signifie qu'il est impossible de déterminer les causes techniques exactes de l'accident nucléaire. Le but poursuivi par l'autorité de surveillance semble plutôt  être de rassurer la population face à l'éventualité d'une relance du nucléaire au Japon.

Les défaillances  humaines et organisationnelles qui ont amené au désastre de Fukushima sont, quant à elles, connues et documentées. La collusion entre l'autorité de surveillance japonaise, le gouvernement et l'opérateur TEPCO a été dénoncée en juillet dernier dans un rapport accablant rédigé par une commission parlementaire indépendante et reconnue en décembre par TEPCO elle-même. Pourtant, les conclusions du rapport parlementaire sont à peine évoquées par la nouvelle autorité de surveillance dans le cadre de la redéfinition des normes de sécurité.

Il n'y a malheureusement pas que les industriels du nucléaire japonais qui souhaitent le redémarrage des réacteurs nippons. L'attitude du géant du nucléaire Areva illustre bien les intérêts qui sont en jeux. Luc Oursel, PDG d'Areva, déclarait en mars 2013 que selon lui 6 réacteurs pourraient être remis en activité au Japon d'ici à fin 2013. De plus Areva annonçait le 20 mars dernier qu'elle organisait un nouveau transport de combustible Mox à destination du Japon, alors qu'aucun réacteur fonctionnant avec ce combustible n’est censé être remis en marche puisqu’une grande partie d’entre eux sont situés sur des failles sismiques actives.

Quelle responsabilité pour les constructeurs?

©Greenpeace/Hayashi

Tous les fournisseurs de la centrale de Fukushima Daiichi, y compris GE, Hitachi et Toshiba, n’ont actuellement aucune responsabilité à assumer concernant la catastrophe survenue le 11 mars 2011. Au contraire, nombre d’entre eux tirent parti aujourd’hui de la catastrophe. GE, Hitachi et Toshiba, entre autres, participent à la décontamination du site et des zones irradiées.

D’après un rapport de la commission d’enquête indépendante du Parlement japonais, la construction du réacteur 1 de Fukushima avait été confiée par TEPCO à GE dans le cadre d’un contrat "clé en main" qui plaçait "toutes les responsabilités" sur GE. Le réacteur de l’unité 1 de Fukushima était le premier du type Mark I jamais construit, et le chantier a connu de nombreuses difficultés. Les normes de conception parasismique japonaises étaient bien plus exigeantes que celles prévues par la conception originale. L’intégration des caractéristiques techniques japonaises a été problématique, et des renforcements ad-hoc ont dû être effectués au cours de la construction.

Dans les années 1970, un ingénieur de GE, Dale G. Bridenbaugh, a contesté publiquement les capacités de résistance du réacteur Mark I de GE à une perte de refroidissement. Le rapport parlementaire ajoute que les enceintes de confinement de Fukushima ont été renforcées dans les années 1980, mais que "ce renforcement n’était pas prévu pour résister à des accidents d’une telle ampleur". Le rapport conclut que durant l’accident du 11 mars 2011, la pression à l’intérieur des enceintes de confinement dépassait largement le dimensionnement, atteignant parfois près du double des capacités prévues dans le cas de l’unité 1.

Des anciens employés de GE se souviennent que TEPCO a délibérément choisi de passer outre l’avis de ses ingénieurs et de conserver la conception originale de GE en plaçant les groupes électrogènes de secours à moteur diesel et leurs batteries dans le sous-sol des enceintes de la turbine. Cette négligence a engendré des conséquences désastreuses au cours de l’accident. Mitsuhiko Tanaka, ancien ingénieur d’Hitachi, avait participé à la construction de la cuve sous pression du réacteur de l’unité 4. Dans les dernières étapes de la construction, l’intégrité de la cuve était dangereusement compromise, ce qui aurait légalement dû obliger Hitachi à s’en défaire. Mais, risquant la faillite, Mitsuhiko Tanaka indique que la compagnie a dissimulé les défauts et finalement installé la cuve sur le site de Fukushima.

 

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