L’énergie nucléaire en Suisse

Aujourd’hui... et demain?

Page - 14 février, 2011
La Suisse abrite cinq centrales nucléaires, dont trois sont parmi les plus anciennes du monde. On y dénombre en moyenne un accident par mois. Une décision sera prise au plus tard en 2014: soit la Suisse continuera à miser sur une source à risque telle que l'énergie nucléaire, soit elle se tournera vers un approvisionnement en électricité durable.

La Suisse dispose actuellement de cinq centrales nucléaires réparties sur quatre sites: Beznau 1 et 2, Gösgen, Leibstadt et Mühleberg (liens avec les présentations détaillées ci-dessous). Ces cinq réacteurs contribuent à environ 40% de la production électrique suisse. Mühleberg et Beznau 1 et 2 font partie des plus vieilles centrales nucléaires du monde. Entre 2000 et 2009, les installations nucléaires suisses ont connu 130 incidents soumis à notification, soit une moyenne d’un incident par mois. L’autorité de surveillance – l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) – publie une partie de ces incidents sur son site Internet.

Demain

En 2025 au plus tard, Mühleberg et Beznau 1 et 2 arriveront en fin de cycle et seront définitivement arrêtées. C’est 15% des besoins suisses en électricité qu’il faudra dès lors remplacer. C’est pourquoi les entreprises de fourniture d’électricité Alpiq, Axpo et FMB ont déposé en 2008 auprès de l’Office fédéral de l’énergie des demandes d’autorisation générale pour trois nouveaux réacteurs. Ces demandes sont actuellement examinées par plusieurs autorités compétentes et devraient être mises à l’enquête au milieu de 2011. Des objections et oppositions contre les plans d’aménagement pourront alors être présentées.

Le Conseil fédéral et le Parlement décideront probablement en 2013 d’autoriser ou non les demandes. Une réponse affirmative à deux de ces demandes est une quasi-certitude sur le plan politique. Greenpeace et l’alliance "Non au nucléaire" riposteront en lançant un référendum, de sorte qu’une votation fédérale devrait avoir lieu vers 2013-2014. Ce référendum donnera au peuple suisse la possibilité de décider s’il se tourne vers un approvisionnement électrique renouvelable, efficace et local ou s’il mise sur une énergie nucléaire dépassée et dangereuse.

Faits et chiffres

Beznau 1 et 2

Creative Commons

Beznau 1 et 2 (Argovie) sont respectivement en service depuis 1969 et 1971, ce qui en fait certaines des plus anciennes centrales nucléaires encore en activité au monde. L’arrêt définitif des réacteurs interviendra au plus tard en 2025, soit après 55 années d’activité. Les deux réacteurs développent chacun une puissance nette de 365 mégawatts et produisent à eux deux environ 6 térawattheures d’électricité par année (10% des besoins suisses). Le propriétaire et l’exploitant des réacteurs est l’entreprise Axpo.

Inquiétant: malgré d’importantes modernisations techniques, plusieurs arrêts automatiques du réacteur se sont produits ces dernières années. Un arrêt d’urgence signale l’existence d’un problème dans le réacteur et doit être notifié à l’autorité de surveillance (IFSN). La centrale a connu onze incidents soumis à notification lors de la seule année 2009.

Incidents soumis à notification au cours des 10 dernières années (2000 à 2009): 44

Gösgen

©Greenpeace/Fojtu

La centrale nucléaire de Gösgen, située dans le canton de Soleure, est en service depuis 1979. Le réacteur doit être arrêté au plus tard en 2040, soit après plus de 60 années d’exploitation. Le réacteur développe une puissance nette de 985 mégawatts net par an et produit environ 8 térawattheures d’électricité, soit 13% des besoins suisses. La centrale a plusieurs propriétaires, notamment Alpiq, Axpo et la ville de Zurich. Elle est exploitée par l’entreprise Alpiq.

Inquiétant: L’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire IFSN a lancé fn 2009 une procédure pénale contre Alpiq. Comme le précise l’IFSN, l’exploitant de la CN de Gösgen n’a pas notifié de façon réglementaire un incident dangereux. En juin 2008, deux appareils nécessaires à la sécurité sont tombés en panne lors du redémarrage du réacteur. La CN de Gösgen a poursuivi le redémarrage de son réacteur après réparation de l’incident, alors que la cause de la double panne n’était pas connue. Elle a donc enfreint un des principes essentiels des prescriptions de sécurité. L’IFSN a sévèrement critiqué cette négligence.

Incidents soumis à notification au cours des 10 dernières années (2000 à 2009): 22.

Leibstadt

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Également située dans le canton d’Argovie, la CN de Leibstadt est en service depuis 1984. L’arrêt de l’exploitation doit intervenir en 2045 au plus tard, soit après 60 ans. Le réacteur développe une puissance nette de 1165 mégawatts et produit 9 térawattheures d’électricité, soit près de 15% de la consommation suisse. Les propriétaires de la centrale sont notamment Alpiq, Axpo et FMB. Son exploitation est assurée par Atomkraftwerk Leibstadt AG.

Inquiétant: Leibstadt est la plus récente, la plus grande et la plus chère des centrales nucléaires suisses. D’abord devisés à 1,8 milliard de francs, les coûts de construction se sont finalement envolés à 5,1 milliards. Une étude de solvabilité réalisée par le Crédit Suisse First Boston a montré qu’environ 2,6 milliards de francs ont été gaspillés, car les coûts de la construction ne pourront jamais être amortis. La centrale de Leibstadt est ainsi une "cathédrale dans le désert"

Incidents soumis à notification au cours des 10 dernières années (2000 à 2009): 38.

Mühleberg

©Greenpeace/Forte

La centrale nucléaire est située dans le canton de Berne, près de la ville de Berne. En service depuis 1972, Mühleberg est le plus vieux réacteur à eau bouillante du monde. L’arrêt définitif interviendra en 2025 au plus tard, soit plus de 50 ans après sa mise en service. Le réacteur développe une puissance nette de 373 mégawatts, soit plus ou moins la capacité de Beznau 1 et 2. Mühleberg produit environ 5% des besoins suisses en électricité (3 térawattheures par année).
Le propriétaire et l’exploitant de la centrale est l’entreprise BKW FMB Energie SA (FMB).

Inquiétant: Le 21 décembre 2009, le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) a autorisé l’exploitation de cette centrale pour une durée indéterminée, malgré le développement de fissures dans l’enveloppe du cœur de son réacteur. Dans d’autres pays, des centrales nucléaires montrant les mêmes défaillances dues à l’âge ont été arrêtées depuis longtemps. Des premières fissures sont entre-temps apparues sur la cuve de pression du réacteur.

Incidents soumis à notification au cours des 10 dernières années (2000 à 2009): 17.